Sans équipe pour 2027, le vainqueur de la Flèche wallonne 2022 arrête à 34 ans. Reste une question que son été 2017 avait posée : jusqu’où pouvait-il aller ?
Dylan Teuns ne sera pas au départ de la saison 2027. Le coureur de Diest a annoncé le 29 octobre sur Instagram la fin de sa carrière : « Quelle aventure ! Il est temps de dire au revoir au peloton professionnel ». Son contrat chez Cofidis expire, et aucun employeur ne lui a proposé d’autre engagement. Il s’en va avec quatorze victoires, dont la Flèche wallonne 2022 et deux étapes du Tour de France, à la Planche des Belles Filles en 2019 puis au Grand-Bornand en 2021.
LE MANTRA DU RAJEUNISSEMENT
Teuns voulait encore deux saisons. Il a discuté avec trois équipes du WorldTour et deux ProTeams. Le 23 octobre, Lotto-Intermarché lui a fait savoir qu’elle n’avait pas de place. « Presque chaque équipe répétait le même mantra : il faut rajeunir », raconte-t-il au Nieuwsblad.
De plus, le corps de Teuns est meurtri. Une lourde chute sur À travers la Flandre lui a laissé deux petites fractures du bassin. Il a aussi refusé de descendre vers une formation aux moyens limités. Neuvième du Grand Prix de Wallonie le 16 septembre, il avait glissé sur l’esplanade de la Citadelle de Namur : « C’était peut-être bien ma dernière course en Belgique… ». Il ne s’était pas trompé. Son avenir ? Il va reprendre l’exploitation agricole dont il est copropriétaire.
HUIT VICTOIRES EN UN ÉTÉ, PUIS LE MUR
À l’été 2017, Teuns enchaîne le Tour de Wallonie, le Tour de Pologne et l’Arctic Race of Norway : trois classements généraux, cinq étapes, huit victoires. Au printemps, il avait déjà fini troisième de la Flèche. Jim Ochowicz, le patron de BMC, lui prête des « possibilités illimitées ». L’intéressé trouve la formule « un peu exagérée ». La saison suivante semble donner tort à sa prudence : il conclut ses années BMC sur le podium du Tour de Lombardie, derrière Thibaut Pinot et Vincenzo Nibali, en remportant le sprint des poursuivants. « Je ne sais pas ce que je dois faire pour gagner une grande course », confie-t-il ce jour-là. Sur les Monument, son interrogation restera sans réponse.
Sur le Tour, il frappe deux fois. En 2019, à la Planche des Belles Filles, il devance Giulio Ciccone, qui endosse le maillot jaune. Deux ans plus tard, sous une pluie battante, il bascule en tête de la Colombière avec Tadej Pogačar à quelques secondes, descend plus vite que lui et s’impose seul au Grand-Bornand.
Le 20 avril 2022, son « rêve d’enfant » prend la forme du Mur de Huy. À deux cents mètres de la ligne, il ruine le plan de Movistar et devance Alejandro Valverde, qui disputait sa dernière Flèche. Premier Belge vainqueur à Huy depuis Philippe Gilbert en 2011, il demeure, à ce jour, le dernier : Pogačar, Stephen Williams puis Paul Seixas lui ont succédé.

Teuns vainqueur au Grand Bornand…seul coureur à ne pas avoir été repris par Pogi ! Crédit photo : A.S.O.
DES PLACES D’HONNEUR SUR LES MONUMENTS, PAS PLUS
Au printemps 2022, en trois semaines, Teuns prend la sixième place du Tour des Flandres et de Liège-Bastogne-Liège, la dixième de l’Amstel, et gagne la Flèche. José De Cauwer, consultant pour Sporza, le tient alors pour le meilleur coureur belge d’un jour après Wout van Aert, « si l’on regarde l’étendue » de son registre.
Jamais un Monument ne lui a semblé aussi proche. À Audenarde, il termine à deux secondes de Mathieu van der Poel. Accompagné de Stefan Küng, ils ont manqué de peu le sprint pour la victoire : « Sur le Koppenberg, j’étais trop loin », admet-il à Sporza. À Liège, quatre jours après Huy, il reste avec les favoris quand Remco Evenepoel s’envole dans la Redoute, puis attaque, selon lui, à quatre reprises dans la Roche-aux-Faucons, sans trouver de relais. Deux ans plus tard, Alberto Bettiol et lui sont rejoints dans les cent derniers mètres d’un Tour des Flandres où ils chassaient le podium.
Le fil rouge tient en un mot : le placement. « À plusieurs moments clés, je n’étais pas bien placé », regrettait-il en 2024 dans un communiqué de son équipe d’alors, Israel-Premier Tech. Dès le Tour des Flandres 2022, le même De Cauwer s’en étonnait : « Teuns était bon, mais pourquoi dire alors qu’on était trop loin ? » Lutter pour être devant au pied des monts coûte chaque fois un effort de plus, rappelait-il. Être bien placé est déjà une affaire de jambes. Le punch ne lui manquait pas, la Planche et Huy l’ont montré, ni l’audace de s’en aller seul, comme au Grand-Bornand. Mais les Monuments qu’il a frôlés se sont décidés sur l’accélération d’un plus fort, et Teuns a trop souvent vu partir la bonne roue. Dans le Sormano, en 2018, il était « à une vingtaine de mètres » quand Pinot et Nibali ont attaqué.
Huy marque aussi la fin de la récolte : une étape du Tour de Romandie, quelques jours plus tard, sera son dernier bouquet. En août 2022, sans offre de prolongation chez Bahrain, il rejoint en pleine saison Israel-Premier Tech, menacée de relégation. Son mauvais printemps 2023, il l’associe lui-même à son divorce, reste blanc. 2024 le relance, avec une deuxième place à la Flèche brabançonne, battu au sprint par Benoît Cosnefroy, avant Cofidis et les blessures.
UN POTENTIEL GÂCHÉ ?
A-t-il eu la carrière que son talent laissait augurer ? Une classique, deux étapes du Tour et trois classements généraux composent un bilan que bien des coureurs n’approcheront jamais. Mais en Grand Tour, il plafonne au douzième rang et, sur les cinq Monuments, le compte s’arrête au podium lombard de 2018. Liège, sa « course de rêve absolue », ne lui a pas offert mieux qu’une sixième place. Ce n’est pas faute d’armes. Il lui a manqué la marge des tous meilleurs et, après 2022, la sérénité de celui qui gagne : « Ces dernières années, je me suis mis trop de pression », reconnaît-il.
Les routes wallonnes auront encadré cette trajectoire : elles lui ont offert sa première victoire professionnelle en 2017, Huy la plus belle, Namur un adieu pressenti. Les possibilités n’étaient pas illimitées. Elles ont suffi pour priver Valverde d’une sixième Flèche. Mais le temps passe et ni le talent, ni le palmarès ne suffisent face à un marché actuel pour un homme de 34 ans sans victoire depuis plus de quatre ans. Début octobre, Teuns prévenait : « ce n’est pas encore l’âge d’arrêter, mais s’ils m’y forcent, je n’aurai pas le choix ». Personne ne l’a forcé. Personne ne l’a, malheureusement pour lui, retenu non plus.

Teuns s’envole pour s’imposer à la Planche des Belles Filles – Crédit photo : A.S.O.
