Dernier acte des Ardennaises, Liège-Bastogne-Liège ne distribue pas seulement un Monument. Elle rend un verdict. Définitif. Brut. Sans appel. Et cette édition 2026 s’annonce dans cette logique : une course de vérité, où les jambes parleront… mais où la lecture fera la différence.
UN PARCOURS QUI ÉCRÈME PLUS QU’IL N’EXPLOSE
259 kilomètres, près de 4000 mètres de dénivelé, et surtout une succession de côtes qui ne laissent aucun répit. La Doyenne reste fidèle à son ADN : une usure lente, progressive, presque insidieuse.
Le scénario est connu, mais toujours redoutable. Une première partie d’approche vers Bastogne, encore relativement contenue. Puis, au retour, la course bascule dans une autre dimension.
Saint-Roch pour ouvrir. Haussire pour durcir (“la montée la plus difficile de Belgique”), puis la trilogie Wanne – Stockeu – Haute-Levée pour casser les organismes.
Et enfin, le cœur du problème.
La Redoute.
Les Forges.
La Roche-aux-Faucons.
Trois noms, une sentence. Ici, la sélection n’est pas brutale. Elle est irréversible.
Car Liège ne récompense pas l’explosivité pure. Elle sacre la résistance. La capacité à répéter les efforts, à encaisser, à choisir le bon moment. Trop tôt, c’est perdu. Trop tard, aussi.
POGAČAR AU-DESSUS, MAIS PAS SEUL
Dans ce décor, un nom s’impose naturellement : Tadej Pogačar.
Double tenant du titre, référence absolue sur ce terrain, il aborde l’épreuve avec un statut limpide : favori numéro un. Plusieurs observateurs évoquent même un coureur “un niveau au-dessus” du reste du peloton. Mais Liège ne se gagne pas sur le papier.
Face à lui, Remco Evenepoel reste une menace crédible. Déjà vainqueur ici, parfaitement adapté au terrain, il possède ce profil capable de faire basculer la course de loin. Qui plus est quand il est en forme, comme l’a prouvé sa victoire la semaine dernière sur l’Amstel.
Reste une question centrale : comment courir face à Pogačar ?
L’hypothèse d’une alliance avec Paul Seixas, évoquée dans le peloton, n’est pas anodine. Elle traduit une réalité tactique : battre Pogačar nécessite plus qu’une attaque. Cela demande une stratégie collective… même implicite.

SEIXAS, L’INCONNUE QUI CHANGE TOUT
Et au milieu de cet équilibre fragile, un élément perturbe la lecture : Seixas.
À 19 ans, le Français ne vient plus pour apprendre. Il vient pour exister. Déjà capable de rivaliser avec les meilleurs sur des terrains similaires, il s’impose comme une variable tactique majeure.
Pas encore une référence sur un Monument comme Liège.
Mais déjà suffisamment fort pour influencer la course.
Et dans une épreuve aussi longue, aussi exigeante, ce type de profil peut faire basculer les dynamiques. Non pas en dominant… mais en obligeant les autres à réagir.
LES AUTRES CARTES DU JEU
Derrière ce trio, la densité reste réelle.
Thomas Pidcock, capable de jouer sur plusieurs registres. Le duo Ciccone Skjelmose peut aussi créer la surprise.
Des profils complets, imprévisibles, qui pourraient profiter d’un marquage trop strict entre favoris.
Car Liège ne pardonne pas les erreurs de lecture. Et encore moins les courses figées.
UNE COURSE DE VÉRITÉ
Plus que toute autre classique, Liège-Bastogne-Liège impose une hiérarchie.
Pas forcément celle attendue.
Mais toujours celle du jour.
Pogačar avance avec une longueur d’avance pour peut-être s’imposer une quatrième fois.
Evenepoel avec des certitudes.
Seixas avec une dynamique.
Mais au sommet de la Roche-aux-Faucons, il n’y aura plus de projections. Plus de scénarios.
Juste une réalité.
Et comme souvent à Liège, elle sera sans appel.


Photo d’illustration : © A.S.O./Jennifer Lindini
