Présente en février dernier sur le 5 000 m de patinage de vitesse aux Jeux olympiques, Sandrine Tas a remporté mercredi la première étape de l’Eneco Tour, sept mois après avoir quitté la glace. La Belge de Lotto-Intermarché découvre encore quelle coureuse elle est. Ses adversaires aussi.
Elle collectionnait les quatrièmes places. Aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, Sandrine Tas avait manqué le bronze du 5 000 m sur piste longue pour 13 centièmes. En mars, aux Mondiaux toutes distances de Heerenveen, la même épreuve l’avait laissée au même rang. Mardi encore, pour son entrée dans l’Eneco Tour Women, elle terminait quatrième du prologue de La Haye.
Mercredi, à Ede, la série s’est brisée. Au terme de 79,5 km de plat, l’Ostendaise a remporté au sprint la première étape de l’ancien Simac Ladies Tour, devant la Néerlandaise Charlotte Kool, et pris la tête du classement général. « Parler de surprise, c’est beaucoup dire. Mon niveau est tout simplement élevé », a-t-elle commenté à l’arrivée. Ce jeudi, Lieke Nooijen (Visma | Lease a Bike) a récupéré le maillot de leader en remportant le contre-la-montre de Tilburg, où la Belge a pris la troisième place, à 21 secondes.
Qui est donc cette nouvelle venue ? L’intéressée l’ignore encore. « Je dois encore tout découvrir, même quel genre de coureuse je suis », confiait-elle en juin à Tuttobiciweb. Pendant les Jeux, sa directrice sportive, Grace Verbeke, s’interrogeait déjà. « Nous devons encore découvrir quel genre de coureuse est Sandrine », indiquait-elle à Sporza.
UN TROISIÈME SPORT À TRENTE ANS
Avant la route, il y a eu deux autres vies. La jeune femme a grandi à deux pas d’un anneau de roller, discipline où elle a été sacrée championne du monde chez les juniors, puis chez les seniors en 2015, sur 1 000 m et sur le marathon. Forte aussi de 17 titres européens, elle s’est convertie en 2018 au patinage de vitesse sur glace, notamment parce que les roulettes n’ont pas leur place aux Jeux. Spécialiste des distances courtes à ses débuts, elle a glissé vers les longues après les Jeux de Pékin, en 2022. Entre-temps, elle avait décroché un diplôme de bio-ingénieure en sciences alimentaires et nutrition. « Je viens du roller de vitesse, je suis passée sur la glace, et maintenant c’est le vélo », résume-t-elle pour Cyclingnews.
Le cyclisme, lui, ne l’a jamais quittée. « J’ai grandi avec le vélo : le Tour des Flandres était toujours un grand jour à la maison », disait-elle à la RTBF. Dès 2021, pendant la trêve estivale du patinage, elle disputait des courses de club, cinq à dix par été. En 2024, elle s’adjugeait le titre belge du contre-la-montre chez les élites sans contrat. Un an plus tard, à Binche, elle prenait la huitième place du championnat de Belgique chez les professionnelles, malgré une gêne dans le final en côte. À la même époque, une visite à son grand-père, passionné de cyclisme et en fin de vie, l’amenait à revoir ses priorités. En août 2025, elle appelait Grace Verbeke pour passer professionnelle.
Deux jours après son 5 000 m olympique, le choix était annoncé : « Au cours des deux prochaines années, je veux vraiment me concentrer sur le cyclisme. » La patinoire ne servira plus qu’à préparer la route : « Si je viens sur la glace, ce sera en fonction de mon programme de compétition et d’entraînement en cyclisme », relatait-elle encore à La DH. Pendant des années, le vélo avait servi le patin. Les rôles sont maintenant inversés.
EXPLOSIVE, MAIS PAS SPRINTEUSE PURE
Sur la route, la Belge s’est d’abord fiée à ses jambes de patineuse. « Mes qualités issues du patinage de vitesse, qui demande des efforts courts et explosifs, peuvent être bénéfiques au niveau du cyclisme », expliquait-elle avant le Tour. Ses victoires professionnelles lui donnent raison : toutes sont venues au sprint. Mais l’épreuve du contre-la-montre démontre l’autre versant du moteur : en juin, elle a pris la deuxième place du championnat de Belgique de la spécialité, à 13 secondes de Lotte Claes.
Grace Verbeke nuance : « Elle est certainement explosive, mais ce n’est pas une sprinteuse pure. » La directrice sportive voit plutôt « une coureuse de type classique », capable de se défendre contre la montre. Ni grimpeuse ni finisseuse pure, donc : une rouleuse explosive, taillée pour les courses d’un jour, du moins sur le papier. Les pentes restent la grande inconnue. Pour ses débuts professionnels, à la Flèche wallonne, elle a franchi le mur de Huy en 57e position : « J’ai souffert comme une bête. Mais je me suis éclatée », confiait-elle à Sporza sur les hauteurs de Huy.
Le vrai changement d’échelle est ailleurs. « Ma plus longue course durait sept minutes. Maintenant, c’est trois ou quatre heures », mesure-t-elle pour Cyclingnews. En effet, son 5 000 m olympique avait duré 6 min 46 s 47. Cet hiver, elle n’avait pas suivi plus de quatre semaines d’entraînement spécifique au vélo. Son premier grand tour, le Tour de France Femmes, en août, lui a fait sentir la marche : « Je freine encore trop dans le peloton. Je suis encore un peu trop prudente, mais je dois l’apprendre », expliquait-elle à la chaine sport de la VRT. Elle a pourtant fait partie des trois rescapées de Lotto-Intermarché sur la route de Nice.

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DE LA BRETAGNE AU MONDIAL
Avec si peu de kilomètres dans les jambes, elle n’attendait pas grand-chose de sa première course par étapes, le Bretagne Ladies Tour, fin mai. Elle y a pourtant ouvert son palmarès professionnel à Plouay, devant l’ancienne championne du monde Amalie Dideriksen, avant de récidiver à Laval. Seule la Suissesse Jasmin Liechti l’a devancée au classement final, de huit secondes. Un mois plus tard, enfermée dans le sprint du championnat de Belgique sur route, elle a fini troisième derrière Shari Bossuyt et Lotte Kopecky. « La gagnante en moi est surtout déçue » déclarait-elle.
Septembre lui a ouvert une porte inattendue. Victime d’une fracture de la rotule, Justine Ghekiere a dû renoncer aux Mondiaux de Montréal, et la fédération a appelé Tas pour la remplacer dans l’équipe nationale. Le 26 septembre, lors de la course élite dames, prise dans une chute en début de course, elle n’a pas vu l’arrivée d’une épreuve remportée par Demi Vollering.

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LE CYCLISME, TERRE D’ACCUEIL D’AUTRES PROFILS SPORTIFS
Le clin d’œil n’a rien d’anodin : la nouvelle championne du monde, déjà victorieuse du Tour de France Femmes en août, a elle aussi patiné. Elle se servait du vélo pour s’entraîner, avant de délaisser la glace. Primož Roglič sautait à ski avant de gagner le Giro et la Vuelta. Champion olympique de relais à Anterselva, le biathlète français Émilien Jacquelin a goûté cet été au peloton professionnel avec Decathlon CMA CGM, sans renoncer aux Jeux de 2030. La Canadienne Clara Hughes, enfin, a décroché deux médailles de bronze sur route à Atlanta, en 1996, avant de devenir championne olympique du 5 000 m en 2006. La distance même qui s’est refusée à Tas pour 13 centièmes.
Aucun de ces précédents n’a toutefois enchaîné trois sports. Tas, si : les roulettes, la glace, puis le bitume. L’âge ne l’inquiète pas : « Passé 30 ans, on ne commence pas encore à décliner », lançait-elle en juin, en marge du podium du chrono national. Le décor, lui, a changé du tout au tout. « En patinage, il faut d’abord monter sa tente avec quelques piquets et se changer dessous. Dans un bus d’équipe, tu as ta place, tout est parfaitement organisé », s’amusait-elle dans les lignes de Tuttobiciweb.
Son contrat a déjà été prolongé pour 2027. La suite s’écrira sur les routes que sa formation affectionne : « Je n’ai pas encore connu de printemps des classiques, et c’est justement là-dessus que nous misons, en tant qu’équipe belge. » D’ici là, l’Eneco Tour lui réserve un dernier test. Vendredi vers Watersley, samedi sur le VAMberg, les bosses néerlandaises diront si la puncheuse existe.
Sandrine Tas, qui es-tu ? Une rouleuse explosive, selon son encadrement. Une coureuse en construction, selon elle. Et, depuis mercredi, une Belge qui ne collectionne plus les quatrièmes places.
