Après la course difficile de Paul Seixas, le sélectionneur de l’équipe de France, Thomas Voeckler, est revenu sur la performance de son coureur. Entre prise de recul, refus d’analyser à chaud sans les données chiffrées, et philosophie face à la défaite, il a livré son regard avec Velonews sur cette journée compliquée. Entretien.
Thomas, Paul a pris la responsabilité de cet échec et s’en veut beaucoup. Qu’en pensez-vous ?
Thomas Voeckler : C’est de ma faute, je cherche pas pourquoi il l’a dit. Sincèrement, il était dans de très bonnes dispositions. Je ne pense pas qu’il ait failli, en tout cas non. On n’a pas eu le temps de débriefer, mais d’après ce que j’ai vu dans la course, c’était ok. L’année dernière, quand il y a eu le contre-la-montre qu’il gagne, c’est pareil, il s’est flagellé, il est tellement exigeant qu’il avait annoncé que tout autre résultat qu’une médaille d’or serait un échec.
Comment expliquez-vous qu’il ait coincé de cette manière dans le final ?
T. V. : Je ne sais pas, il faudrait être là. Je vous avoue que moi comme ça, je dirais que je ne vais pas aller dans les domaines que je ne connais pas. Aujourd’hui, il y a tellement d’analyses avec les datas et tout ce que vous voulez, que là, à chaud, je ne vais pas vous dire pourquoi il a coincé à ce moment-là, alors que la semaine dernière il a fait péter la roue. Tout ce que je sais, c’est qu’il était dans de bonnes dispositions, que ce soit les jours précédents ou aujourd’hui. Après, je n’irai pas dans des domaines qui peuvent expliquer rationnellement l’échec ; des fois il ne faut pas toujours chercher à tout comprendre.
L’équipe a semblé beaucoup travailler. N’est-ce pas d’autant plus frustrant ?
T. V. : On fait tout pour tenter de l’être, lui le premier. Par contre, si on ne fait pas tout pour essayer, on est sûr de ne pas y arriver, et c’est le cas de tous les prétendants je pense. Aujourd’hui, ce n’est pas pour nous. À mon goût, il a été un peu isolé par rapport à ses coéquipiers un peu tôt. Ça peut arriver. C’est sûr qu’on a durci quand on le voulait, et ça je maintiens que c’était dans l’intérêt du profil de Paul par rapport au circuit. Quand on voit que des coureurs comme Matthews sont lâchés, si nous on ne durcit pas là, il y a quatre tours d’attente encore avec des puncheurs.
Quel est votre discours pour le groupe après cette désillusion ?
T. V. : Il faut savoir assumer. Je vais dire une banalité : quand ça marche bien, il n’y a pas tout qui a été parfait, et quand ça ne marche pas, il n’y a pas tout qui est à jeter. Il fera jour demain. On est déçus parce qu’on pensait que c’était possible. On est toujours plus déçus quand on avait une chance d’y arriver, plutôt que quand on sait qu’on n’a aucune chance. Soyons déçus pour savourer davantage le jour où ça marchera à nouveau.
Le parcours difficile correspondait pourtant parfaitement à ses qualités ?
T. V. : Plus c’était dur, plus c’était pour Paul. Voilà.
Propos receuillis par Camille Avon pour VeloNews
