Dans un peloton moderne où les budgets dépendent souvent d’un sponsor titre ultra-dominant ou de financements étatiques, l’arrivée d’une structure au modèle inédit détonne. « Ma petite entreprise – Équipe cycliste » propose une approche économique et managériale participative, à contre-courant du marché. À l’aube de leur premier Tour de France Femmes, nous avons posé nos questions à Michaël Amand, l’un des membres fondateurs, pour comprendre la genèse et les ambitions de ce projet atypique.
Bonjour Michaël. Pour nos lecteurs qui découvrent votre structure, comment est née l’idée de monter « Ma Petite Entreprise » ? Quel a été le véritable déclic ?
Michaël : Le projet est né dans la tête d’Emric Ducruet, un entrepreneur savoyard passionné de vélo (licencié à la Motte-Servolex cyclisme, l’ancien club de Paul Seixas). Un jour, il m’a contacté avec une idée : puisque nous avons tous les deux des petites entreprises, il fallait trouver une solution pour créer un grand collectif d’entreprises qui cofinancerait une équipe cycliste professionnelle.
Au début, j’ai trouvé l’idée totalement folle. Mais elle était pleine de bon sens et allait à contre-courant du marché actuel. Aujourd’hui, on cherche des partenaires de plus en plus gros, ce qui crée une dépendance économique dangereuse : quand le gros sponsor s’en va, ça fait de la casse. C’est important d’essayer de trouver de nouvelles voies de financement et de proposer quelque chose de nouveau au public. On a fait une étude de marché pour voir si on était les seuls fous à y croire, et l’accueil a été extrêmement positif.
Du déclic à la réalité, il y a souvent un gouffre. Comment s’est construite l’équipe et quel rôle a joué l’arrivée de Vincent Lavenu dans le projet ?
Michaël : Le projet a démarré fin 2023. Tout au long de l’année 2024, il y a eu des moments où le travail était tellement colossal qu’on s’est dit qu’on allait arrêter. Mais à chaque fois, quelqu’un arrivait pour nous dire de ne pas lâcher. Le véritable déclic qui nous a fait passer un cap, c’est quand Vincent Lavenu nous a dit : « J’aime beaucoup ce que vous faites, ça me rappelle mes débuts avec Petit Casino, il y a une dimension humaine qui me plaît, je vais vous aider ». Sans lui, le projet ne se ferait pas.

Ensuite, tout s’est accéléré. Courant 2025, nous avons convaincu Factor de nous fournir des vélos très qualitatifs, puis AMD Vélo Plus… Quand nous sommes allés voir l’UCI pour la première fois, ils nous ont dit : « Ça ne marche pas votre projet, ce n’est pas comme ça qu’on fait ». Mais en voyant notre sérieux, les garanties financières réunies (la caution de plus de 150 000 euros), ils ont eu le courage de nous laisser accéder au monde professionnel, en deuxième division (ProTeam).
Le nom même de l’équipe, « Ma petite entreprise », détonne. Quel est le message derrière cette identité ?
Michaël : Nous cherchions un nom facile à retenir, avec une logique d’appropriation. Le « Ma » est essentiel : on veut que les gens se disent que c’est leur entreprise et leur équipe. C’est l’aspect participatif. Évidemment, il y a aussi un clin d’œil à la chanson d’Alain Bashung. Beaucoup nous rappellent les paroles « connaît pas la crise » ; pour nous, l’idée n’est pas d’ignorer la crise économique actuelle du modèle cycliste, mais justement d’essayer d’y apporter des solutions nouvelles pour financer un métier ancien.
Votre ADN, c’est ce modèle économique en rupture. Concrètement, comment fonctionne votre réseau de partenaires et quel est leur rôle au quotidien ?
Michaël : Nos sponsors ne font pas que donner de l’argent. Nous avons créé une application mobile, une sorte de « WhatsApp géant », où les athlètes, le staff et les partenaires partagent les coulisses de l’équipe. C’est un vrai réseau social interne.

Ensuite, nous avons une vraie logique de networking : nous organisons des événements, des sorties vélo et des footings entre partenaires un peu partout en France. L’application propose aussi des offres promotionnelles exclusives entre les membres du réseau. L’idée est que l’investissement devienne vite rentable pour nos sponsors grâce à ces échanges commerciaux. Enfin, pendant le Tour de France, même si nous ne sommes pas dans la caravane, nous aurons un camping-car « Ma Petite Entreprise » qui ira à la rencontre du public et de nos partenaires.
Avec un modèle aussi singulier, comment est organisé le management en interne ?
Michaël : Nous sommes sept associés fondateurs que l’on surnomme « les 7 majeurs » (en référence au célèbre défi cycliste) : Emric Ducruet, Marie-Louise Scotet, Rémi Algand, Simon Savre, Cédric Noêl, Vincent Lavenu et moi-même. Nous sommes tous bénévoles et avons tous un métier à côté (je gère par exemple l’agence de communication IDIX).
Nous sommes extrêmement complémentaires : Vincent apporte son immense expérience du sport pro, Marie-Louise développe nos outils numériques, Simon gère l’ingénierie et la mécanique, Cédric apporte sa culture terrain issue des clubs amateurs, etc. On fonctionne comme dans une entreprise classique : chacun est directeur de son pôle de compétences.
Lors de votre premier mercato, vous avez su attirer des coureuses de talent, à l’image de Célia Le Mouël qui vient de remporter le titre de Championne de France. Vous mettez aussi un point d’honneur à accompagner leur reconversion. C’est un argument fort pour les convaincre ?
Michaël : L’an dernier, l’arrêt de plusieurs équipes féminines (Arkéa, Ceratizit) a mis de nombreuses jeunes femmes talentueuses sur le marché. Nous leur avons offert un projet nouveau et un cadre sain. La présence de Vincent Lavenu les a aussi beaucoup rassurées.
Notre projet se veut vertueux et holistique. Le cyclisme féminin reste un métier précaire, on n’est pas cycliste toute sa vie. Nous utilisons donc notre réseau de partenaires pour préparer leur reconversion professionnelle. Par exemple, Océane Mahé, qui fait des études d’ingénieur, effectue actuellement son stage chez Ultima Mobility (un fabricant de vélos français), qui est l’un de nos sponsors. Nous avons aussi des partenaires kinésithérapeutes prêts à aménager les horaires de stage pour nos coureuses étudiantes. Tout le monde est gagnant. Sur le plan purement sportif, nous leur offrons un environnement avec moins de pression : nos sponsors ne nous exigent pas de victoires immédiates, et je pense que c’est cette philosophie qui a permis de libérer une fille comme Célia Le Mouël.

Le Tour de France approche et sera une vitrine immense. Le cyclisme est un sport de cycles : quelles sont vos perspectives à court, moyen et long terme ?
Michaël : Au tout début, l’idée était de faire une équipe hommes et femmes en 3ème division. C’est Vincent Lavenu qui nous a conseillé de tout miser sur le cyclisme féminin professionnel (ProTeam) pour exister pleinement et espérer faire le Tour de France dès la première année. Quand il m’a dit ça il y a un an, j’avais du mal à y croire !

Aujourd’hui, à court terme (d’ici la fin de l’année), notre objectif est d’atteindre le cap des 1 000 sponsors et supporters pour valider ce modèle participatif. À moyen terme, nous voulons consolider l’équipe pour devenir une place forte du peloton cycliste féminin. Et à plus long terme, l’ambition est d’envisager la création d’une équipe masculine pour être présents dans tous les pelotons et prouver que, peu importe la catégorie, le collectif sera toujours plus fort que l’individu ou le sponsor unique.
Comment soutenir concrètement Ma Petite Entreprise ?

POUR LE GRAND PUBLIC (Les « Supporters »)
- Membre (120€ / an) : Accès à l’application mobile MPE, à l’annuaire des partenaires (et leurs offres de réductions, comme -30% sur les tenues de l’équipe), accès à la newsletter privée et une boîte cadeau surprise.
- Fan (360 € / an) : Tous les avantages précédents, plus une boîte cadeau premium et des invitations exclusives à des événements avec l’équipe.
POUR LES ENTREPRISES (Les « Ambassadeurs »)
C’est le cœur du réacteur. L’idée est d’offrir une visibilité autrefois réservée aux multinationales, à des TPE et PME locales.
- Palier Access (750 € / an) : Intégration à l’annuaire national pour proposer ses offres, kit média, et un maillot édition spéciale à encadrer.
- Palier Open (1 500 € / an) – L’offre phare : C’est le tour de force du projet. Pour ce prix, le nom de l’entreprise est présent sur le maillot officiel de l’équipe professionnelle ! L’entreprise reçoit également un kit cycliste complet haut de gamme et des invitations VIP.
- Paliers Élite & Pro (de 5 000 € à 15 000 € / an) : Pour les entreprises souhaitant aller plus loin : journées d’immersion totale avec les coureuses (en voiture de course), rencontres « networking » dans des lieux atypiques (châteaux, vignobles) et mises en avant vidéo sur les réseaux sociaux.
(Toutes les offres et adhésions sont détaillées sur le site officiel de l’équipe : mapetiteentreprise-equipecycliste.fr)
(Propos recueillis par Gabin Le Cozic)
