En Espagne, premièrement à Majorque et ensuite au Tour de Valence, Remco Evenepoel n’a pas lancé sa saison 2026. Il a imposé un ordre. Mais déjà 6 victoires au compteur… et surtout cette sensation très nette qu’il n’était pas là pour observer, mais pour diriger. Première sortie sous le maillot Red Bull–Bora–Hansgrohe, et déjà une autorité qui ne souffre aucune ambiguïté.
Le bilan comptable est parfait. Mais c’est la manière qui retient l’attention. Un contre-la-montre maîtrisé, une démonstration solitaire de plus de cinquante kilomètres, puis une victoire plus disputée, arrachée face à une opposition enfin organisée. Et enfin un Tour de Valence où jamais il n’aura montré une once de doute sur l’issue de la semaine. Lors de sa deuxième victoire, Evenepoel part seul, s’isole volontairement face à un peloton structuré, lancé à sa poursuite, et termine avec plus d’une minute trente d’avance. Sans calcul. Sans regard en arrière. Idem dans l’étape de Reine du Tour de Valence où personne n’a pu suivre sa cadence dans les pourcentages les plus élevés.
Ce scénario, on le connaît.
Mais rarement aussi tôt.
Et rarement avec une telle impression de contrôle.

UNE FORME PRÉCOCE MAIS SOUS CONTRÔLE
Faut-il déjà parler de saison hors normes ? Ce serait prématuré. Mais ces signaux initiaux ne sont pas anodins. Evenepoel s’inscrit dans la continuité d’une fin de saison 2025 solide, ponctuée par des deuxièmes places aux Championnats du monde, d’Europe et au Tour de Lombardie. Pas de rupture, pas de remise à zéro. Une trajectoire.
Physiologiquement, cette montée en régime intrigue autant qu’elle rassure. Arnaud Cornet, diplômé en sciences de la motricité et préparateur physique spécialisé dans le cyclisme, y voit un indicateur très spécifique :
VELONEWS : Bonjour Arnaud, ton opinion sur cette entrée en matière ?
ARNAUD CORNET : ‘Même s’il n’a fait que du « Remco », des choses dont on sait qu’il est capable de les faire facilement, c’est intéressant de voir cet état de forme précoce sans stage lourd, sans accumulation d’intensités ni de compétitions, et sans être à son poids de forme. Les très grandes saisons commencent souvent comme cela : par une forme atteinte sans forcer.’
VELONEWS : Evenepoel n’est donc pas encore à plein régime selon toi. Et pourtant, il domine… Certains commentaires sur les réseaux sociaux pointe une forme trop précoce et s’inquiètent déjà pour ses futurs objectifs. Pas inquiétude selon toi ?
ARNAUD CORNET : ‘Non du tout ! Pour Remco c’est bien aussi d’avoir une saison pleine, ce qu’il n’a plus eu depuis longtemps. Je ne suis pas sûr que Remco ait travaillé énormément pour être à ce niveau. C’est juste une conséquence de la régularité. Il était à son vrai niveau en août-septembre. Il a fait une petite coupure et est resté régulier ensuite sur sa reprise. Il a déjà 9 semaine ds les pattes. ‘
VELONEWS : Donc on est clairement dans une phase logique de la préparation selon toi ?
ARNAUD CORNET : Oui ! Je ne l’ai pas encore vu taper des 4 ou 5000 de D+ sur Strava. Il va encore monter en puissance. Et s’il fait vraiment une année pleine, l’année prochaine il pourra encaisser des 220km et 5000 de d+ en Z2 comme le fait Pogi en ce moment. Il a encore de la marge Remco, Red Bull a raison de mettre l’accent sur les données. Je les comprends, on ne dispose pas encore des vraies données de Remco, c’est à dire celles d’une saison pleine assise sur un autre saison pleine. Là on saura. Tous les spécialistes sont unanimes pour dire que la première clef du succès reste la régularité’.
CHANGER D’ÉQUIPE SANS PERDRE LA MAIN
Ces débuts réussis disent aussi beaucoup de son intégration chez Red Bull–Bora–Hansgrohe. Changer de structure, de méthodes, de culture, comporte toujours une part de flottement. En Espagne, il n’y en a eu aucune trace. Evenepoel a couru comme il l’a toujours fait : à l’instinct, en imposant son tempo, sans demander la permission.
Certes, le contexte appelle à la mesure. Ce n’était ni un Monument ni un affrontement direct avec les références absolues du peloton (Même si Almeida, Mc Nulty et Tiberi sont des grands noms du peloton). Mais l’assurance affichée, elle, ne ment pas. Evenepoel sait où il va. Et il sait surtout qu’il a déjà les moyens d’y aller seul.
DES CERTITUDES, AVANT LES JUGES DE PAIX
S’emballer serait une erreur. Le cyclisme se charge toujours de rappeler la hiérarchie au moment des grands rendez-vous. Les classiques majeures, les grands tours, les confrontations directes avec Pogacar, Van der Poel ou Vingegaard donneront leur verdict. Mais minimiser ces débuts serait tout aussi faux. Evenepoel n’a pas seulement gagné. Il a rassuré. Il a montré de la cohérence, de la continuité, et une maîtrise presque clinique de son effort. En ce début de saison, il n’offre pas encore des exploits définitifs. Il offre quelque chose de plus rare : une impression de stabilité.
La prise de pouvoir viendra peut-être plus tard, sur les plus grandes scènes.
Mais le message est déjà passé : Remco Evenepoel n’a pas changé d’équipe pour attendre.
Et dans le cyclisme moderne, c’est rarement anodin.
