Des coureurs qui montent des cols en été en tenue d’hiver, d’autres qui font du home trainer fenêtres fermées et chauffage allumé, et Remco qu’on voit au sauna après un gros entraînement…
Qu’est-ce que cette nouvelle tendance ? Y a-t-il un lien avec les canicules que doivent affronter les coureurs au Tour ou à la Vuelta ? On vous dit tout sur Velonews.be avec Arnaud Cornet (diplômé en sciences de la motricité et préparateur physique spécialisé dans le vélo)
LA CHALEUR, NOUVELLE ARME DU CYCLISME ?
Le cyclisme est un sport où l’on est généralement davantage épargné par la chaleur grâce à la ventilation due à la vitesse assez élevée. Mais, depuis la mondialisation du cyclisme et la tenue de championnats du monde ou de Jeux olympiques partout dans le monde, y compris dans les zones tropicales, mais aussi depuis le réchauffement climatique, la question de la préparation à ces fortes chaleurs s’est clairement posée. Et la recherche n’a pas tardé à fournir des réponses intéressantes.
LE CORPS S’ADAPTE À LA CHALEUR
En effet, face à ces fortes chaleurs, le corps s’acclimate, il s’adapte. Le mécanisme est bien connu : en créant une baisse du volume sanguin suite à la transpiration, le corps va compenser au fil des entraînements en augmentant le volume plasmatique. Ce qui augmente les réserves liquidiques, permet un flux de sang plus élevé sous la peau et favorise le refroidissement. Le sportif transpire plus tôt, avec une concentration en sels minéraux moindre.
Mieux, cette augmentation du volume plasmatique va entraîner une baisse de l’hématocrite (concentration des globules rouges sanguins), puisque le volume global augmente, mais pas la part des globules rouges. Cette baisse de l’hématocrite va déclencher une production d’EPO endogène, entraînant une hausse du nombre de globules rouges dans le sang.
Donc, en s’entraînant de façon régulière avec cette contrainte supplémentaire qu’est la chaleur, on provoque des adaptations qui ont un intérêt pour prester correctement en ambiance chaude, mais aussi en ambiance tempérée.
L’ALTITUDE : UN PRÉCÉDENT BIEN CONNU
On avait déjà pu observer ça avec les stages en altitude. Ils préparent à mieux prester dans des conditions de raréfaction de l’oxygène, mais ils provoquent des adaptations qui sont précieuses aussi pour prester au niveau de la mer.
On s’est aussi rendu compte que, bien que les contraintes « altitude » (baisse de la PP en O₂) et « chaleur » soient fondamentalement différentes, elles jouent en partie sur les mêmes mécanismes adaptatifs. En effet, dans les deux cas, on observe une augmentation du volume plasmatique et une augmentation du nombre de globules rouges.

DES ADAPTATIONS BÉNÉFIQUES MÊME À BASSE ALTITUDE
Les bénéfices en conditions normales sont évidents : amélioration de l’oxygénation des tissus grâce à une augmentation du volume d’éjection systolique, une augmentation du pouvoir oxyphorique du sang et une augmentation du nombre de mitochondries.
Les recherches se sont alors portées sur la complémentarité des dispositifs d’entraînement en altitude (LHTH – cfr. les stages récents de Wout et Remco à Livigno – et LHTL, pour « living high, training high » et « living high, training low ») et des séances de chaleur (« heat sessions »). On a ainsi pu observer que les bénéfices d’un stage en altitude peuvent être non seulement optimisés par des séances de heat training, mais aussi et surtout prolongés dans la durée.
COMMENT S’ENTRAÎNER À LA CHALEUR SANS S’ÉPUISER ?
Les limites en intensité et en volume des entraînements qu’imposent de tels dispositifs, dues à la fatigue accrue qu’engendrent de telles contraintes, ont amené à chercher des solutions moins coûteuses du point de vue de la fatigue engendrée.
Alors qu’une séance de sauna seule représente un stimulus trop faible pour provoquer les adaptations recherchées, on s’est rendu compte que ces séances dites « passive sessions » (bains chauds et sauna), couplées à des séances d’une heure dites « active sessions », donnaient de très bons résultats.
LE PROTOCOLE DES PROFESSIONNELS
C’est la raison pour laquelle les professionnels (et en particulier les grands leaders) profitent de dispositifs d’entraînement comprenant des stages en altitude suivis d’une série de 7 à 14 séances d’active heat sessions, avec un équilibre très pointu entre active sessions et passive sessions, et entre séances qualitatives intenses et séances plus douces en zones 1 à 2, afin de bien maîtriser la charge de travail et donc la gestion de la fatigue.
Et c’est bien de ça dont les coureurs se plaignent à la Vuelta : les conditions chaudes sont particulièrement répétées et prolongées, et la charge et la fatigue ne sont plus maîtrisées.
On recense ainsi plusieurs coureurs qui ont dû aller passer des examens à l’hôpital pour vérifier qu’ils étaient bien dans les conditions de santé nécessaires pour pouvoir poursuivre cette Vuelta, qui restera comme l’une des plus exigeantes de ces dernières années, avec près de 60 000 m de D+ et des températures dépassant régulièrement les 40 degrés.
Prochain billet : en quoi est-ce intéressant pour un sportif amateur ? Pour qui ? Et comment s’y prendre ?
Arnaud Cornet

Photo d’illustration : Instagram @campenaertsvictor
