La 41e édition se court les samedi 3 et dimanche 4 octobre autour d’Aywaille, avec une nouveauté au départ, la Team Wallonie, et un parcours que l’organisateur refuse de durcir.
« Je ne suis pas du tout en phase avec le cyclisme actuel, où l’on fait toujours plus dur. » La phrase est de Philippe Gilbert. Elle résume la vision qu’il défend pour la course qui porte son nom. Vingt-cinq équipes disputeront cette épreuve UCI 2.1J réservée aux coureurs de 17 et 18 ans, treize belges et douze étrangères venues de huit pays, sur un tracé qui ne bougera pas d’un mètre. L’ancien champion du monde cherche l’usure, jamais la difficulté maximale.
UNE TEAM WALLONIE POUR LES PETITS CLUBS
La seule nouveauté ne concerne pas le parcours, mais le plateau. Les clubs wallons dotés d’un effectif suffisant obtiennent traditionnellement leur place en tant qu’équipes, à l’image du CC Chevigny. Les plus modestes, qui comptent un ou deux coureurs du niveau requis sans pouvoir en aligner cinq, restaient jusqu’ici à la porte. « Si c’est pour n’avoir plus qu’un coureur en course après une journée, je ne vois pas l’intérêt de mobiliser une équipe entière », explique l’organisateur.
D’où la création d’une Team Wallonie, qui rassemble ces coureurs isolés sous un même maillot, avec la fédération wallonne aux commandes. Des juniors qui n’auraient pas disputé une épreuve de ce niveau se retrouvent ainsi au départ.
DEUX ÉTAPES POUR FATIGUER
Le refus de durcir, lui, se lit dans les deux journées. Samedi, 87 kilomètres entre la Brasserie Elfique d’Aywaille et La Gleize, vallonnés et fatigants, sans difficulté majeure. Quand un agriculteur de la région a écrit pour s’étonner que la côte à 18 % située devant chez lui ne soit jamais empruntée, la réponse fut nette : « Nous ne voulons pas trente coureurs à la maison dès le premier jour. Si nous pouvions n’avoir aucun abandon le samedi, ce serait le rêve. »
Dimanche, 117 kilomètres suffisent au tri, avec La Redoute montée en entier, une descente technique, puis une demi-Redoute pour conclure. Gilbert s’en tient là, sans bonifications ni prologue, convaincu qu’en rajouter neutraliserait la course : « Il y a tellement de fatigue qu’il n’y a plus de place pour les coups tactiques, et l’on réduit les vainqueurs potentiels à un, deux ou trois noms. » La course se décante par paliers, et tous les favoris s’élancent le matin dans le même temps.
Cette arrivée a coûté deux ans de négociation : sur les dix mètres de bas-côté à aménager au bord d’une bretelle d’autoroute, six appartenaient à la commune et quatre au Fonds des routes. Les véhicules seront désormais déviés à deux cents mètres de la ligne, et les coureurs lâchés ne finiront plus au milieu du convoi.
UNE COURSE QUI ATTIRE TOUJOURS PLUS
Ce refus de la surenchère séduit bien au-delà de l’Ardenne. Tom Pidcock s’est imposé ici en 2016, Remco Evenepoel en 2017, et Mathieu van der Poel y avait pris la deuxième place en 2012. L’organisation reçoit aujourd’hui environ septante candidatures pour vingt-cinq places.
La date pèse tout autant. Maintenue en fin de saison malgré plusieurs propositions de l’UCI et de la fédération, elle offre une belle course en octobre à ceux dont le calendrier s’est joué au printemps, comme à ceux qui n’ont pas été sélectionnés pour les championnats du monde et d’Europe.
Les engagés ne sont pas encore connus. L’Espagnol Benjamin Noval, double champion du monde junior à Montréal, manquera à l’appel : son équipe n’a pas été retenue. Le Français Simon Defrance, médaillé d’argent de la course en ligne, serait en revanche attendu, selon L’Avenir.
Dimanche soir, personne ne saura encore lequel de ces garçons fera carrière. L’histoire de l’épreuve, elle, ne trompe guère : sur les trois premiers de chaque édition, la majorité rejoint le peloton professionnel deux ou trois saisons plus tard. C’est ce que produit une course exigeante sans être fermée.
