Neuf étapes, trois perturbations inédites et un Pogačar déjà hors catégorie. Avant le repos, le point complet sur une semaine qui n’a manqué ni de rebondissements ni de sujets qui fâchent, maillot par maillot.
Poser la question de l’ennui après cette première semaine relèverait presque de la provocation. En neuf jours de course, le Tour 2026 a déjà connu trois adaptations de parcours pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le sport : un foyer de peste porcine près de Barcelone dès l’étape 2, un accès restreint au public sur l’étape 3 à cause d’un incendie dans les Pyrénées-Orientales, et surtout un raccourcissement de 30 kilomètres de la 9e étape dimanche, en Corrèze, sous vigilance rouge canicule. Une première dans l’histoire plus que centenaire de la Grande Boucle pour ce motif précis. Le thermomètre a dépassé les 35 degrés presque quotidiennement depuis Barcelone, au point que Jonas Vingegaard a dû glisser des glaçons dans son maillot pour tenir.
Le maillot jaune, lui, a changé d’épaules à trois reprises avant de se stabiliser. Jonas Vingegaard l’endosse après le contre-la-montre par équipes inaugural. Tadej Pogačar le lui prend à Les Angles dès la 3e étape. Le Norvégien Torstein Trænen s’en empare à son tour à Foix, profitant d’une échappée où Mads Pedersen règle le sprint. Puis vient le Tourmalet, jeudi, et plus personne ne discute la hiérarchie.
LE JAUNE : PRESQUE JOUÉ, MAIS PAS TOUT À FAIT
Il faut appeler les choses par leur nom. Sur cette 6e étape à Gavarnie-Gèdre, Pogačar a produit l’une des démonstrations les plus écrasantes vues depuis longtemps sur un col mythique, au point qu’un confrère de FranceInfo résumait sobrement : « Maintenant, tout le monde sait qu’il a les meilleures jambes ». Le Slovène compte 2’42 » d’avance sur Vingegaard avant le repos, 3’27 » sur Isaac del Toro, 3’30 » sur Remco Evenepoel. Un tel matelas après une seule vraie journée de haute montagne n’est pas anodin.
Ce n’est pourtant pas fini. Vingegaard reste le seul rival statistiquement crédible pour le général, avec deux semaines et plusieurs arrivées au sommet devant lui. Mais le vrai suspense se niche derrière : entre la 3e et la 7e place, à peine plus d’une minute sépare Del Toro, Evenepoel, Ayuso, Seixas et Lipowitz. Le podium, lui, reste une bataille ouverte à cinq noms.
LE VERT : MERLIER DÉCROCHE TÔT, PEDERSEN GARDE LA MAIN
Mads Pedersen conserve la tête du classement par points, Biniam Girmay le suit, Tim Merlier ferme le podium avec 213 points. Le Belge y croyait davantage après ses deux succès à Bordeaux et Bergerac. Mais la 9e étape, vallonnée et amputée pour cause de chaleur, l’a vu décrocher tôt et glisser de la deuxième à la troisième place, doublé par Girmay.
Le nouveau barème 2026, qui offre 70 points à un vainqueur d’étape plate contre seulement 30 sur un profil accidenté, reste son meilleur argument pour les semaines à venir. Merlier lui-même le résume sans détour : « Si tu gagnes trois ou quatre étapes, tu es sur la bonne voie ». Il en a deux. Il en faut encore.
LES POIS : UN MAILLOT QUE PERSONNE NE LUI DISPUTE VRAIMENT
Là où le classement de la montagne fait habituellement figure de danse à part, Pogačar y pointe également en tête avec 28 points, neuf de plus que Vingegaard. Une concentration de pouvoir rare : le même homme domine le général et la montagne, pendant que Valentin Paret-Peintre et Tom Pidcock grappillent des points dans les échappées. Rien n’est joué avant les arrivées au sommet des semaines 2 et 3, mais le scénario le plus probable reste celui d’un maillot à pois qui suit le vainqueur final, sauf armistice tactique d’UAE Team Emirates-XRG en troisième semaine.
LE BLANC : LA BAGARRE LA PLUS SERRÉE DES QUATRE
Isaac del Toro devance Juan Ayuso de 7 secondes et Paul Seixas de 28. Trois noms, moins de trente secondes d’écart : c’est, de loin, le classement le plus indécis du Tour à l’heure du repos. L’ironie n’échappera à personne, del Toro porte le blanc tout en roulant au service de Pogačar. Sa marge de manœuvre personnelle dépendra entièrement de ce que son leader lui accordera en montagne.
LE BILAN BELGE : UN PODIUM EN VUE, UN ABANDON QUI FAIT MAL
Remco Evenepoel occupe la 4e place du général, à 3’30 » de Pogačar. Le plus dur, jeudi dans le Tourmalet, a été plutôt bien négocié : décroché de 1’18 » au sommet, il est revenu à 19 secondes de Vingegaard grâce à ses qualités de descendeur et de rouleur. L’incident avec Florian Lipowitz à l’arrivée, largement commenté cette semaine, a été refermé en une soirée : les deux hommes ont dîné ensemble, le manager Ralph Denk confirmant que le co-leadership tient bon. Le podium reste, dans ses propres mots, un objectif réaliste, à condition de ne pas oublier que « Jonas est en grande forme ».
Le contraste avec Cian Uijtdebroeks est cruel. Désigné leader unique de Movistar, une première pour un Belge dans l’histoire de cette équipe, le Hannutois avait confié avant le départ préférer « un top 10 à Paris à une victoire d’étape ». Fiévreux dès le deuxième jour, souffrant de gastro-entérite et de troubles digestifs, il n’a jamais retrouvé son niveau et a lâché prise dans le col d’Aspin avant d’abandonner lors de la 6e étape. Une sortie amère pour celui qui avait quitté Visma-Lease a Bike l’hiver dernier précisément pour obtenir ce rôle de leader.
Entre ces deux histoires, Tim Merlier a offert la meilleure publicité belge de la semaine avec ses deux victoires d’étape. Tandis que d’autres agitent le noir-jaune-rouge ailleurs que sur les lignes d’arrivée : Jasper Philipsen pointe 4e du classement par points avec 191 unités, pendant que Lennert Van Eetvelt et Ramses Debruyne ont chacun gagné une place au classement du meilleur jeune grâce à leurs incursions dans les échappées de la 9e étape. Un rappel utile que le record de 31 Belges au départ, le plus important depuis 1989, ne se limite pas à un ou deux noms en vue.
LA FERVEUR SEIXAS
Il y a enfin un phénomène qui dépasse le strict cadre sportif. À 19 ans, pour son tout premier Tour, Paul Seixas déplace des foules que la France n’avait plus connues depuis les grandes années de Voeckler, Pinot ou Alaphilippe, selon les témoignages recueillis sur les routes. Christian Prudhomme, le directeur du Tour, n’a pas hésité à le comparer à Bernard Hinault.
Warren Barguil, lui, rapproche sa précocité de celle d’Evenepoel au même âge. Sixième du général à 3’55 », Seixas n’a pour l’instant rien cassé, mais rien perdu non plus. La suite dira si la ferveur populaire résiste à la fatigue d’une troisième semaine que personne, à cet âge, n’a encore expérimentée.
Au terme de cette première semaine, une chose est sûre : le Tour 2026 n’a pas volé son droit à l’attention. Reste à savoir, dès mardi et le retour de la montagne au Lioran, si Pogačar compte enfoncer le clou ou si ses adversaires trouveront enfin la faille.

Photos / Crédits : A.S.O ./ Thomas Maheux

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