Douze jours après sa première victoire professionnelle, aux Trois Vallées varésines, Jarno Widar a remporté dimanche le Tour de Guangxi. À 20 ans, le coureur de Lotto-Intermarché a traduit en résultats ce que sa Vuelta laissait entrevoir. Son prochain défi : tenir sur la longueur.
Le calendrier WorldTour 2026 s’est refermé sur son nom. Au sommet de Nongla, Jarno Widar a gagné l’étape reine, la sixième et dernière de l’épreuve chinoise, et s’est emparé du même coup du classement général. Le favori annoncé, Tom Pidcock, a terminé deuxième à neuf secondes, devant le Français Louis Barré, à seize. Le Belge signe là ses deux premiers succès au plus haut niveau : le WorldTour.
Le dénouement a pourtant failli lui échapper. À vingt kilomètres du but, une pause naturelle l’a relégué en queue de peloton, bloqué derrière des trains d’équipes. Revenu à l’avant, il a été le seul à suivre le Britannique dans les rampes finales, avant de le déborder. « Je savais où Tom Pidcock allait démarrer, et où je devais accélérer moi-même. Je l’ai fait à 150 mètres de l’arrivée », a-t-il raconté à Sporza. Puis, presque incrédule : « Mon rêve a toujours été de devenir coureur professionnel, mais gagner maintenant deux grandes courses en une semaine et demie, ça paraît tout simplement irréel. »
VARÈSE D’ABORD
La première des deux remonte au 6 octobre. Aux Trois Vallées varésines, Widar s’est échappé avec Pidcock (déjà) et l’Américain Matteo Jorgenson à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée, puis a lancé le sprint de loin pour devancer ses deux compagnons. « Si je pars de loin et que je fais le trou, je peux tenir vingt secondes », expliquait-il à Sporza. Au palmarès, il succèdait à Tadej Pogačar. Excusez du peu.
Fin août, dans un de nos articles nous estimions que sa deuxième place derrière le Slovène à Andorre, lors de la quatrième étape du Tour d’Espagne, demandait confirmation. Elle n’a pas tardé, et elle avait été préparée. « Nous savions que j’étais bien sorti de la Vuelta. Ensuite venaient les classiques italiennes, où nous voulions faire le mieux possible », résume-t-il encore pour Sporza.
UNE SAISON EN POINTILLÉ
Cet empressement a une explication : le temps perdu. Son palmarès chez les jeunes, du Giro Next Gen 2024 au titre européen des espoirs en 2025, annonçait une éclosion rapide. Malade à la fin de l’hiver, puis blessé au genou gauche lors d’une chute à l’entraînement, il a dû se passer de dossard pendant plus de trois mois et manqué toutes les classiques ardennaises. « Ça a duré assez longtemps », confiait-il en juin au média sportif de la VRT.
Ses deux absences aux championnats n’ont pas la même origine. L’Euro par choix, au profit des courses italiennes. Le Mondial sur décision du sélectionneur, et celui-là laisse un regret. Serge Pauwels a estimé, selon l’intéressé, que Montréal venait un an trop tôt et que le placement y serait déterminant (Wielerflits). Douzième, Remco Evenepoel s’y est justement retrouvé mal placé à plusieurs reprises, et la Belgique est rentrée sans médaille sur la course en ligne. Neuf jours plus tard, le nouveau champion du monde, Brandon McNulty, figurait dans le groupe devancé par Widar à Varèse.

Podium des Trois vallées varésines (crédit photo : Wielerfliets)
EN LOMBARDIE, QUATRE MINUTES DE TROP
Le samedi suivant, son premier monument a révélé la limite. Pour la plus longue course de sa carrière, 239 kilomètres entre Bergame et Côme, Widar avait lui-même désigné l’obstacle. « L’avant-dernière ascension, le Civiglio, c’est 4 km à 10 %, un effort de 10 à 12 minutes. C’est peut-être 4 ou 5 minutes trop long pour moi », prévenait-il la veille, jugeant La Redoute, « un effort de 3 min 50 s », bien plus à sa main (Sporza).
Le diagnostic était juste. Treizième d’une épreuve remportée par Paul Seixas, il n’a pas pu suivre le groupe qui se disputait la quatrième place. « Je suis complètement cuit », reconnaissait-il, avant de préciser : « Dans les dix derniers kilomètres, j’étais vide » (Sporza). Il s’en disait malgré tout satisfait. Le punch est là. Le coffre, pas encore.
DOUZE MOIS ET UN MUR
L’automne a validé le talent. L’enjeu suivant se mesure en mois. Avant son premier grand tour, Widar n’avait jamais couru plus de huit jours d’affilée, rappelait son directeur sportif Mario Aerts, et l’essentiel de son exercice 2026 a tenu en quatre mois. Les monuments et les épreuves de trois semaines exigent une autre endurance.
Le terrain où l’attendre est connu. La Flèche wallonne figurait à son programme 2026 avant que son genou ne l’en prive. Elle reste, avec Liège-Bastogne-Liège, « le parcours idéal », affirmait-il au lendemain des Trois vallées varésines. Au Mur de Huy, la course se décide sur 1,3 km à près de 10 %, trois fois moins que le Civiglio qu’il jugeait trop long. Un effort bref et violent, à la mesure d’un coureur dont son équipier Milan Donie disait à Sporza : « S’il pesait dix kilos de plus, ce serait un sprinteur pour les arrivées massives ».
En août, sa Vuelta demandait confirmation. Octobre l’a apportée. La prochaine étape sera d’une autre envergure : performer sur une saison complète. Cela passera peut-être par une victoire à Huy.
