Brandon McNulty a décroché le titre de champion du monde sur le circuit exigeant de Montréal, parachevant une course d’usure d’une rare intensité par un raid solitaire de 32 kilomètres. L’Américain de 28 ans s’est imposé devant l’Australien Michael Matthews et le Néerlandais Mathieu van der Poel, au terme d’une épreuve où les favoris se sont livrés une bataille tactique et physique implacable.
Une entame atypique et l’usure du peloton
L’épreuve a débuté par la formation d’une échappée de seize coureurs comprenant de solides rouleurs comme Biniam Girmay et Andreas Leknessund. Cette première phase de course a été marquée par des présences insolites, à l’image du Canadien Michael Woods, 39 ans, sorti de sa retraite sportive pour courir à domicile après s’être essayé au gravel, ou encore du Slovaque Vladimír Kováčik, simple masseur de la sélection aligné pour pallier le manque d’effectif de son pays.
L’équipe de France a rapidement pris ses responsabilités. Sous l’impulsion d’un Bruno Armirail impressionnant en tête de peloton, l’écart de sept minutes a fondu, préparant le terrain pour les premières offensives tricolores menées par Valentin Paret-Peintre et Jordan Jegat à un peu plus de 100 kilomètres du but.

L’explosion de la course : l’axe Van der Poel – Van Aert
Le premier véritable tournant de la course est intervenu à 84 kilomètres de l’arrivée avec une accélération tranchante de Wout van Aert, immédiatement suivi par Mathieu van der Poel. Le Néerlandais a ensuite dynamité ce groupe de tête en attaquant à plusieurs reprises, isolant des coureurs comme Oscar Onley et Quinn Simmons. Ce coup de force a poussé la Belgique à la faute et obligé l’équipe de France, par l’intermédiaire de Pavel Sivakov, à s’employer en tête de peloton pour limiter la casse.

Pendant que Remco Evenepoel passait une grande partie de sa course à contre-temps pour boucher les trous, un grand regroupement s’est opéré à l’amorce des deux derniers tours, rassemblant la plupart des cadors dont Paul Seixas, Tom Pidcock, Matteo Jorgenson et Isaac Del Toro.
Le show Van der Poel, la déroute belge et le grand regroupement
À l’approche des quatre derniers tours, Mathieu van der Poel a littéralement mis le feu aux poudres. Intenable, le Néerlandais a multiplié les accélérations, faisant sauter Oscar Onley pour s’isoler à l’avant avec Quinn Simmons et Primoz Roglic, rejoints un peu plus tard par Ben Healy au prix d’un superbe effort. Derrière, c’est la panique, la Belgique prend l’eau. Face aux violentes relances d’Isaac Del Toro, Wout van Aert est distancé et Remco Evenepoel semble un temps condamné.
Bien que le champion olympique ait tenté de réagir en attaquant à son tour à un peu plus de 40 kilomètres du but, un tournant majeur s’opère : un grand regroupement a lieu. Les fuyards (Van der Poel, Healy, Simmons, Roglic) sont repris par un groupe royal composé d’Isaac Del Toro, Paul Seixas, Giulio Ciccone, Tom Pidcock, Brandon McNulty, Matteo Jorgenson, Michael Matthews et Santiago Buitrago. Le grand absent de cette jonction cruciale ? Remco Evenepoel, piégé à l’arrière.

L’instinct de McNulty : l’attaque décisive
La bascule s’est produite à 32 kilomètres de la ligne, juste après ce fameux regroupement. Profitant du surnombre de l’équipe américaine à l’avant de la course et d’un moment de flottement au sein de ce groupe de favoris, Brandon McNulty a placé une attaque. Déjà vainqueur du GP de Montréal en 2025 (devant un Tadej Pogacar qui lui avait laissé la victoire), le coureur d’UAE Emirates-XRG connaissait le circuit sur le bout des doigts. Il a rapidement creusé un écart avoisinant la minute.

L’hésitation fatale : quand les favoris s’enterrent
Pourtant, la course a bien failli basculer dans un scénario totalement fou entre 11 et 8 kilomètres de l’arrivée. Après la principale difficulté du circuit, l’avance de Brandon McNulty a fondu brutalement. Il ne comptait plus qu’une poignée de secondes d’avance sur un groupe de contre toujours très menaçant. Tom Pidcock et Giulio Ciccone l’avaient littéralement en point de mire.

Mais c’est à cet instant précis que la psychologie a pris le pas sur le physique : au lieu de collaborer pour effectuer la jonction, les poursuivants se sont regardés. Le groupe s’est complètement enterré, permettant même le retour de l’arrière de coureurs comme Remco Evenepoel et Mads Pedersen. Cette désorganisation totale a brisé l’élan de la poursuite et offert à l’Américain le second souffle indispensable pour relancer la machine.
Derrière, malgré les contres successifs de Mauro Schmid à cinq kilomètres du but ou d’Isaac Del Toro, McNulty n’a plus jamais flanché. Sa gestion de l’effort s’est révélée chirurgicale pour résister et s’offrir la plus belle consécration de sa carrière.

Le sprint pour l’argent : l’expérience de Matthews
Derrière le triomphe en solitaire de l’Américain, la bataille pour les accessits a été disputée. Dans la dernière ligne droite, l’Australien Michael Matthews a fait parler sa pointe de vitesse en lancant son sprint à 500m de l’arrivée pour régler le groupe de poursuivants et s’emparer de la médaille d’argent. Il décroche ainsi le quatrième podium de sa carrière sur des Championnats du monde, prouvant une nouvelle fois son incroyable longévité sur les courses d’un jour. Il devance sur la ligne Mathieu van der Poel, récompensé de sa course offensive par la médaille de bronze. L’Américain Quinn Simmons et le Mexicain Isaac Del Toro complètent le top 5 de cette édition particulièrement nerveuse.

Le naufrage belge : Evenepoel et Van Aert hors du coup
Annoncée parmi les favorites, l’équipe de Belgique est totalement passée à côté de l’épreuve. Remco Evenepoel a pris la douzième place et Wout van Aert la vingt-huitième. Les deux leaders ont connu des défaillances nettes : Van Aert, dont la préparation a été alourdie par ses efforts répétés sur le Tour d’Espagne, a admis que « les lumières se sont éteintes » à quelques tours de l’arrivée. De son côté, Evenepoel a expliqué ne pas être dans un grand jour et avoir souffert sur les incessantes relances montréalaises, payant possiblement un manque de punch lié à son retour de stage en altitude. Cette désillusion est aussi collective : les lieutenants belges (Nys, Vermeersch, Benoot et Hermans) ont explosé très tôt, dès que Bruno Armirail a serré la vis à 170 kilomètres de l’arrivée. Une véritable faillite globale qui pourrait également trouver son origine dans un virus ayant frappé et forcé à la quarantaine certains membres de la délégation.
L’échec tricolore : le calvaire de Paul Seixas
Pour l’équipe de France, le final a pris des allures de cauchemar. Parfaitement placé dans ce groupe de contre pour jouer la médaille, Paul Seixas a été terrassé par des crampes dans les ultimes kilomètres, l’empêchant de défendre ses chances. Le Français échoue à la 15e place.

La désillusion était immense à l’arrivée. Au micro des médias, le coureur a été extrêmement dur envers lui-même, qualifiant sa fin de course de « honte » et d' »erreur de gamin ». Il a pointé du doigt une mauvaise gestion de sa nutrition et de son hydratation pour expliquer cette défaillance physique inédite dans sa carrière. De son côté, le sélectionneur Thomas Voeckler a tenu à dédramatiser la situation. Refusant d’accabler son leader, il a rappelé que l’objectif assumé était la victoire et que l’équipe de France avait parfaitement respecté son plan de marche tactique en pesant sur la course, assumant pleinement le risque inhérent à la quête du maillot arc-en-ciel.
