C’est une arrivée qui risque de faire couler beaucoup d’encre et à juste titre ! Ce samedi, Marie Schreiber pensait avoir réalisé l’exploit de sa carrière en remportant les Championnats d’Europe de cyclo-cross devant la championne du monde Lucinda Brand. Mais quinze minutes après l’arrivée, le jury des commissaires en décidait autrement. La Luxembourgeoise était déclassée pour un sprint jugé irrégulier, offrant ainsi le titre à la Néerlandaise. Une décision qui a provoqué la colère de Schreiber et de son entraîneuse Sanne Cant, tandis que Brand elle-même semblait bien embarrassée par ce dénouement.
UNE COURSE MAGNIFIQUE, UN DÉNOUEMENT UBUESQUE !
Tout avait pourtant commencé comme dans un rêve pour Marie Schreiber. Dès les premiers hectomètres, la Luxembourgeoise prenait les commandes de la course, imposant un rythme particulièrement élevé à ses adversaires néerlandaises. Après un premier tour mené tambour battant, elle comptait déjà treize secondes d’avance. Derrière, Lucinda Brand et Ceylin del Carmen Alvarado devaient s’employer pour revenir sur la jeune Luxembourgeoise.
Le regroupement s’opérait finalement et les trois femmes abordaient le dernier tour avec la victoire en ligne de mire. Mais une chute d’Alvarado allait transformer cette finale en duel entre Schreiber et Brand.
Dans la dernière ligne droite, la Luxembourgeoise lançait son sprint et résistait au retour de la championne du monde. Elle franchissait la ligne en première position, les bras levés, persuadée de tenir son premier titre européen chez les élites. Un exploit d’autant plus remarquable qu’aucune coureuse non néerlandaise n’avait remporté cette épreuve depuis Sanne Cant en 2017.
Mais la joie allait être de courte durée : après avoir examiné les images pendant une quinzaine de minutes, les commissaires estimaient que Schreiber avait quitté sa trajectoire et gêné Lucinda Brand. La sanction tombait : déclassement à la deuxième place.
Le titre revenait donc à la Néerlandaise, tandis qu’Alvarado conservait sa médaille de bronze.
MARIE SCHREIBER : « ON M’A VOLÉ LE PLUS BEAU MOMENT DE MA CARRIÈRE »
À 23 ans, Marie Schreiber avait toutes les raisons de croire qu’elle venait de vivre le plus grand moment de sa carrière, sa réaction d’après course suite à l’annonce du déclassement était à la hauteur de sa déception : « C’est un manque de respect de me voler le plus beau moment de ma carrière » (Belga/Circus Daily).
La Luxembourgeoise reconnaît avoir légèrement dévié de sa trajectoire, mais réfute catégoriquement toute volonté de fermer la porte à son adversaire. Elle explique avoir changé de braquet au cours de son sprint, après cinquante minutes d’une course particulièrement éprouvante et avec une fréquence cardiaque avoisinant les 190 pulsations par minute.
Un mouvement qu’elle considère comme parfaitement naturel dans les circonstances.
Mais ce qui la révolte davantage, c’est que Lucinda Brand elle-même n’aurait pas considéré son sprint comme fautif : « Lucinda Brand a elle-même dit qu’il n’y avait rien à redire sur mon sprint et que je n’avais rien fait de mal » (Belga/Circus Daily).
Pour Schreiber, la décision est d’autant plus incompréhensible qu’elle estime que Brand ne disposait plus de la vitesse nécessaire pour la dépasser. Elle souligne également que son déplacement vers la gauche n’était absolument pas intentionnel. La Luxembourgeoise ne cache pas non plus son amertume envers les instances dirigeantes, auxquelles elle reproche un décalage entre leur discours sur l’équité sportive et la décision prise à Zeddam.

UNE MÉDAILLE D’ARGENT QU’ELLE REFUSE D’ALLER CHERCHER
La déception de Schreiber ne s’est pas limitée aux déclarations d’après-course car la Luxembourgeoise a tout simplement décidé de boycotter la cérémonie protocolaire, laissant vide la deuxième marche du podium, une décision forte qu’elle assume malgré la possibilité d’une amende.
« Je voulais monter sur le podium, mais après ce qu’ils m’ont fait, j’ai préféré m’abstenir » (Belga/Circus Daily).
Ce qui devait être une journée historique pour le cyclisme luxembourgeois s’est donc transformé en une immense désillusion.
SANNE CANT : UNE COLÈRE À LA HAUTEUR DE SON INCOMPRÉHENSION
Du côté de Sanne Cant, la réaction a été tout aussi vive : l’ancienne triple championne du monde, aujourd’hui entraîneuse de Marie Schreiber chez SD Worx-Protime, n’a pas cherché à dissimuler son indignation. Interrogée par Sporza, la Belge a qualifié cette décision de « la plus ridicule que j’aie jamais entendue. J’ai moi-même passé de nombreuses années sur un vélo et je n’ai jamais vécu une chose pareille » (WielerFlits).
Forte de son immense expérience, Cant estime que la décision manque singulièrement de proportion et rappelle notamment que des irrégularités autrement plus importantes se produisent régulièrement lors des sprints sur route, sans nécessairement entraîner de déclassement.
Mais c’est surtout l’intervention du président de l’UCI, David Lappartient, qui suscite son étonnement. Selon Cant, c’est lui qui aurait remarqué le mouvement litigieux, alors que Lucinda Brand n’avait elle-même introduit aucune réclamation. L’ancienne championne du monde ironise alors sur les conditions particulières d’un sprint en cyclo-cross.
« Peut-être devrait-il essayer lui-même de sprinter sur un vélo de cyclo-cross » (WielerFlits).
Avec des pneumatiques gonflés à une pression aussi faible, conserver une trajectoire parfaitement rectiligne lors d’un sprint à pleine puissance n’est pas toujours évident et Cant estime également que la largeur de la chaussée offrait suffisamment d’espace à Lucinda Brand pour tenter son dépassement.
Pour l’ancienne championne du monde, la sanction apparaît donc particulièrement sévère.
LUCINDA BRAND : UNE CHAMPIONNE D’EUROPE QUI NE CRIE PAS VICTOIRE
Dans cette affaire, Lucinda Brand se retrouve dans une position pour le moins inconfortable. La Néerlandaise, qui pensait avoir terminé deuxième, se voit finalement attribuer son deuxième titre européen après celui remporté en 2021. Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Brand n’a jamais demandé le déclassement de son adversaire et après l’arrivée, elle aurait même félicité Marie Schreiber pour sa performance.
Face aux journalistes, la nouvelle championne d’Europe reconnaît d’ailleurs le caractère inhabituel de son sacre : « C’est un titre de plus mais il est un peu étrange, je dois l’avouer. Marie a été très forte pendant cette course, surtout dans les escaliers » (WielerFlits).
Concernant le sprint final, Brand explique avoir tenté de revenir à hauteur de son adversaire, sans parvenir à prendre l’avantage mais laisse toutefois aux commissaires la responsabilité de leur décision et de conclure avec un certain malaise : « Chaque titre est très beau, mais celui-ci aura malheureusement une saveur différente » (WielerFlits).
UNE DÉCISION QUI INTERROGE SUR L’APPLICATION DU RÈGLEMENT
Au-delà des réactions, cette affaire pose une véritable question sur l’application des règles lors des sprints en cyclo-cross, personne ne conteste réellement que Marie Schreiber se soit légèrement déplacée vers la gauche. Les images montrent effectivement un changement de trajectoire dans les derniers mètres. Mais ce mouvement constituait-il une gêne suffisamment importante pour justifier la perte d’un titre européen ? C’est précisément sur ce point que les avis divergent et que nous prenons position contre l’avis exprimé par les commissaires.
L’absence de réclamation de la Néerlandaise constitue pour nous un élément important du débat, même si les commissaires disposent évidemment du pouvoir d’intervenir de leur propre initiative. Reste cette impression désagréable qu’une magnifique bataille sportive s’est finalement achevée dans le bureau du jury plutôt que sur la ligne d’arrivée.
Le titre appartient officiellement à Lucinda Brand. Mais la performance de Marie Schreiber, elle, restera dans les mémoires.

