Le monde du cyclisme professionnel est une nouvelle fois secoué par des allégations de dopage, cette fois centrées sur Jaume Soler Serrano, le père du coureur espagnol Marc Soler (UAE Team Emirates-XRG), et ses liens avec un ancien entraîneur banni, Jose « Pepe » Martí.
Bien que Marc Soler lui-même n’ait pas été sanctionné, des rapports récents soulèvent des questions sur une possible implication indirecte, alimentant une controverse autour de tests de lactates et d’enquêtes menées par la CELAD, l’agence anti-dopage espagnole.
Voici un décryptage de cette affaire qui ravive les souvenirs sombres de l’ère US Postal et Lance Armstrong.
ORIGINES DE L’AFFAIRE
Tout commence par une rencontre suspecte en août 2023, près d’Adrall, une petite localité proche de la frontière andorrane. Selon des documents d’enquête divulgués, Jaume Soler et Pepe Martí sont arrêtés par la Guardia Civil lors d’un contrôle routier. Dans leur véhicule, les autorités découvrent du matériel médical incluant des gants en latex, de l’alcool, un lactatomètre (appareil pour mesurer les niveaux de lactate dans le sang), des dispositifs de saturation en oxygène et des bandes de test. Jaume Soler, un pompier amateur en triathlon et cyclisme avec une licence régionale en Catalogne, affirme alors que ce matériel est destiné à un test de lactate pour son propre entraînement, et que Martí l’assiste en tant que coach.
Cependant, les enquêteurs notent l’absence de vêtements de sport, ce qui jette le doute sur cette explication. Ce qui complique l’affaire, c’est la présence présumée de Marc Soler dans les environs. Des rapports indiquent que le coureur professionnel était en train de s’entraîner à vélo dans la zone au moment du contrôle, et qu’il aurait rejoint son père et Martí peu après.
Marc Soler a été arrêté séparément par les autorités, mais sans découverte de matériel suspect. Il a corroboré la version de son père, affirmant que le test était pour Jaume. Néanmoins, ces liens ont suscité des interrogations : pourquoi un coureur professionnel comme Marc Soler, soutenu par une équipe de haut niveau, s’associerait-il, même indirectement, à un entraîneur banni pour dopage ?
PEPE MARTI, UN FANTÔME DU PASSE SULFUREUX DU CYCLISME
Qui est Pepe Martí ? Originaire de Valence, il a été impliqué dans le scandale de dopage de l’équipe US Postal au début des années 2000, aux côtés de Lance Armstrong. Martí servait de coach et de fournisseur de produits dopants comme l’EPO, les hormones de croissance et la testostérone.
En 2012, il écope d’une suspension de 15 ans, qui court jusqu’en juin 2027, l’interdisant de travailler avec tout athlète régi par le Code mondial anti-dopage. Malgré cela, Martí semble avoir continué à opérer en marge, et la CELAD le surveillait depuis un certain temps.
JAUME SOLER SUSPENDU
Travailler de près ou de loin avec Martí étant qualifiée de « prohibited association » par les règles anti-dopage, a par conséquent valu au père de Marc Soler, Jaume Soler, une suspension de 18 mois prononcée par la CELAD en février 2026.
Aujourd’hui, Jaume Soler a admis avoir été coaché par Martí mais affirme avoir rompu les liens après l’incident d’août 2023. La sanction reste sujette à appel, et comme Jaume est un athlète amateur, l’affaire n’a pas été rendue publique initialement, raison pour laquelle Velonews et les autres médias n’en parlent seulement que maintenant.
SOUPÇONS SUR MARC SOLER
L’agence espagnole de lutte contre le dopage, a enquêté sur ces liens depuis 2023, en s’appuyant sur des rapports de la Guardia Civil et des fuites de documents. Mais bien que Jaume Soler soit le principal visé, des spéculations se sont portées sur son fils étant un coureur professionnel.
Des analystes comme le journaliste néerlandais Thijs Zonneveld se sont récemment posés une question pleine de bon sens : » Pourquoi diable faire des tests de lactate avec un médecin suspendu ? « .
Les tests de lactate sont courants en cyclisme pour mesurer la performance et l’endurance, mais les associer à un coach banni soulève des soupçons de pratiques illicites. Alors soyons clairs sur le sujet : pour l’instant, aucune preuve directe n’implique Marc Soler dans du dopage actif, et aucune sanction n’a été annoncée contre lui.

UAE TEAM EMIRATES SILENCIEUSE
L’équipe UAE Team Emirates-XRG n’a pas commenté publiquement, mais l’affaire ravive les débats sur les risques d’un retour du dopage dans le peloton. Des médias comme Ciclo21 et Escape Collective ont publié des détails approfondis, soulignant que Martí pourrait être de retour dans le peloton via des intermédiaires.
DEFIS PERSISTANTS FACE AU DOPAGE
Cette polémique illustre les défis persistants du cyclisme face au dopage. L’ère Armstrong a laissé des cicatrices, et des figures comme Martí rappellent que les réseaux anciens peuvent resurgir malheureusement.
LA BATAILLE DU LACTATE
Historiquement, l’EPO (érythropoïétine) a représenté le « graal » du dopage dans les années 1990-2000 : en augmentant artificiellement le nombre de globules rouges, elle améliorait massivement le transport d’oxygène, avec des gains de performance spectaculaires. Or, des stages en altitude prolongés (ou en chambre hypoxique) produisent un effet similaire de manière naturelle, en stimulant la production endogène d’EPO via l’hypoxie, ce qui a permis aux équipes de contourner logiquement les contrôles en misant sur des adaptations physiologiques légales. Raison pour laquelle les stages en altitude se multiplient au cours de la saison. Certains regretteront ces accumulations de stage mais d’un autre côté, le dopage à l’EPO peut être contourné de manière saine et sans enfreindre les règles liées au dopage.
Aujourd’hui, certains observateurs du cyclisme estiment que l’amélioration de la clairance du lactate (capacité à éliminer ou recycler rapidement le lactate produit pendant l’effort intense) pourrait être le nouveau « graal » potentiel pour des gains borderline.
En effet, une meilleure gestion du lactate retarde l’accumulation d’acide, permet des efforts prolongés à haute intensité et accélère la récupération — des atouts majeurs dans les courses par étapes. Des protocoles d’entraînement intensifs en Zone 2, une nutrition optimisée ou une génétique exceptionnelle boostent déjà cette clairance naturellement, mais des méthodes plus avancées (monitoring ultra-précis, interventions pharmacologiques subtiles ou micro-dosages non détectables) pourraient théoriquement la pousser plus loin sans franchir les seuils anti-dopage actuels.
Bien que cela reste du domaine des spéculations et des débats sur Internet (sans aucune preuve concrète d’usage illicite), cette piste physiologique fascine autant qu’elle inquiète, car elle rappelle comment l’EPO a autrefois redéfini les limites du sport avant d’être régulée.
Dans les débats en ligne et au sein de la communauté cycliste, certains observateurs établissent un lien spéculatif entre cette affaire et les performances hors normes de Tadej Pogacar, coéquipier de Marc Soler chez UAE Team Emirates-XRG. Le Slovène est souvent décrit par son physiologiste Iñigo San Millán comme un athlète exceptionnel en termes de gestion du lactate : une production très faible et une clairance (élimination/recyclage) remarquable de ce métabolite, même à des puissances élevées. Cela lui permettrait de maintenir des efforts intenses plus longtemps que la moyenne, sans accumulation massive d’acide lactique, contribuant à expliquer sa domination récente (doublés Giro-Tour, etc.).
Certains se demandent même si ces outils pourraient servir à optimiser davantage un profil déjà « mutant » comme celui de Tadej Pogačar, via des méthodes borderline ou un monitoring discret. Cependant, et nous tenons à le rappeler ici formellement, aucune preuve ne relie directement Pogacar ou son entourage à ces pratiques et les explications officielles de son équipe insistent sur sa physiologie naturelle combinée à un entraînement intensif en Zone 2. Ces spéculations, alimentées par le passé controversé du cyclisme, restent du domaine des rumeurs et ne constituent en rien une accusation formelle.

Photos : Images utilisées dans l’article avec l’aimable autorisation d’ASO à titre éditorial uniquement.
