Jeudi, à l’arrivée de Gavarnie-Gèdre, Remco Evenepoel a réglé ses comptes en public. Coéquipier, rivaux, soigneur : personne n’a été épargné. Le Belge a répondu présent sur la route. Mais cette colère récurrente, qui l’accompagne depuis toujours, le sert-elle vraiment ?
Il y a d’abord eu le geste. Un Evenepoel visiblement remonté qui passe la ligne, se dirige vers son bus, et s’en prend à son soigneur, comme l’a rapporté L’Avenir images à l’appui. Puis il y a eu les mots. Face à la presse flamande, le Brabançon n’a rien retenu. Sur son coéquipier Florian Lipowitz d’abord : ‘ J’ai demandé un relais pour me lancer, mais je ne l’ai pas eu ‘. Sur le Tour de Catalogne : ‘j’ai roulé trente kilomètres en tête pour lui. Là, j’ai demandé simplement un kilomètre de relais, et ce n’était pas possible. Oui, cela m’a mis en colère. On en discutera sérieusement ce soir.’
Si les deux ont parlé et que tout semble arrangé, cela crée tout de même un précédent entre les deux hommes fort de la Redbull Bora-hansgrohe.
Sur les rivaux ensuite. Le manque de coopération de la Lidl-Trek dans le groupe de chasse l’a agacé : ‘ Je comprends que Kuss et Del Toro ne roulent pas, c’est normal. Mais Lidl-Trek avait encore deux coureurs présents et ils ne voulaient pas collaborer. Qu’avions-nous encore à perdre ? ‘.
CE QUE LA FRUSTRATION MASQUE : UNE JOURNÉE ÉGALE À LA CONCURRENCE
Voilà le paradoxe. Derrière ce coup de sang, il y a une performance qui valide deux mois de travail. Sur cette étape 6 remportée en solitaire par un Pogačar intouchable, parti à plus de 40 kilomètres de l’arrivée après avoir pulvérisé le record du Tourmalet, Evenepoel a terminé 4e à 2’57 ». Il est désormais 4e du général, à 3 secondes de Del Toro et avec 4 secondes d’avance sur Ayuso.
Surtout, il a exorcisé un démon. Le Tourmalet, ce col où il avait explosé lors de la Vuelta 2023 et abandonné sur le Tour 2025. Cette fois, le verdict est tout autre. « Mon histoire avec le Tourmalet est enfin positive », a-t-il souri au pied du bus. Mieux : il a fait preuve d’une intelligence de course qu’on ne lui connaissait pas toujours. « Je ne voulais pas me mettre dans le rouge dans le Tourmalet, parce que je savais qu’il y avait encore un col, et qu’il était plus dans mes cordes. J’ai effectué une descente à bloc et ça m’a souri ». Lâché de 18 secondes au sommet du géant pyrénéen, il est revenu dans la descente grâce à ses qualités de descendeur, avant de mener lui-même la chasse. La colère, ici, n’a rien gâché. Mais la question mérite d’être posée : et si elle finissait, un jour, par coûter cher ?

UN SCHÉMA QUI SE RÉPÈTE, PAS UN ACCIDENT ISOLÉ
Car ce n’est pas la première fois. Le tempérament volcanique d’Evenepoel fait partie du personnage depuis ses débuts. L’épisode Lipowitz n’est d’ailleurs pas sans écho : il y a deux ans, c’est Lipowitz encore lui qui n’avait pas prêté main-forte à Primož Roglič, alors son leader sur la Vuelta. Les rôles s’inversent, la frustration circule. Chez Evenepoel, l’agacement affiché, les mots parfois cinglants en interview, les coups de sang à l’arrivée sont une constante. Un carburant, diront certains. Un risque, corrigeront d’autres.
CE QUE DIT LA SCIENCE : LA COLÈRE, ARME À DOUBLE TRANCHANT
La recherche a longtemps sous-estimé la question. Une étude publiée en juillet 2025 dans Frontiers in Sports and Active Living, menée auprès de 383 athlètes de haut niveau, apporte un éclairage précieux. Si la colère peut produire des bénéfices pour la performance et se trouve associée, dans certaines études, à une évaluation de la situation comme un défi à relever, elle est aussi associée à une réduction du contrôle sur la situation, à de moins bonnes performances et au recours à des stratégies moins fonctionnelles. Traduction : tout dépend de ce qu’on en fait.
Le consensus scientifique va plus loin. L’efficacité des stratégies de régulation émotionnelle chez les athlètes de compétition exige d’étudier leurs effets dans des situations réelles, et les travaux sur la suppression émotionnelle sont clairs : refouler ses émotions nuit au fonctionnement social, au bien-être et à la performance sportive, tout en générant de la fatigue mentale. Autrement dit, ni l’explosion incontrôlée ni le refoulement total ne fonctionnent. La voie se situe entre les deux : la régulation. Nommer l’émotion, la reconnaître, la canaliser. Les techniques existent, de la pleine conscience au travail de distanciation, et elles s’apprennent.
LE PRÉCÉDENT FEDERER : QUAND UN DÉCLIC CHANGE UNE CARRIÈRE
L’histoire du sport offre un parallèle saisissant. Roger Federer, aujourd’hui synonyme de sérénité olympienne, fut un adolescent au tempérament volcanique. Raquettes brisées, jurons, larmes de frustration : le jeune Suisse peinait à canaliser une énergie qui se retournait contre lui. La colère du jeune Roger était presque toujours contre-productive, dirigée contre lui-même plutôt que contre les autres, ce qui rend un joueur plus faible, pas meilleur.
Le tournant fut tragique. La mort accidentelle de Peter Carter, son entraîneur australien depuis l’adolescence, survenue en août 2002 en Afrique du Sud, est identifiée par des proches comme un point de bascule dans sa transformation mentale. Federer lui-même l’a reconnu : cette disparition fut un électrochoc qui l’a poussé à devenir sérieux, à grandir d’un coup. Dans les semaines qui ont suivi la mort de Carter, Federer a remporté les titres de Hambourg et de Vienne, qu’il a dédiés à son mentor. Un an plus tard, il gagnait son premier Wimbledon. Vingt titres du Grand Chelem suivraient. La transformation ne fut pas instantanée, mais l’énergie brute, autrefois destructrice, fut sublimée en intensité compétitive et en quête de perfection technique.
Attention à ne pas forcer le trait. Evenepoel n’est pas Federer, le cyclisme n’est pas le tennis, et rien ne dit qu’il faille un drame pour mûrir. Mais le mécanisme, lui, est universel : un immense talent peut rester bridé par une gestion émotionnelle défaillante, jusqu’au jour où quelque chose bascule.
ET SI REMCO SE CANALISAIT ? LES CONSÉQUENCES POSSIBLES
Reste la vraie question, celle qui intéresse la suite de ce Tour et la carrière du Belge. Que se passerait-il si Evenepoel parvenait à diriger cette énergie uniquement vers l’essentiel ?
Les pistes sont connues et documentées : un travail de régulation émotionnelle structuré, des outils de recentrage, l’apprentissage de la distanciation face à la provocation ou à la déception. L’objectif n’est pas d’éteindre la flamme. Ce serait une erreur, et la science le confirme : la colère refoulée est aussi nocive que la colère débridée. L’enjeu est de la transformer en carburant plutôt qu’en court-circuit. De faire en sorte que l’énergie dépensée à s’agacer sur un soigneur ou à régler ses comptes en public serve, à la place, la seule chose qui compte : les watts sur les pédales.
Car dans son cas précis, la donnée est têtue. Sur ce Tour, Evenepoel joue un podium, peut-être davantage. Chaque gramme d’énergie mentale gaspillé dans la frustration est un gramme qui ne sert pas à suivre Pogačar ou à distancer Del Toro. À l’inverse, un Evenepoel apaisé, concentré sur son propre effort plutôt que sur les manquements des autres, serait un coureur encore plus dangereux. Peut-être le seul capable, sur un bon jour et un bon parcours, d’aller titiller les deux monstres qui le devancent.
Il y a d’ailleurs une lecture plus optimiste de ces coups de sang. Jean-Luc Vandenbroucke le résumait à La DH : « Quand Remco est nerveux, c’est bon signe. » Peut-être. Mais entre le bon signe et le sabordage, la frontière est mince. Et elle porte un nom : la maîtrise.

Photos d’illustration / Crédits : A.S.O./Thomas Maheux

Votre satisfaction est notre principale préoccupation !
Dames, hommes ou enfants, de la balade à la compétition, les Cycles Gilkinet vous accompagneront avec plaisir et professionnalisme !
Vous trouverez sans aucun doute votre bonheur parmi nos nombreux modèles et marques.
Nous proposons également le leasing vélo via différentes sociétés telles que B2bike, Cyclis, Ctec, Cyclevalley, Joule, Lease a Bike,…
Vélos de Route, Triathlon, Cyclocross, Gravel, VTT, Enfant, E-bike, etc…
Et depuis octobre 2022, un deuxième magasin dédié 100% aux E-bikes situé à seulement 200 mètres du premier.
