Longtemps, les Flandriennes ont été le terrain de chasse de la maison Quick Step. Une dynastie bâtie sur les pavés, le vent de face, la science des bordures et l’art de gagner sale. Boonen, Cancellara en ennemi public, Terpstra en bourreau, Stybar en démolisseur : la Quick Step n’était pas une équipe, c’était une institution.
Puis Remco Evenepoel est arrivé. Et avec lui, un glissement progressif. Les classiques sont devenues un décor, les Grands Tours un objectif central. L’équipe des flahutes s’est transformée en structure de classement général. Les pavés ont cessé d’être une priorité. L’âme aussi, un peu.
Aujourd’hui, Remco est parti. Et la Quick Step se retrouve face à une question simple et brutale : que reste-t-il de son royaume ?
UNE RECONQUÊTE ASSUMÉE ET URGENTE
Le virage est net. Et il est tout sauf patient.
La Soudal Quick-Step ne veut pas reconstruire en douceur, ni préparer 2029. Elle veut redevenir dangereuse tout de suite. Redevenir cette équipe que personne n’a envie d’emmener dans un final de classique. Celle qui use, qui enferme, qui étouffe.
Stuyven et Van Baarle ne sont pas des paris. Ce sont des certitudes. Deux coureurs faits pour survivre sur les pavés, lire une course de l’intérieur, encaisser la violence d’un Monument et encore avoir la lucidité pour frapper au bon moment.
Ils ne viennent pas pour apprendre.
Ils viennent pour gagner.
À 33 ans, on ne change plus une carrière. On la rentabilise. On la termine avec des lignes épaisses au palmarès. Et la Quick Step leur offre exactement ce qu’ils cherchent : une équipe construite pour les classiques, un collectif pensé pour contrôler, un environnement qui respire encore la poussière de Roubaix.

LE RETOUR DE LA CULTURE DES PAVÉS
Le signal est aussi envoyé sur le banc : Terpstra, Vanmarcke.
Deux anciens patrons des Flandriennes. Deux coureurs qui savent ce que signifie souffrir six heures pour un seul moment de vérité. Deux hommes qui parlent la langue des pavés.
Le message est limpide : la Quick Step veut retrouver une mentalité de « winner ». Une équipe qui court pour imposer, pas pour subir. Une équipe qui joue la gagne, pas les accessits.
Car ces dernières années, elle s’est souvent retrouvée spectatrice. Face à l’armada Jumbo-Visma. Face au rouleau compresseur Van der Poel. Face aux démonstrations de force de Pogacar.
La reconquête est donc autant sportive que symbolique.
Il s’agit de reprendre une place, mais aussi un statut.
UN DÉFI PLUS RUDE QUE JAMAIS
Reste une vérité que personne ne peut ignorer : le peloton n’est plus celui des années Boonen.
Aujourd’hui, les classiques sont dominées par des « mutants ». Des coureurs capables de faire exploser un Monument à 60 kilomètres de l’arrivée, voire davantage. Des équipes construites comme des machines de guerre. Des leaders qui gagnent seuls.
Van der Poel, Pogacar, Van Aert — quand il est debout — ont changé la nature même des courses.
La Quick Step n’a plus le luxe de l’erreur. Elle n’a plus le luxe du temps. Elle n’a plus le luxe des saisons de transition.
Soit elle redevient un acteur majeur.
Soit elle devient un souvenir glorieux.
LE TEST DE VÉRITÉ
L’Omloop Het Nieuwsblad ne dira pas tout.
Mais il dira déjà beaucoup.
C’est là que les ambitions se frottent au réel.
C’est là que les projets prennent forme — ou s’effondrent.
C’est là que l’on voit si une équipe a retrouvé ses crocs.
La Quick Step veut reconquérir son royaume.
Reste à savoir si le royaume existe encore…
ou s’il a déjà été conquis par d’autres.

Photo d’illustration : © Soudal Quickstep
