Jeudi soir La présentation des équipes : un premier signal d’alarme
Tout commence jeudi soir, on apprend par son équipe qu’Arnaud De Lie ne participe pas à la présentation des équipes à Barcelone. Lotto-Intermarché évoque des problèmes gastriques et préfère le laisser à l’hôtel afin qu’il récupère. Pour beaucoup, cela ressemble alors à une simple précaution, mais pour d’autres, un mauvais souvenir ressurgit immédiatement : quelques semaines plus tôt, le Belge avait déjà vu son Giro tourner court après être tombé malade juste avant le départ.
Vendredi : des paroles rassurantes
Vendredi, Anraud De Lie lui-même se montre plutôt optimiste : il explique avoir été « très mal » jeudi mais se sentir déjà beaucoup mieux. Surtout, un message revient plusieurs fois dans l’entourage de l’équipe : « Ce n’est pas comme au Giro. »
Le manager Jean-François Bourlart insiste lui aussi : « Ce n’est pas la même chose qu’au Giro. Les médecins sont catégoriques. » Cependant, on nous dit aussi qu’il s’agira désormais « d’une question de survie » durant les premiers jours, le temps de récupérer. Avec le recul, cette phrase prend aujourd’hui une tout autre dimension…
Samedi : le premier vrai doute
Le matin de la première étape, les images qui nous parviennent via le journal l’équipe inquiètent : lors de la reconnaissance du contre-la-montre par équipes, Arnaud De Lie met pied à terre, incapable de poursuivre, son visage est marqué, on le sait dorénavant que le début du Tour sera une épreuve où le courage sera le sel maître-mot.
Quelques heures plus tard, il prend bien le départ. Lotto estime que le Belge peut courir et c’est pour nous ici le véritable débat.
Fallait-il déjà dire stop samedi ?
Avec le recul, plusieurs questions se posent et elles sont légitimes :
Le staff médical a-t-il sous-estimé la situation ? L’équipe a-t-elle accordé trop de poids au ressenti du coureur, qui voulait absolument participer au Tour ? Ou, au contraire, les examens médicaux ne montraient-ils réellement rien d’inquiétant ?
Dans le cyclisme moderne, les décisions sont rarement prises par une seule personne, tout le monde en est bien conscient. Entre les médecins, les entraîneurs, la direction sportive et le coureur lui-même, notre verdic est le suivant, il n’y a pas un seul coupable, chacun possède une part de responsabilité !
Un manque de précaution inexplicable
Si la responsabilité nous semble partagée comme on vous l’explicable juste avant, on peut quand même reprocher à l’équipe une seule chose : ne pas avoir convoqué directement un coureur supplémentaire susceptible d’intégrer l’équipe en cas d’aggravation des symptômes. On ne parle pas d’une kermesse, on parle de la plus grande course au monde ! Dans ce contexte, la prudence aurait-elle dû primer ? On répond par l’affirmatif, surtout avec ce qui s’était passé au Giro peu de temps avant.
Un forfait avant le Grand Départ aurait sans doute été difficile à accepter, tant pour le coureur que pour l’équipe et ses sponsors. Mais avec le recul, un forfait aurait finalement été moins préjudiciable à tous que ces trois jours de souffrance conclus par un abandon sous les yeux de millions de téléspectateurs.
Et, malheureusement, cette image risque davantage de marquer les esprits que ses victoires en Wallonie il y a quelques semaines. Sur le plateau de la RTBF, Gérard Bulens glissait une phrase qui en dit long : «J’espère qu’il a déjà signé avec son futur employeur, parce qu’en tant que futur directeur sportif, j’aurais des doutes… ». Une manière de dire que ces abandons répétés finissent forcément par susciter des interrogations au sein du peloton, même si personne ne remet en cause le talent immense du sprinteur belge.
Et si le problème était plus profond ?
Depuis plusieurs saisons, Arnaud De Lie accumule les problèmes de santé. Les causes semblent différentes à chaque fois, mais le résultat est identique : des préparations perturbées, des abandons, des performances en dents de scie sur les Classiques du printemps. Faut-il désormais aller encore plus loin dans les investigations ?
Plusieurs observateurs se demandent s’il ne serait pas opportun de consulter un véritable spécialiste de la maladie de Lyme, une hypothèse régulièrement évoquée autour du Belge ces derniers mois, même par son frère Axel il y a peu lors d’une interview.
Sur le plateau de la RTBF, Cyril Saugrain rappelait qu’un célèbre trailer français avait mis près de six ans avant de retrouver son niveau après avoir été diagnostiqué correctement. Sans établir de parallèle médical avec De Lie, il soulignait surtout combien certaines pathologies peuvent être longues à identifier et à traiter. Aucune preuve ne permet aujourd’hui d’affirmer que le cas De Lie relève de cette maladie dont des séquelles pourraient revenir de manière chronique, mais face à la répétition des épisodes, la question d’investigations encore plus poussées apparaît légitime.
Ne pas oublier l’essentiel
Au micro de nos confrères de Wieleflits, le Taureau de Lescheret était évidemment très déçu :
« C’est bien sûr une énorme déception, car j’ai travaillé pour le Tour pendant des mois et j’ai rêvé de me mêler aux sprints avec les meilleurs. Mais malheureusement, cette infection de l’estomac m’a gravement affaiblie. J’ai tout donné lors des deux premiers étapes, mais aujourd’hui, je n’avais tout simplement pas les jambes pour faire quoi que ce soit, certainement pas avec cette chaleur extrême. »
« La succession des ascensions était tout simplement trop exigeante. J’ai dit à Baptiste, qui était resté avec moi, qu’il ne m’attende pas pour qu’il termine dans les délais. Tout ce que je peux faire maintenant, c’est essayer de me rétablir complètement et de revenir plus fort pour le reste de la saison. »
Au milieu des critiques, il serait injuste d’oublier un élément : cette année, Arnaud De Lie avait énormément travaillé. Malgré les rumeurs, malgré les critiques, malgré les difficultés de 2025, tous les observateurs soulignaient et nous en premier qu’il était revenu plus professionnel, plus affûté, plus impliqué, et c’est précisément ce qui rend cet abandon si cruel tant le coureur est attachant en lui-même et qu’il peut compter sur une fan base solide et pas seulement en Wallonie .
Car au-delà des débats sur les responsabilités, c’est surtout un jeune coureur de 24 ans qui voit une nouvelle fois un grand objectif de la saison lui échapper de manière injuste.

Photo d’illustration : Claude Muller
