À Hulst, le scénario des championnats du monde de cyclocross (31 janvier) semble écrit à l’avance. Mathieu van der Poel arrive en patron, septuple champion du monde, invaincu cet hiver, prêt à inscrire un huitième titre dans un palmarès déjà hors normes. Le record est à portée de roues. Le trône est dressé. Il ne reste qu’à poser la couronne.
Face à lui, la Belgique avance sans plusieurs de ses figures habituelles. : privée de Wout van Aert et de Laurens Sweeck, diminuée par le choix pour le moins surprenant d’Emiel Verstrynge de faire l’impasse sur le rendez-vous majeur de la saison, elle se présente dans un rôle qu’elle connaît mal : celui de la nation contrainte de jouer les perturbateurs.
Sur le papier, la sélection d’Angelo De Clercq a de l’allure. Autour de Thibau Nys, devenu malgré lui le leader naturel après son podium mondial à Liévin, on retrouve Michael Vanthourenhout, Toon Aerts, Gerben Kuypers, Jente Michels, Toon Vandenbosch, Niels Vandeputte et Joran Wyseure. Un groupe dense, expérimenté, homogène. Suffisant pour viser un podium collectif. Insuffisant pour rivaliser frontalement avec la machine néerlandaise.
Car ce championnat du monde ne se dispute pas dans un laboratoire neutre. Il se court face à un Van der Poel au sommet de son art, qui maîtrise sa discipline comme personne, impose son tempo, verrouille ses adversaires et transforme chaque course en démonstration d’autorité. Un coureur qui ne laisse ni place à l’improvisation, ni à l’illusion.
Dans ce contexte, la Belgique n’a qu’une seule carte à jouer : celle de l’insolence. Attaquer, provoquer, user, multiplier les offensives, refuser la logique du train bien huilé. Transformer la course en champ de bataille. Espérer que, dans le chaos, le roi laisse tomber une pièce de son armure.
Thibau Nys pour dynamiter. Vanthourenhout pour contrôler les contres. Aerts pour faire monter la pression. Et derrière, une escouade capable de harceler sans relâche. La stratégie est simple : rendre la course ingérable. Forcer Van der Poel à sortir de son confort. Lui rappeler que même les règnes les plus solides finissent par vaciller.
Ce ne sera pas la plus grande équipe belge de l’histoire. Mais ce pourrait être la plus libre. Celle qui, débarrassée du poids du favoritisme, peut se permettre d’attaquer sans calcul et de courir sans complexe.
Chez les dames, le constat est plus brutal encore. Deux représentantes seulement : Marion Norbert-Riberolle et Julie Brouwers. Un duo méritant, mais qui souligne l’écart abyssal avec l’armada néerlandaise. Norbert-Riberolle, championne de Belgique, peut viser un top 8. Brouwers peut espérer accrocher le top 10. Mais là aussi, il faudra compter sur un scénario ouvert, une course débridée, et un grain de folie.
Par contre, la Belgique possède plusieurs atouts pour viser un titre mondial dans d’autres catégories. Jordi Corsus chez les espoirs hommes, Fleur Moors chez les espoirs dames, ou encore Giel Leujeune ou Jari van Lee chez les juniors hommes.
À Hulst, Van der Poel vise l’histoire.
La Belgique, elle, n’a plus rien à perdre.
Et dans un championnat du monde, c’est parfois la seule position qui vaille vraiment quelque chose.

Photo : Nancy Badoux
