Vainqueur du Mémorial Jimmy Duquennoy, deuxième du GP de Francfort, lauréat de l’Halluinberg Classic… et ce dimanche encore, 3e à Dilbeek sous une météo difficile, sur les pavés du Kekelberg, pour sa première course avec son nouveau maillot de Champion de Wallonie U17. Eliott Richard (Team Houdart CCE) ne fait pas que confirmer les espoirs placés en lui après sa saison cadet 1. Il les dépasse, week-end après week-end. À 15 ans, le coureur Binchois affiche une maturité bluffante et un appétit intact. Retour sur un début de saison 2026 déjà remarquable…
Tout d’abord, félicitations pour ce début de saison canon ! Champion de Wallonie U17, victoire à Bury, podium au GP de Francfort… On avait adoré notre échange l’an dernier, et on avait envie de prendre de tes nouvelles. Le titre de Champion de Wallonie U17 à Verviers (61 km, 1200 m D+). Ça ne devait pas être une promenade de santé. Comment as-tu abordé cette course et quel est ton sentiment aujourd’hui ?
E.R. : Au départ, je ne savais pas vraiment si j’allais pouvoir aller au bout de cette course. J’ai essayé de bien gérer mes efforts et de toujours rester bien placé dans le premier groupe. Finalement, les sensations étaient meilleures que prévu. Je suis très content du résultat, mais je ne réalise pas encore totalement d’avoir remporté les deux maillots.
NDLR – Ce jour-là, à Verviers, Eliott a en effet décroché les deux tuniques : celle de champion de Wallonie et celle de champion du Hainaut. Une performance rare sur un parcours casse-pattes qui démontre ses progrès sur ce type de terrain exigeant.

Au GP de Francfort, tu as terminé 2e mais on a vu que tu as choisi de ne pas disputer la victoire à ton coéquipier Charly Goffaux. C’est assez rare chez les jeunes de faire ce genre de geste. Qu’est-ce qui t’a poussé à prendre cette décision sur le moment ?
E.R. : On a vraiment couru en équipe. Sans le travail des coureurs et du staff, un tel résultat n’aurait pas été possible. Quand on est sortis du peloton, on savait que les autres allaient gérer derrière pour nous aider. Pendant qu’on jouait la victoire devant pour la Team Wallonie, chacun avait son rôle. Pour moi, c’est avant tout une victoire collective, et c’est ce qui la rend encore plus belle.
NDLR – Un geste de fair-play et d’intelligence collective qui force le respect. Loin de l’individualisme parfois affiché chez les jeunes, Eliott place l’équipe au-dessus de son propre palmarès. Une valeur qui ne se commande pas.
Le Mémorial Jimmy Duquennoy, à Bury, est une course particulière, qui rend hommage à un coureur pro disparu trop tôt. Gagner ce genre d’épreuve, est-ce que cela a une saveur un peu différente des autres victoires ?
E.R. : Oui, forcément, c’est une victoire un peu particulière. Quand on sait que cette course rend hommage à Jimmy Duquennoy, ça donne encore plus de valeur à l’épreuve. Gagner est déjà quelque chose de beau, mais le faire sur une course avec cette signification-là, c’est différent. Ça rappelle aussi que le vélo est un sport magnifique, mais exigeant. Je suis surtout fier d’avoir pu participer à une belle course et d’inscrire mon nom au palmarès avec beaucoup de respect. J’ai tout misé et j’ai mis les watts ! J’y suis aller jusqu’au bout même si j’étais complétement vidé… Au mental.

Tu évolues toujours en Team Wallonie et avec Rudy Houdart comme coach. Depuis notre dernière interview, y a-t-il des choses que tu as apprises ou améliorées techniquement ou mentalement ?
E.R. : Oui, je sens que j’ai franchi un cap cette saison. Grâce au travail effectué avec la team de Rudy Houdart, je me sens beaucoup plus à l’aise dans les côtes qu’avant. On a beaucoup travaillé cet aspect-là, notamment pendant les stages en Espagne durant les vacances de Noël puis dans le sud de la France avec mon coach, afin de progresser sur mes points faibles. Mentalement aussi, ma première victoire de la saison m’a donné davantage confiance. Après, j’essaie surtout de continuer à apprendre, d’écouter les conseils de Rudy et de rester concentré sur le travail, sans me mettre trop de pression.
Entre ta victoire à L’Halluinberg Classic, ton titre Verviétois, … Comment vois-tu la suite de ta saison ? As-tu un objectif précis ? Y a-t-il une victoire qui t’a marquée plus qu’une autre ?
E.R. : La victoire qui m’a le plus marqué jusqu’à présent, c’est évidemment le Championnat de Wallonie. Au départ, je ne pensais pas pouvoir obtenir un tel résultat, surtout sur un parcours aussi exigeant. J’avais parfois tendance à me sentir un peu en dessous de certains concurrents sur ce type de terrain, donc cette victoire m’a apporté beaucoup de confiance. Je suis très fier de pouvoir porter ce maillot distinctif. Maintenant, mon objectif est surtout de continuer à progresser et d’essayer de réaliser un beau Tour des Flandres.

NDLR – Le Tour des Flandres cadets, épreuve mythique, sera un juge de paix ce dimanche 24 mai. Avant cela, Eliott a déjà engrangé de l’expérience à Temse (10e sur 112 à 41,53 km/h), Herenthout (20e à 43,86 km/h malgré une chute massive) et Damme (une course prometteuse interrompue par une chute à 100 m de l’arrivée, sans gravité). Ajoutons à cela Pévèle Carembault Classics le 6 avril : un véritable mini Paris-Roubaix avec le secteur pavé 5 étoiles de Mons-en-Pévèle (40e place sur 154). Le 9 mai à Aalbeke, il partait en échappée avant qu’une crevaison ne mette fin à sa journée, malgré une très belle prestation. Enfin, le lendemain à Nandrin (près de 800 m de dénivelé), il s’impose au sprint à trois et « dédie sa victoire à sa maman » pour la fête des mères. À chaque sortie, il apprend et progresse.
Pour finir, si tu devais résumer tes sentiments actuels après ce début de saison prometteur, ce serait quel mot ?
E.R. : Je dirais “incroyable”. Pas seulement pour les résultats, mais surtout pour tout ce que je vis depuis le début de saison. Entre les courses, les progrès réalisés, le soutien de ma famille, de mes coachs, du staff et de l’équipe, ce sont des moments que je n’oublierai pas. Mais je garde les pieds sur terre : la saison est encore longue et il reste beaucoup de travail.
Il y a six mois, Eliott nous confiait le mot « FIERTE ». Aujourd’hui, c’est « INCROYABLE » qui vient clore cette nouvelle conversation. Entre-temps, il est passé de la découverte à la confirmation, sans jamais perdre son humilité et sa belle façon de voir les choses. Son nom continue de tourner dans les pelotons flamands et wallons, et son palmarès commence à sérieusement étoffer sa carte de visite. Le garçon reste calme, travailleur, bien entouré. Ses parents, son papy – celui qui lui a transmis la flamme –, sa sœur Elysa, son coach Rudy Houdart, Phil Houdart pour la mécanique, et toute la Team Houdart peuvent être fiers. La saison 2026 ne fait que commencer, et Eliott a encore de belles pages à écrire.
Retenez bien son nom. Ce n’est que le début…

