Six coureurs, dont deux montés sur le podium du dernier Tour de l’Avenir, un circuit taillé pour les puncheurs-grimpeurs et, en face, un plateau amputé de Lorenzo Finn. La Belgique aborde la course en ligne des moins de 23 ans, ce vendredi à Montréal, avec une pléthore d’arguments, rarement réunis, à faire valoir.
Départ à 15 h, heure belge, au parc Jeanne-Mance. Serge Pauwels aligne Niels Driesen, Matteo Vanhuffel, Jasper Schoofs, Matisse Van Kerckhove, Viktor Soenens et Bert Bolle, et annonce à Sporza pouvoir jouer un résultat avec quatre d’entre eux au moins. Peu de sélectionneurs peuvent tenir ce discours sans provoquer de sourires.
Le parcours l’y autorise. Treize tours d’une boucle de 13,4 kilomètres, 174,2 kilomètres au total : sur le papier, une promenade en regard des 273,7 kilomètres réservés aux élites dimanche. Le dénivelé raconte autre chose. Il n’est inférieur que d’une centaine de mètres à celui de la course professionnelle, laquelle se dispute sur cent kilomètres de plus. Chaque tour empile trois difficultés : la côte Camillien-Houde (1,8 km à 8 %), celle de la Polytechnique (780 m à 6 %, avec un raidillon à 11 %) et Pagnuelo (535 m à 7,5 %). L’arrivée est jugée au terme de 600 mètres à 4 % sur l’avenue du Parc. Trop pentu pour les sprinteurs, trop court pour les purs grimpeurs : le vainqueur sera un puncheur sachant, inévitablement, enchainer la répétition des efforts.
LE CHRONO, UNE SIMPLE CONTREPERFORMANCE ?
Le contre-la-montre de lundi, lui, a laissé des regrets, avec Matisse Van Kerckhove douzième et Jasper Schoofs dix-septième. La déception est réelle. Elle s’explique aussi.
La veille, Seff Van Kerckhove, dix-huit ans, frère cadet de Matisse et candidat déclaré à une médaille chez les juniors, a été renversé par une voiture à l’entraînement. Hospitalisé, touché au haut du corps, il a dû renoncer aux deux épreuves de sa catégorie. Son aîné s’est élancé le lendemain sans avoir fermé l’œil. « J’ai pensé à lui cette nuit », soufflait-il à l’arrivée Un coureur de ce calibre ne digère pas une journée pareille : tout indique que le futur équipier de Wout van Aert se présentera vendredi avec une revanche à prendre, et l’intention de ramener ce chrono à ce qu’il était, une parenthèse.
LES SIX CARTES BELGES
Niels Driesen, 21 ans. Deuxième du Tour de l’Avenir en août à 2’34 » de Lorenzo Finn, après avoir enlevé la première étape et porté le maillot jaune. Vainqueur de la Ronde de l’Isard, deuxième de la Flèche ardennaise. Pinarello Q36.5 l’attend en 2027. Meilleur grimpeur du sextuor, il est la référence belge de la catégorie dès que la route s’élève plusieurs jours de suite.
Matteo Vanhuffel complète ce podium de l’Avenir, troisième à 3’42 », et s’est classé troisième d’une étape du Giro espoirs. Formé dans la structure de développement de Picnic PostNL, il en rejoindra l’équipe première en 2027. À eux deux, Driesen et lui offrent à la Belgique ce que peu de nations possèdent : deux hommes déjà éprouvés lorsque la course s’use sur la durée.
Jasper Schoofs (Soudal Quick-Step Devo) a remporté une étape du Giro espoirs et endossé le maillot rose dans la foulée, avant de prendre la dix-septième place du chrono lundi. C’est l’homme des arrivées disputées, celui vers qui se tourner si un petit groupe se présente ensemble pour la médaille.
Matisse Van Kerckhove a enlevé l’Alpes Isère Tour et la Flèche du Sud cette saison. Visma-Lease a Bike l’attend aux côtés de Wout van Aert. Sur le papier, c’est le plus complet des six, et le mieux armé pour les courses d’un jour exigeantes.
Viktor Soenens (Soudal Quick-Step Devo), 20 ans, sort d’une neuvième place au Tour de l’Avenir, après une septième à Liège-Bastogne-Liège espoirs l’an dernier. Le tempérament ardennais du groupe : les enchaînements de bosses courtes et raides sont son terrain, et le circuit montréalais n’offre rien d’autre.
Bert Bolle, 22 ans, est le moins exposé des six. Sixième de la Flèche du Sud, neuvième du Kreiz Breizh Elites sous les couleurs de VolkerWessels, il passera professionnel chez Picnic PostNL en 2027. Grimpeur, il est l’équipier qui permettra aux cinq autres de courir couverts.
ALORS, TOUTES LES CARTES EN MAIN ?
Oui, à une condition.
Les cartes, la Belgique les détient. Deux podiums du dernier Tour de l’Avenir dans la même sélection, six coureurs promis au professionnalisme dans les mois qui viennent, et un tracé qui récompense exactement le registre de puncheur-grimpeur dont le pays regorge. Aucune autre nation ne se présentera vendredi avec une telle densité. L’absence de leader désigné, souvent présentée comme une fragilité, joue d’ailleurs en sa faveur. Six coureurs susceptibles de représenter un danger, ce sont six roues à surveiller. Chaque mouvement belge contraint les autres à choisir, et chaque choix laisse une porte ouverte.
Reste le plus difficile, et il ne dépend d’aucun adversaire : la lecture de la course. Sur treize tours d’un circuit qui use sans jamais assommer, le mouvement décisif ne s’annonce pas. Il faudra figurer dans les coups qui comptent et éviter de passer l’après-midi à rouler derrière. Les équipes nationales perdent rarement par manque de jambes. Elles perdent parce qu’elles montent une minute trop tard dans le bon wagon. Sa force, disait Driesen après le Grand Prix de Wallonie, la Belgique la tient dans la largeur. Encore faudra-t-il placer les bons éléments aux bons moments.
