Échappées fleuves, bikepacking en Thaïlande et vidéos YouTube, retour sur l’ascension express d’un baroudeur au profil atypique. (Propos recueilli par Gabin Le Cozic)
Chez VeloNews, on prend toujours plaisir à mettre en lumière ceux qui animent la course sans compter leurs coups de pédale. En ce début de saison 2026, s’il y a bien un coureur qui incarne cette générosité et cet esprit offensif, c’est Baptiste Veistroffer. Issu de la réserve de Decathlon et intégré au giron belge de l’équipe Lotto-Intermarché depuis 2025, le jeune Breton se révèle en ce début de saison.
Vainqueur avec panache d’une étape sur le Tour d’Oman en février, puis grand animateur des échappées en Catalogne, le Breton a pris le temps de nous répondre depuis sa chambre d’hôtel, en plein cœur du Tour du Pays Basque. Entre sa science de la course à l’avant, son besoin d’aventure et son intégration réussie en Belgique, rencontre avec un coureur qui roule à l’instinct.
Bonjour Baptiste ! Pour nos lecteurs belges qui te découvrent peut-être cette année à travers tes récents exploits, pourrais-tu te présenter ? De tes années chez les amateurs en Bretagne jusqu’à ton arrivée en WorldTour, ton parcours est souvent qualifié d’atypique.
Baptiste Veistroffer : J’ai 25 ans et je suis originaire de Bretagne. J’ai un parcours un peu particulier car j’ai commencé par le triathlon. J’ai finalement switché vers le cyclisme pendant l’année du Covid, faute de compétitions en triathlon. J’ai commencé à rouler avec l’UCK Vannes, puis j’ai passé deux ans au VC Pays de Loudéac, une équipe amateur bretonne. Ensuite, j’ai rejoint l’équipe développement de Décathlon avant d’arriver chez Lotto, où j’évolue toujours aujourd’hui !
Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter le giron français pour rejoindre spécifiquement la structure belge de Lotto ?
B.V. : Je recherchais surtout à partir à l’étranger. C’est une mentalité différente, c’est vraiment quelque chose que j’avais envie de découvrir. Une équipe belge, c’est une formation avec des valeurs différentes, plus agressive. Il y a aussi ce public et cette pression liée à tout ce qui entoure le vélo en Belgique, qui est très important. C’est tout ça qui m’a plu !

Justement, ton profil de baroudeur colle parfaitement à l’ADN offensif de cette équipe. As-tu eu des idoles ou des coureurs qui t’ont inspiré pour te lancer à fond dans ce sport ?
B.V. : Non, pas plus que ça à vrai dire. Je suivais le vélo bien sûr, mais je ne me suis jamais dit : ‘Ah, je vais faire du vélo parce que lui a fait ci ou ça’.
On sait que tu aimes rouler différemment. On t’a d’ailleurs vu faire du bikepacking à l’intersaison, notamment en Thaïlande. Qu’est-ce qui t’amène à te lancer dans ce genre de périples ?
B.V. : J’adore le vélo, et pas seulement en compétition. J’aime l’esprit voyage, découvrir, être dans la nature. J’avais déjà fait la Californie de cette manière il y a deux ans. Ça me permet d’allier l’endurance et le plaisir sans se prendre la tête. Mentalement, ça permet de couper, de ne pas réfléchir uniquement à l’aspect performance et à l’hygiène de vie réglée au millimètre que l’on s’impose toute la saison.
Avec cet amour pour la nature, l’endurance et l’aventure, pourrait-on t’imaginer un jour sur des épreuves de Gravel UCI, à l’image d’un Gianni Vermeersch ?
B.V. : Je fais déjà beaucoup de Gravel chez moi en Bretagne ! Quand j’ai des sorties d’endurance prévues au plan d’entraînement, sans séances spécifiques, je pratique beaucoup le Gravel. J’en ai aussi fait en Thaïlande. Donc oui, j’ai déjà fait des courses de Gravel et c’est quelque chose qui me correspondrait bien.
En parallèle de ta carrière, tu es très actif sur ta chaîne YouTube où tu partages ton quotidien « sans filtre ». Qu’est-ce qui t’a donné envie de prendre la caméra ?
B.V. : J’adore partager, échanger et découvrir.
Apprendre, c’est aussi partager ! C’est une autre manière de s’instruire et d’avoir des retours. Les retours sont d’ailleurs très bons. Le vélo, c’est de la découverte, et c’est exactement ce que j’essaie de transmettre. Pour le montage, je fais tout ça « à l’ancienne » moi-même. Je ne me prends pas la tête là-dessus !”
Lien de la chaine Youtube: https://www.youtube.com/@baptisteveistroffer
Entre les entraînements, le WorldTour et les vidéos, ta vie est ultra-chronophage. As-tu d’autres passions pour déconnecter à 100 % ?
B.V. : J’ai un drone ! J’adore aller me balader dans la nature, prendre mon drone et filmer pour voir les choses sous un angle différent. J’aime aussi aller pêcher de temps en temps. Je n’ai pas énormément d’autres hobbys parce que le vélo me passionne sous toutes ses casquettes, mais la Bretagne est top pour s’évader et filmer ! (rires)
GLC : Parlons de la course ! On a l’impression que tu as passé plus de temps en échappée que dans le peloton depuis le début de la saison. Qu’est-ce qui te pousse à toujours prendre les devants ?
B.V. : C’est dans mon tempérament. Dès que j’ai des opportunités, je les saisis à 110 %. Je ne suis pas un pur sprinteur ni un pur grimpeur, donc c’est mon moyen de m’exprimer et d’aller chercher le meilleur résultat possible. C’est simplement adapté à mes qualités physiques.

Dans un cyclisme moderne de plus en plus calculé par les grandes armadas, penses-tu que les baroudeurs ont encore leur mot à dire ?
B.V. : C’est sûr que j’aurais préféré être pro il y a 10 ou 15 ans ! (rires) Mais le monde évolue, il faut s’adapter. C’est peut-être dommage pour le public, car les équipes ne pensent plus forcément à « faire le show » ou à tenter des choses risquées. Il est beaucoup plus facile de contrôler un peloton pour une arrivée spécifique. En WorldTour, ça devient vraiment plus compliqué pour les échappées.
On t’a justement vu, notamment sur le Tour de Catalogne, prendre la parole au sein de l’échappée pour dire à tes compagnons de « jouer » avec le peloton, de ne pas trop appuyer. Arrives-tu facilement à t’entendre avec les autres coureurs échappés pour adapter la tactique et l’allure du groupe ?
B.V. : Chaque course est différente et il y a toujours des stratégies précises à mettre en place. Dans une échappée, il faut souvent quelqu’un qui bride un peu l’allure, qui montre la marche à suivre et qui pense la course un peu différemment. J’essaie de proposer ça. Mais attention, je n’impose jamais ma tactique ! Je m’en sers plutôt comme d’une base pour en discuter avec les autres et essayer de jouer au maximum avec les qualités de chacun.
Tu as réussi l’exploit de piéger le peloton sur le Tour d’Oman pour décrocher une superbe victoire. Que ressent-on dans les derniers hectomètres quand on sait qu’on va aller au bout ?
B.V. : Tu te dis : « Pour une fois, ça passe ! » Et tu espères que ce n’est pas qu’un coup de chance. Mais au-delà du plaisir, après de si nombreuses tentatives, ça m’a surtout permis de me confirmer à moi-même que je ne suis pas juste le mec qui va dans l’échappée pour faire le show et se faire reprendre parce qu’il n’a pas les qualités requises.
Comment se passe ton intégration chez Lotto-Intermarché ? As-tu commencé à apprendre le flamand ?
B.V. : Je connais quelques petits mots classiques, mais non, je ne parle pas flamand, c’est très compliqué ! (rires) Mais l’intégration s’est super bien passée. Je suis quelqu’un d’assez ouvert, et disons que… je ne me vois pas comme un con ! (rires) J’adore discuter avec les soigneurs, le staff et l’encadrement. Tout se fait dans le partage.
Quels seront tes prochains grands objectifs pour la suite de la saison ?
B.V. : Avec mon profil, je suis plutôt le genre de coureur que l’on appelle un peu au dernier moment, je n’ai pas un calendrier fixe comme un leader. Mais je sais déjà que j’ai le Tro Bro Leon et le Grand Prix du Morbihan qui arrivent, ce sont de très belles courses pour moi.
Si tu avais une baguette magique, quelle course rêverais-tu d’accrocher à ton palmarès d’ici la fin de ta carrière ?
B.V. : Une étape sur un Grand Tour. C’est sûr, ça c’est le rêve absolu. C’est d’ailleurs en discussion avec l’équipe actuellement pour cette année, on regarde si c’est cohérent. Je peux aller chercher des victoires en échappée, mais je suis aussi capable d’être l’équipier modèle qui roule toute la journée dans le vent pour placer un leader. Rien n’est encore acté, mais ça devrait se faire !
Pour terminer, si tu devais résumer ta vision du cyclisme en un seul mot, quel serait-il ?
B.V. : “Agressif !”
Le mot est lâché. simple, tranchant, sans concession. Comme son style de course.
Agressif, illustré par un besoin profond de prendre les devants, d’échapper à l’attentisme du peloton et d’aller repousser ses limites. À 25 ans, Baptiste Veistroffer ne triche pas, il a le coffre, le franc-parler, le caractère breton et l’audace des baroudeurs. Entre l’esprit de liberté du bikepacking et l’exigence millimétrée du WorldTour, le baroudeur breton trace son propre chemin, celui du panache, des échappées au long cours et de cette saine agressivité qui fait vibrer le public.
La route vers son rêve de victoire sur un Grand Tour est encore longue, mais son coup de force sous le soleil d’Oman sonne déjà comme un véritable déclic.
On te souhaite de garder cette agressivité, on suivra ça de près. Bonne route, Baptiste !
(Interview réalisée par Gabin Le Cozic)

