C’est un paradoxe qui pique autant que les rampes à 19 % du Mur de Huy. La Belgique est rarement prophète en son pays lors de La Flèche Wallonne. Cette 90e édition s’apprête à s’élancer, ce mercredi, dans une atmosphère de « no man’s land » pour les supporters locaux. Entre forfaits de luxe et absences stratégiques, le Plat Pays semble avoir déserté ses propres terres, laissant le champ libre à une armada française plus conquérante que jamais.
LE (PRESQUE) VIDE SIDÉRAL DES FAVORIS NOIR-JAUNE-ROUGE
C’est un constat implacable : où sont passés nos chefs de file pour la première des Ardennaises ? Remco Evenepoel, impérial dimanche dernier lors de sa démonstration sur l’Amstel Gold Race, a choisi de faire l’impasse afin de se préserver en vue de La Doyenne. Un choix respectable, mais qui laisse un vide immense.
Derrière lui, le désert. Jarno Widar, l’espoir que tout le monde attendait sur ce terrain, manque à l’appel. Maxim Van Gils, Thibau Nys ou encore Ilan Van Wilder sont également absents. Pour la première fois depuis des lustres, la Belgique aborde sa Flèche sans aucun « outsider » au départ, à moins que Lennert Van Eetvelt ne retrouve ses meilleures jambes au bon moment. Il peut être l’une des plus solides cartes belges sur ce genre de parcours/arrivée. Mais au moment d’écrire ces lignes, rien n’est moins sûr. Aucun élément n’atteste de la forme du coureur de Lotto. Un constat amer pour une nation qui respire le vélo, mais qui semble cette année boudée par ses propres fils.
L’OURAGAN TRICOLORE PRÊT À DÉFERLER
À l’inverse, traversez la frontière et vous trouverez une ferveur que l’on n’avait plus vue depuis l’époque Jalabert. La France ne vient pas à Huy pour participer, elle vient pour annexer le Mur. À la tête de cette armada : le phénomène Paul Seixas. À seulement 19 ans, le prodige de Décathlon-CMA CGM vient de terroriser le peloton sur le Tour du Pays Basque, devenant le premier Français depuis 2007 à remporter une course par étapes de ce calibre.
Sur le papier, il est le grand favori. Sa capacité d’accélération dans les pourcentages extrêmes en fait l’épouvantail désigné.
Mais Seixas n’est pas seul. Les chances françaises sont démultipliées par une génération dorée :
• Lenny Martinez, dont le poids plume est une arme fatale pour Huy.
• Kévin Vauquelin, déjà deuxième ici par le passé.
• Romain Grégoire et Valentin Paret-Peintre, deux puncheurs qui ont prouvé leur forme ascendante ces dernières semaines.
Jamais, dans l’histoire moderne de l’épreuve, la France n’avait aligné une telle densité de vainqueurs potentiels.
VAN EETVELT, VANSEVENANT ET UIJTDEBROEKS : LES DERNIERS REMPARTS
Dans ce marasme belge, trois noms émergent pour sauver l’honneur. Lennert van Eetvelt dont on a parlé ci-avant, Mauri Vansevenant et Cian Uijtdebroeks. Le coureur de Soudal-Quick Step a prouvé sa solidité avec une 7e place encourageante sur l’Amstel. Sa tactique ? L’anticipation.
Et puis il y a Cian Uijtdebroeks. Désormais leader chez Movistar et en pleine préparation pour son premier Tour de France, le « presque régional » de l’étape habite à un jet de bidon du parcours. S’il n’a pas l’explosivité pure d’un « puncheur », son endurance et sa connaissance du terrain pourraient lui permettre de s’accrocher aux meilleurs.
UN DÉPART DEPUIS HERSTAL
Le parcours 2026 confirme la tendance amorcée récemment : La Flèche est devenue une course d’usure. Le départ sera donné de Herstal. Avec cette nouvelle donne apparaissent les côtes de Trasenster et des Forges.
Pour le reste, le peloton se coltinera le Mur de Huy à trois reprises dans le circuit final. Le traditionnel enchaînement Côte d’Ereffe/Côte de Cherave, également à escalader à trois reprises, constitue les autres difficultés au programme. Avec 200 kilomètres au compteur et une telle répétition d’efforts lactiques, le placement avant le virage de la « carrière » sera plus crucial que jamais.
L’OPPOSITION INTERNATIONALE : SKJELMOSE EN EMBUSCADE
Il ne faudrait pas pour autant réduire la course à un duel franco-belge. Mattias Skjelmose, deuxième de l’Amstel dimanche, semble être le seul capable de briser l’hégémonie annoncée des Bleus. Le Danois de Lidl-Trek adore cette ascension. On surveillera aussi Giulio Ciccone, qui a annoncé vouloir délaisser les classements généraux pour se concentrer sur ces classiques « coup de poing ».
Alors, assistera-t-on à un sacre français historique sur les hauteurs de Huy ? Ou un Belge parviendra-t-il, par miracle ou par malice, à bousculer la hiérarchie ? Réponse mercredi, aux alentours de 17h, au sommet du Chemin des Chapelles.
Photo d’illustration : Itzulia Basque Country Twitter Official
