Le Lotto Grand Prix de Wallonie s’élancera le 16 septembre de Seraing pour rejoindre, comme le veut la tradition, le sommet de la Citadelle de Namur. Mais entre les deux, les coureurs découvriront un terrain de jeu remanié, où deux ascensions inédites pourraient bien changer la donne. Christophe Brandt, l’organisateur, nous a ouvert les portes de son parcours nouvelle mouture.
Cent nonante-six kilomètres et des poussières, un départ du Val Saint-Lambert à Seraing, une arrivée au sommet de la Citadelle de Namur. Sur le papier, le Grand Prix de Wallonie 2026 conserve son ossature classique. Mais le diable se niche dans le détail du tracé, et cette année, deux noms nouveaux viennent corser la donne : le Triple Mur de Monty à Lustin et la Côte de la Gayolle.
Les deux difficultés surgissent aux alentours du centième kilomètre, presque coup sur coup, dans la région d’Assesse et d’Yvoir. Elles s’ajoutent à des points de passage déjà répertoriés par l’organisation, la Côte d’Ermeton et le Tienne aux Pierres, sur un parcours que le site officiel qualifie sobrement d’accidenté. La montée finale de la Citadelle, elle, demeure le juge de paix immuable de l’épreuve. Une arrivée qui ne ferme pas la course à une catégorie de coureurs, mais qui, au contraire, laisse sa chance à des profils variés, pour peu qu’ils aient gardé assez de fraîcheur pour s’expliquer dans les derniers hectomètres.
LUSTIN OU LA GAYOLLE : LAQUELLE REDOUTER ?
Reste à savoir laquelle de ces deux nouveautés pèsera le plus lourd. Interrogé par nos soins, Christophe Brandt livre une lecture de connaisseur. À ses yeux, le Triple Mur de Lustin, malgré son nom impressionnant, présente un profil de piège limité. « Pour aller chercher Lustin, on vient quand même d’une route nationale très large, donc je pense qu’il y a moins de chances de se faire piéger », explique-t-il.

Illustration : GP de Wallonie
La Côte de la Gayolle, récemment rénovée, l’intrigue davantage. « C’est quand même un peu plus surprenant, la manière de prendre cette bosse-là », glisse-t-il. C’est donc là, sur cette ascension moins lisible, que pourrait se produire un premier écrémage, à condition que la course s’emballe.

Illustration : GP de Wallonie
Car Brandt refuse d’accorder à ces côtes un rôle décisif par avance. L’enchaînement se situe à environ 130 kilomètres de course, soit quelque 67 kilomètres de l’arrivée, avant la portion plus roulante de la Molignée. « Je ne pense pas que la course se déclenchera là », tempère-t-il, avant de nuancer aussitôt : « on voit quand même maintenant qu’il y a des équipes qui prennent la main assez tôt. » Si une formation décide d’accélérer après cent kilomètres, « Lustin peut faire mal, et l’enchaînement Lustin-Gayolle peut déjà faire une sérieuse sélection ». La formule finale résume sa prudence : « ce sont les coureurs qui détermineront la course, et la météo du jour aussi. »
« JE NE SUIS PAS FAN DE DURCIR LES COURSES POUR LES DURCIR »
L’ajout de ces deux difficultés pourrait laisser croire que l’organisateur souscrit à la mode du toujours plus dur. C’est tout l’inverse. Et Brandt ne s’en cache pas. « Je ne suis pas fan de durcir les courses pour les durcir », affirme-t-il, à rebours d’une tendance qui gagne l’ensemble du cyclisme mondial.
Son raisonnement s’appuie sur une conviction forgée par l’expérience de l’ancien professionnel qu’il fut. Pour lui, la surenchère de dénivelé appauvrit le spectacle plus qu’elle ne l’enrichit, car elle rend les résultats prévisibles. Il cite l’exemple du Tour des Flandres d’avant 2012, qu’il regrette. « Il y avait moyen de survivre. Il y avait toujours un peu des gars qui arrivaient même de l’échappée matinale à survivre et à faire encore quelque chose de bien. » Aujourd’hui, déplore-t-il, « c’est devenu une course de grimpeurs ». Même constat pour les Strade Bianche, passées d’environ de 2000 à 4000 mètres de dénivelé positif.
De cette philosophie découle sa vision du Grand Prix de Wallonie, qu’il veut maintenir ouvert à plusieurs profils. Une course accessible « à des sprinteurs plus complets que les sprinteurs, mais aussi à des gars plus grimpeurs qui peuvent aussi s’imposer », résume-t-il. L’équilibre, plutôt que la démesure. L’incertitude, plutôt que le verrouillage.
DE LIE ET WELLENS ANNONCÉS AU DÉPART
Reste la question qui intéresse les supporters : qui pour succéder au vainqueur sortant ? Christophe Brandt a livré une première indication précieuse. Deux anciens lauréats de l’épreuve seront bien présents au départ, le 16 septembre. « Je sais qu’Arnaud De Lie sera au départ. Et Tim Wellens aussi », confie-t-il, précisant que onze équipes World Tour seront engagées.
Les deux noms résonnent particulièrement sur ces routes. Arnaud De Lie, tenant du titre, s’était imposé en 2025 au terme d’un sprint surpuissant au sommet de la Citadelle, devenant le premier Wallon à y triompher. Tim Wellens, lui, avait inscrit son nom au palmarès en 2017, en solitaire. La présence du coureur d’UAE prend d’ailleurs un relief particulier cette saison : ne disputant pas les Mondiaux de Montréal, il a fait du rendez-vous namurois l’un de ses objectifs de rentrée.
De quoi promettre, le 16 septembre au sommet de la Citadelle, une explication à la hauteur de la réputation de l’épreuve. Avec, peut-être, ces deux nouvelles côtes pour écrire un scénario inédit.
