« Remco, l’équipe Red Bull-Bora avait besoin de toi dimanche. » En quelques mots, Philippe Gilbert a appelé l’ancien champion du monde à se joindre à la partie flandrienne dans son intervention sur RTL Sport. Il n’a pas fallu attendre longtemps avant d’avoir confirmation que le vainqueur de La Vuelta 2022 serait présent au départ d’Anvers.
EVENEPOEL PREPARAIT LE RONDE DEPUIS DECEMBRE !
Rien, dans cette participation, ne relève de l’improvisation. Dès le 27 décembre, Evenepoel a effectué une reconnaissance complète du parcours, encadré par son directeur sportif Alan Piper et accompagné notamment de Gianni Vermeersch. Segmenté, méthodique, le travail a duré plusieurs jours. Pas une sortie de repérage : une immersion dans la logique de course du Ronde.
Le choix du matériel l’a illustré clairement. Pneus tubeless de 32 mm, transmission adaptée (56/43 – 10-36), validation des braquets dans les montées pavées. Chaque détail a été validé pour performer dans ces conditions spécifiques, pas simplement pour les traverser.
L’annonce elle-même a été orchestrée : tenue noire pour masquer la transition d’équipe en cours de saison, vidéo YouTube scénarisée, communication différée. Ce qui a été présenté comme une révélation de dernière minute a été, en réalité, planifié de longue date.
MVDP ET POGI MOINS SOUVERAINS QUE D’HABITUDE ?
Si la participation d’Evenepoel suscite autant d’intérêt, c’est, peut-être, aussi parce que les deux épouvantails de ces dernières années posent questions.
Mathieu van der Poel a semblé moins intouchable sur San Remo et lors de sa victoire in extremis à l’E3 Harelbeke. Tadej Pogačar, double vainqueur, arrive avec des incertitudes sur son état physique après sa cabriole italienne. Comment a-t-il récupéré ? Nul ne le sait ! De son côté, Wout van Aert monte en puissance, c’est certain. Mais a-t-il déjà atteint sa meilleure forme ? La fenêtre est étroite, donc. Mais elle existe.
Le Ronde exige ce qu’Evenepoel n’a pas encore : la répétition. C’est là que réside le vrai obstacle.
Evenepoel peut produire une attaque décisive — sa puissance aérobie et son explosivité ne sont pas en cause. La question est autre : sera-t-il capable de répéter ces efforts tout au long d’une course construite sur l’accumulation ? Kwaremont, Paterberg, placements permanents dans les 50 premiers kilomètres, relances incessantes dans les portions pavées — le Ronde n’est pas une course à pic unique, mais une épreuve d’élimination progressive.
Van der Poel et Pogačar y ont construit des automatismes au fil des années. Evenepoel, lui, en est à sa première participation à ce niveau sur ce parcours.
« Il devra éviter de courir à contretemps », a prévenu Rik Verbrugghe, ancien sélectionneur national et l’un des observateurs les plus avisés du cyclisme belge. Une formule ramassée, mais qui condense l’essentiel du défi.
RED BULL-BORA : UNE EQUIPE POUR L’AMENER LOIN, PAS POUR VERROUILLER
Pour l’accompagner, Red Bull–BORA–hansgrohe aligne un collectif solide. Vermeersch pour le placement et la lecture de course dans les secteurs pavés. Laurence Pithie pour l’explosivité dans les montées. Jordi Meeus en option de repli en cas de sprint réduit. Tim van Dijke et Jan Tratnik pour le travail de fond dans les premières heures.
De quoi l’emmener dans les meilleures conditions jusqu’aux derniers kilomètres. Pas de quoi contrôler une course de cette envergure face aux blocs Visma et UAE.
Dans le final, Evenepoel sera seul. C’est acté.
SON LEVIER : LE VIEUX KWAREMONT, LA OU LA PUISSANCE PRIME SUR L’ACCELERATION
Face à cette réalité, la stratégie est claire, et Evenepoel la connaît par cœur.
Ne pas répondre aux attaques placées. Ne pas subir les changements de rythme des spécialistes. Attendre un moment de flottement, une phase de calcul entre favoris, et frapper en premier.
Le Vieux Kwaremont représente le terrain le plus favorable à ce scénario : long, irrégulier, propice à un effort prolongé au seuil. Là où sa puissance peut s’exprimer sans qu’il soit exposé aux accélérations sèches dont les Flandriens ont le secret.
La condition : ne jamais être contraint de réagir. Toujours agir. Ce que le Ronde ne s’enseigne pas. Tout a été préparé. Tout a été calculé.
LE TOUR DES FLANDRES RESISTE AUX EQUATIONS
Evenepoel a les jambes pour exister dans le final. Il a un plan cohérent pour surprendre. Il a une équipe structurée pour l’y amener.
Ce qui lui manque encore, aucune reconnaissance hivernale ne peut le lui donner : l’instinct du Ronde. Cette capacité à sentir, en pleine course, le moment exact où tout bascule, avant même que les autres ne l’aient compris.
Dimanche, il peut marquer cette course de son empreinte. Pour la gagner, il lui faudra faire davantage que respecter son plan. Il lui faudra comprendre, en temps réel, ce que Van der Poel et Pogačar savent déjà.
