Pour sa première saison chez Red Bull-BORA-hansgrohe, Remco Evenepoel a gagné quatorze fois, pris la deuxième place du Tour de France et complété une collection de titres sans équivalent dans l’histoire. Il manque encore un Grand Tour ou un Monument à son bulletin.
Remco Evenepoel a refermé son année là où il est le plus difficile à battre : seul face au temps. Aux Herbiers, sa victoire au Chrono des Nations lui a offert un quatorzième succès en 2026. « En général, la saison a été très bonne », juge-t-il au micro de la RTBF. Il visait pourtant plus haut : « Si je gagne, ce sera ma meilleure saison », prévenait-il à la veille du Tour de Lombardie. Il a terminé quatrième. Dauphin de Tadej Pogačar sur le Tour, il n’a remporté ni grand tour ni monument : la mention bien s’impose.
UN PRINTEMPS À DISTANCE DE POGAČAR
Les classiques ont déjà montré les contrastes de son exercice. À l’Amstel Gold Race, il a battu Mattias Skjelmose au sprint, prenant sa revanche sur l’édition précédente. Mais sur les deux rendez-vous majeurs qu’il convoitait, le Tour des Flandres, qu’il découvrait, et Liège-Bastogne-Liège, il a fini troisième, chaque fois loin de Pogačar et sans jamais pouvoir jouer la victoire. Avec le recul, il reconnaît avoir trop enchaîné les courses, pressé de « gagner le plus vite possible » dans sa nouvelle équipe.
LE TOUR, UNE MARCHE PLUS HAUTE
L’été a confirmé sa progression. Déjà sur le podium du Tour de France en 2024, il a cette fois pris la deuxième place, à plus de six minutes d’un Pogačar intouchable, premier Belge à ce rang depuis Lucien Van Impe en 1981. Ses deux victoires d’étape disent l’étendue de sa palette : au Plateau de Solaison, il a réglé le Slovène au sprint ; dans le contre-la-montre vallonné de Thonon, un 21 juillet, il a devancé le maillot jaune. Six jours après les Champs-Élysées, il devenait le seul coureur à avoir gagné quatre fois la Classique de Saint-Sébastien, encore en vitesse, face à Richard Carapaz cette fois-ci.

L’AUTOMNE ET LES DERNIERS TITRES
Le sprint est devenu une arme létale. Au Grand Prix de Québec, Giulio Ciccone l’a appris à son tour. À Montréal, le contre-la-montre lui a ensuite rapporté un quatrième titre mondial d’affilée, une série sans précédent, avec 57 secondes d’avance sur Filippo Ganna, le seul qui semblait pouvoir l’inquiéter. Depuis les Jeux de Paris, il n’a plus perdu un chrono, prologues et efforts en montagne exceptés. Sur le plat comme sur un parcours vallonné, personne ne le chatouille. Seuls les cols laissent encore une prise à Pogačar.
La course en ligne a fait de Montréal une demi-déception. En l’absence du Slovène, un deuxième titre mondial, quatre ans après Wollongong, paraissait à portée. Evenepoel a fini douzième de championnats qu’il juge « pas terribles ». Pareille occasion pourrait ne pas se représenter de si tôt. Une semaine plus tard, en Slovénie, il a repris Ciccone d’un jeté de vélo, malgré une chute, pour décrocher l’or continental . Ce titre a complété une collection unique : sacré mondial, européen et belge sur route comme contre la montre, double champion olympique en 2024 : il est le premier coureur de l’histoire à avoir remporté tous les grands titres.
2027 : RETROUVER LE CHEMIN DES FILETS
L’ancien capitaine des jeunes d’Anderlecht, milieu défensif de formation, doit maintenant marquer là où se jugent les carrières : son unique Grand Tour gagné remonte à la Vuelta 2022, son dernier monument à Liège 2023. Aux Herbiers, il a annoncé une reprise plus tardive et des préparations plus ciblées ; son entourage veut aussi mieux maîtriser son poids après les classiques.
Le tracé présenté à Paris plaide pour un nouvel assaut en juillet. Ses deux contre-la-montre individuels totalisent 71 km, un volume inédit depuis 2012 : un long effort sur le plat entre Blois et Chambord dès la première semaine, qui pourrait lui offrir son premier maillot jaune selon La DH, puis un second autour de Toulouse. Chez Red Bull-BORA-hansgrohe, le directeur sportif Zak Dempster salue « un parcours qui met en valeur nos points forts ». Le patron, Ralph Denk, tempère : en montagne, ce Tour ne sera pas facile. Il ne compte que trois arrivées au sommet (quatre si l’on compte l’arrivée à Mende), mais l’étape reine, vers le col du Portet par le Tourmalet, s’annonce redoutable, et la route passera par Sallanches, où se disputeront les Mondiaux 2027.
Le Giro, dont le tracé est attendu le 3 novembre à Rome, n’est pas écarté : « La porte est ouverte », disait-il avant le Lombardie, en se donnant l’hiver pour trancher. Sur les Champs-Élysées, il avait posé les termes du dilemme : « Aussi longtemps que Tadej prendra le départ du Tour, je lutterai pour la 2e ou la 3e place ». Côté monuments, Liège demeure la cible et Paris-Roubaix devrait attendre même si Denk laisse la porte entrouverte.
En conclusion son armoire déborde de maillots. Ne lui reste plus « qu’à empiler » les victoires lors des grands rendez-vous historiques de la Petite reine.

Crédit photo : VeloNews.be
