« On est à huit secondes, ce n’est pas énorme »
Médaillée d’argent sur le relais mixte contre-la-montre des Championnats du monde, l’équipe de France a livré une prestation solide, ne s’inclinant que pour huit secondes face à l’Italie. Entre une anecdote amusante sur la voix de Thomas Voeckler dans l’oreillette, le bilan chronométrique face à l’armada italienne et la mise au point sur les rumeurs entourant son capteur de puissance lors du chrono individuel, Bruno Armirail a dressé un bilan complet en zone mixte. Entretien.
Qu’est-ce qui domine après cette deuxième place : la satisfaction d’une belle médaille ou la frustration de manquer l’or d’aussi peu ?
Bruno Armirail : C’est sûr que ce n’est pas encore l’or. À chaque fois, on est battus par une nouvelle nation : il y a eu la Suisse, l’Australie et maintenant l’Italie. L’année prochaine, chez nous en France, j’espère que ce sera enfin notre tour ! Deuxième, c’est bien, mais on était là pour la gagne. Sur le papier, quand on regardait l’Italie, la Suisse ou l’Australie, le plateau était très relevé. Le top 5 était largement accessible, le podium c’était déjà propre, et on savait que la victoire serait compliquée à aller chercher, mais il fallait y croire. Au final, on échoue à huit secondes de l’Italie. Sur l’ensemble du relais, ce n’est pas grand-chose.
Chez les hommes, vous terminez à une dizaine de secondes du trio italien. Où s’est fait l’écart face à eux ?
B. A. : On termine à dix ou onze secondes. Quand on voit leur composition, avec de sacrés rouleurs pour les portions rectilignes, c’est du très lourd : Mattia Cattaneo, Filippo Ganna qu’on ne présente plus, et Matteo Sobrero que tout le monde connaît bien. Sur le papier, on était moins forts qu’eux. Pourtant, dix secondes d’écart sur ce profil, ce n’est pas un gouffre.
Dans un relais mixte, il faut être très homogène. On avait un Rémi (Cavagna) très fort et Jordan (Jegat) qui disputait son tout premier relais mixte, ce qui n’est jamais un exercice évident. On a tout donné, et les filles derrière ont également sorti un gros temps en faisant le maximum. Il nous a juste manqué ce petit truc en plus.
Ce résultat efface-t-il la déception de votre contre-la-montre individuel de dimanche ? Avez-vous eu des explications sur ce qui n’avait pas fonctionné ?
B. A. : Tout le monde me pose la question ! On est en train d’analyser tout ça. Le staff est en Europe, nous sommes ici avec le décalage horaire, et j’étais focalisé sur ce relais. Maintenant, cap sur la course en ligne de dimanche. Ce qui s’est passé dimanche dernier est derrière moi ; on débriefera plus calmement durant l’hiver ou avant les Championnats d’Europe en faisant des tests.
En revanche, je tiens à couper court à ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux concernant un prétendu problème d’étalonnage de capteur de puissance. Rassurez-vous : ce n’est pas ma première année chez les professionnels. Je sais parfaitement comment étalonner un capteur. Tout fonctionnait impeccablement à l’échauffement et la veille, le matériel marchait à la perfection et il n’y a eu aucun souci de capteur. D’ailleurs, mes données sont publiques sur Internet, tout le monde peut aller les vérifier.
Physiquement, vous avez retrouvé vos sensations aujourd’hui ?
B. A. : Oui, tout à fait. Les jambes tournaient bien et les chiffres de puissance étaient au rendez-vous. Je mettrai aussi mes données en ligne pour que chacun puisse les analyser. Je n’ai absolument rien à cacher. C’était une bonne journée sur le vélo, on a bien bataillé avec les collègues. (Sourire) D’ailleurs, pour la petite anecdote, Thomas (Voeckler) n’a pas arrêté de nous confondre Rémi et moi dans l’oreillette pendant tout le parcours !
Avec le recul, quel détail tactique a manqué pour faire pencher la balance en faveur des Bleus ?
B. A. : C’est difficile à isoler précisément. Peut-être que Jordan a passé des relais un peu trop appuyés ou un peu plus longs sur la première partie et qu’il l’a légèrement payé sur le final. Mais c’est normal, c’était son baptême du feu sur ce format, un peu comme Bryan Coquard à Glasgow. Il n’est pas un spécialiste pur du chrono, mais sur les portions techniques, il a été très solide. Il a d’ailleurs sauté un ou deux relais dans le final pour nous permettre de remettre un gros coup de vis sous la flamme rouge, c’était la stratégie prévue.
On perd peut-être une ou deux secondes sur le coup de cul du pont en relâchant un tout petit peu, mais ce n’est pas là qu’on concède dix secondes. Sur un parcours technique à trois coureurs, tout le monde commet des micro-erreurs de trajectoire. On ne s’entraîne jamais ensemble toute l’année, c’est une discipline atypique. On a produit le meilleur effort possible et cette médaille d’argent reste un très bon résultat.
Propos recueillis par Camille Avon
