Alors que le Tour des Flandres des catégories jeunes, cadets et juniors, garçons et filles, se disputera demain (dimanche 24 mai), il était naturel de vous présenter l’un des outsiders chez les cadets garçons.
Auteur d’une énorme saison de cyclo-cross et d’un début d’année très solide sur route, ponctué de succès et de places de prestige, avec notamment une victoire au GP Monseré et une 2e place à Gand-Wevelgem, Rhys Vancom est en train de se révéler aux yeux des passionnés de notre discipline.
Entretien réalisé par Olivier Gilis avec un jeune coureur attachant, ambitieux et surtout déterminé à tout mettre en œuvre pour réaliser ses rêves.
Bonjour Rhys, peux-tu te présenter rapidement ? Qui es-tu, quel âge as-tu et depuis quand fais-tu du vélo ? Comment as-tu découvert le cyclisme et pourquoi as-tu choisi ce sport plutôt que le football, que tu pratiquais aussi ?
Rhys Vancom : Je m’appelle Rhys Vancom, 16 ans, belge avec des origines malgaches. J’ai découvert le cyclisme après avoir pratiqué le football. Mais je n’aimais pas vraiment la mentalité qui régnait dans ce sport : tout tournait uniquement autour du foot. Ce n’était pas un environnement dans lequel je me retrouvais pleinement.
J’ai donc décidé d’arrêter, mais comme je vais toujours au bout des choses que j’entreprends, j’ai tenu à terminer ma saison. Celle-ci s’est d’ailleurs très bien passée, puisque j’ai été sacré champion interprovincial U14 avec un club situé près de chez moi.
Par la suite, je me suis investi à fond dans le vélo. Ma première course sur route, à Aubel, s’est soldée par une chute. Mais lors de ma deuxième épreuve, le championnat de Wallonie, j’ai réussi à m’imposer. Cette victoire m’a immédiatement donné confiance pour la suite.
Tu es un coureur qui fait l’actualité pour l’instant. Tu as engrangé une victoire de prestige en remportant le GP Monséré chez les cadets et tu termines deuxième derrière Lars Peers sur Gent-Wevelgem U17 (le plateau belge était relevé). Et tu gagnes encore le week-end dernier. Comme on dit chez nous, ça classe le bonhomme ! Est-ce que tu t’attendais à une telle progression cette année ?
R. V. : Honnêtement, je ne pensais pas être aussi performant cette année. Bien sûr, j’espérais obtenir de bons résultats, mais si l’on m’avait dit que je terminerais deuxième derrière lui, je ne l’aurais jamais cru. Cela montre simplement qu’avec de l’entraînement, de la volonté et de la détermination, tout devient possible.

On parle beaucoup de Lars Peers dans ta catégorie, parce qu’il est déjà champion d’Europe VTT et Cross, suivi par des équipes World Tour, mais beaucoup t’ont découvert sur Gent-Wevelgem car tu es le seul à avoir pu répondre à toutes ses attaques. Raconte-nous cette course, comment tu l’as vécue ?
R. V. : Lars Peers Je le connais depuis quelques années grâce au VTT, et c’est vrai que courir contre lui n’est vraiment pas simple. Ce n’est pas seulement un coureur très fort : il est aussi extrêmement malin. Lorsqu’on est avec lui en course, il faut penser à tout et rester constamment attentif.
La course a été incroyable. J’étais constamment bien placé et j’ai réussi à suivre son attaque. J’ai tout de suite senti qu’elle était décisive, car le groupe commençait à se regarder. Quand je l’ai vu partir, j’ai immédiatement réagi. Je suis donc immédiatement allé dans sa roue. Franchement, ce n’est pas pour me vanter, mais il m’a semblé assez facile de revenir sur lui. Je l’ai ensuite dépassé et je lui ai dit que nous devions rouler à fond.
Comme je ne parle pas du tout néerlandais, nous avons échangé en anglais. Nous avons alors collaboré à bloc, puis un autre coureur, Robin Dooms, est revenu sur nous. Nous avons roulé à trois pendant cinq ou six kilomètres, toujours à très haute intensité. Ensuite Lars Peers a tenté son attaque dans un rond-point et honnêtement, je m’y attendais un peu. Je l’ai vu surgir sur le côté. Il a vraiment tout donné dans le rond-point pour ressortir avec de la vitesse, j’ai crié « à droite » en néerlandais à Robin Dooms mais c’était déjà trop tard. Ce dernier n’a pas réussi à suivre ma grosse accélération à la sortie du rond-point et je termine deuxième. C’était une course très rapide, où il fallait être bien placé en permanence !
Quelle est, pour toi, la plus belle victoire ou le plus beau résultat sur route que tu aies obtenu jusqu’ici ?
R. V. : Pour moi, c’est la victoire au Grand-Prix Monserré U17 ! Cette victoire a marqué un tournant : c’est là que tout a véritablement commencé !
Tu es aussi un bon coureur de cyclocross, tu es même devenu champion de Wallonie. Quel souvenir gardes-tu de cette saison ?
R. V. : Ma saison de cyclo-cross a été magnifique, je n’ai vraiment rien à redire. J’ai enchaîné les bons résultats. Je n’ai pas souvent eu l’occasion d’aller courir en Flandre, mais, honnêtement, je trouve que cela ne sert pas forcément à grand-chose. Je préfère soutenir les challenges organisés près de chez moi.
Je préfère largement courir dans ma région plutôt que d’aller me mettre dans le rouge en Flandre. Donc oui, cette saison de cyclo-cross a vraiment été incroyable pour moi.
Parle-nous un peu de ta relation avec Thomas Pecriaux, très bon coureur de VTT et cyclo-cross dans ta catégorie. On l’avait interviewé durant la saison de cyclo-cross. Est-ce qu’il y a une émulation entre-vous deux ?
R. V. : Ma relation avec Thomas Pecriaux ? Thomas est vraiment l’un de mes meilleurs amis. Il n’y a absolument aucune rivalité entre nous. S’il gagne devant moi, je serai heureux pour lui. Et si c’est moi qui gagne devant lui, il sera heureux pour moi. Je m’entends également très bien avec ses parents : nous avons déjà partagé plusieurs repas ensemble et je suis allé plusieurs fois chez eux.

Route ou cyclo-cross : dans quelle discipline te sens-tu le plus fort aujourd’hui et laquelle te procure le plus de plaisir ?
R. V. : Honnêtement, je me sens bien dans les deux. Je ne dirais pas que je suis particulièrement fort dans l’une ou l’autre, mais je prends du plaisir dans les deux disciplines.
En revanche, sur route, j’ai actuellement l’impression d’obtenir de meilleurs résultats. Là où, sur la route, je peux terminer à une seconde d’un adversaire, en cyclo-cross certains me prennent parfois plusieurs minutes.
Qui sont tes modèles dans le cyclisme ? Si tu pouvais courir avec un coureur pro pendant une journée, qui choisirais-tu ?
R. V. : Cela peut paraître un peu cliché, mais le coureur professionnel que j’admire le plus, notamment parce que j’ai des origines africaines, c’est Biniam Girmay.
J’ai eu la chance de rouler plusieurs fois avec son frère Mewael, qui habitait à Aubel, à une dizaine de kilomètres d’ici, mais aussi avec Aklilu Arefayne lorsqu’ils évoluaient encore tous les deux chez Intermarché.
Rouler avec eux était vraiment incroyable. J’étais comme un enfant lorsque je les accompagnais à l’entraînement. Ils m’ont même invité plusieurs fois à manger chez eux. Pour moi, Biniam Girmay, ainsi que Mewael et Aklilu, sont trois Érythréens que j’admire énormément.
Sinon, si je devais citer un autre coureur, ce serait Mathieu van der Poel, parce qu’il est extrêmement polyvalent et que j’apprécie beaucoup son style. Mais mes principales inspirations viennent surtout du côté africain du cyclisme.
Quel est ton plus gros défaut ou ta plus grosse faiblesse en course ?
R. V. : Honnêtement, je pense que mon principal défaut concerne les choix tactiques. Je suis parfois trop dans ma bulle et je ne réfléchis pas suffisamment à la gestion de course ou à l’aspect stratégique.
J’en parle beaucoup avec mon papa, et nous essayons justement de progresser dans ce domaine : mieux analyser les situations de course, mieux réfléchir tactiquement et éviter de se faire piéger, comme cela m’est arrivé à Gent-Wevelgem à devoir tirer lors du dernier kilomètre.
Quelles sont maintenant tes ambitions pour la suite de la saison ?
R. V. : Les championnats de Belgique, bien sûr, mais aussi toutes les grandes courses comme le Tour de l’Ain en France et Le Fiumane en Italie (Ndlr : Le Fiumane. Il s’agit d’une prestigieuse épreuve par étapes de quatre jours, située dans le nord de l’Italie, dans la région de Vérone, et qui est devenue une référence internationale pour la catégorie cadets – U17). Ce sont des épreuves internationales très importantes dans ma catégorie et j’aimerais vraiment y obtenir de gros résultats.
Un petit mot à nos lecteurs ?
R. V. : Je vais terminer par une petite confession, honnêtement je dirais que j’ai énormément douté et même tout au long de cette saison encore. Je me suis mis beaucoup de pression, parce que je veux toujours obtenir de bons résultats.
S’il y a un message que j’aimerais faire passer, c’est celui-ci : croyez en vous ! N’écoutez pas les gens qui vous disent de ne pas essayer. Il faut tenter, tester, oser. Et même si cela ne fonctionne pas, au moins vous n’aurez aucun regret.
Moi, par exemple, on m’a souvent dit : “Tu ne gagneras jamais contre lui, il est trop fort au sprint.” En début d’année, lorsque je disais vouloir réaliser une grande saison, certains étaient sceptiques.
Et désolé pour Émile Boitte s’il lit cet article, mais je me suis dit que je voulais réaliser une énorme saison, peut-être même encore plus grande que la sienne l’année passée dans ma catégorie car elle était sensationnelle et impressionnante.
Je me suis alors dit, et je l’ai répété à tous mes amis du VCA ainsi qu’à d’autres coureurs de l’équipe continentale liégeoise Color Code, que je voulais moi aussi réussir une grande saison comme lui. Mon objectif est d’intégrer une grande équipe chez les juniors, parce que ce sont de vrais rêves de gamin.
Je voulais gagner de grandes courses, obtenir des résultats importants sur des épreuves prestigieuses… et aujourd’hui, cela est en train de devenir réalité. Je n’ai pas écouté les personnes qui me disaient que je n’y arriverais jamais. J’ai travaillé dur, avec beaucoup de détermination et d’acharnement, et cela a fini par payer.
Aujourd’hui, je m’entraîne énormément et j’ai la chance d’être accompagné par un très bon entraîneur, Cyril Franckart, qui m’aide à progresser et à atteindre mon meilleur niveau. Je travaille dur tous les jours, mais il ne faut surtout pas négliger les jours de récupération : ils sont extrêmement importants et ne doivent jamais être sous-estimés.
Le seul message que j’aimerais transmettre aux internautes, c’est celui-ci : n’écoutez pas ceux qui vous disent que vous n’y arriverez pas. Osez tenter votre chance, donnez tout ce que vous avez. Même si cela ne fonctionne pas, vous n’aurez aucun regret, parce que si l’on n’essaie pas, on ne connaîtra jamais réellement ses limites.
(Interview réalisée par Olivier Gilis)

