Poussière, chemins blancs, Piaza del Campo, Sienne : le peloton a rendez-vous avec les Strade Bianche ce samedi. Une seule question mérite d’être posée : qui arrêtera Pogacar ? Réponse courte — personne, ou presque. Preview et analyse.
Trois victoires. Trois solos. Trois fois la même leçon infligée au peloton mondial. Tadej Pogacar ne gagne pas les Strade Bianche, il les possède. En cette nouvelle édition, il vient chercher un quatrième sacre qui ferait de lui l’unique recordman, devant Cancellara. Si tout se passe bien pour lui, la seule interrogation sera devoir quelle marge il possède sur la concurrence alors qu’il démarre à peine sa saison. Zéro course dans les jambes. Des entraînements qui, paraît-il, ont laissé des coéquipiers sur le carreau. Ça ne rassure pas la concurrence.
À moins d’un pépin : Pogacar gagnera. Ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est ce qui se passe derrière.
VAN AERT : VÉRITÉ OU DÉNI ?
Wout van Aert en sera lui à son deuxième jour de course après le Samyn, où une crevaison l’a neutralisé avant qu’il ne puisse exister. Et c’est tout. Une blessure hivernale, une préparation tronquée, et les Strade Bianche comme premier vrai test. Il l’a dit lui-même : il arrive « avec plus de points d’interrogation » que de réponses. Cette franchise qui le caractérise, c’est aussi un aveu. Celui d’un homme en reconstruction.
Pourtant, van Aert a gagné ici en 2020. Son profil, puissance, explosivité, intelligence de course, colle parfaitement à l’ADN de cette épreuve. Il sera entouré, Jorgenson pouvant jouer sa propre carte si le scénario l’y invite. Mais comment imaginer l’Anversois jouer la gagne après tant de déboires ? Attention cependant, comme l’an dernier sur le Giro, il a pu se transcender le temps d’une journée. On ne sait jamais. La vérité se sont ses jambes qui nous la livrera.
QUI PEUT GÊNER LE CHAMPION DU MONDE ?
Tom Pidcock est l’adversaire le plus sérieux sur le papier. Quatre participations, quatre top 5, et le souvenir d’avoir été le dernier d’avoir tenu la roue de Pogacar. La forme du moment n’est pas mauvaise (une victoire d’étape à la Ruta del Sol). Celle du Nieuwsblad l’était nettement moins. Avec laquelle viendra-t-il en Italie ?
Ben Healy ne se résigne jamais. Lennert Van Eetvelt connaît de mieux en mieux la course après deux éditions aux avant-postes. Ineos se présente avec Bernal et Laurance. De son côté, Groupama-FDJ United arrive en meute avec Grégoire, Madouas et Tronchon — une équipe capable de fracturer une course par la collectivité plutôt que par l’individualité

SEIXAS ET DEL TORO : LES DENTS LONGUES
C’est le duel dans le duel. Paul Seixas a 19 ans et vient d’atomiser la concurrence sur la Faun Ardèche Classic. Audacieux, puissant, inconscient comme seule la jeunesse peut l’être. Mais une classique de 184 kilomètres en Toscane, ça ne pardonne pas les enthousiasmes mal calibrés. Peut-il rivaliser avec les meilleurs ? Sa dernière victoire dit oui. La prudence dit : attendons.
Isaac Del Toro est une autre affaire. Le Mexicain revient pour la troisième fois sur ces routes, avec enfin les armes pour y peser. Son duel avec van Aert lors du Giro 2025 est encore dans toutes les mémoires et a prouvé qu’il peut mener la vie dur aux meilleurs sur ce type de parcours. Courir derrière Pogacar, c’est avancer couvert. Si le Slovène part de loin, Del Toro sera en embuscade. Une position parfaite pour suppléer le patron en cas de couacs et régler les poursuivants.
Alors, verra-t-on un duel Seixas-Del Toro derrière Pogacar ? Cela vaudra le coup d’oeil !
COTE BELGE, L’HUMILITÉ S’IMPOSE !
Tim Wellens, troisième l’an dernier, est forfait sur blessure, une perte réelle.
Florian Vermeersch travaillera pour Pogacar, ses ambitions personnelles sont d’emblée sacrifiées d’avance.
Van Eetvelt, Hermans, G. Vermeersch peuvent surgir si leur rôle le permet. Mais soyons honnêtes : le seul Belge capable, uniquement sur base de son talent pur, de viser la victoire ce samedi, c’est van Aert. Mais trop de questions demeurent pour en faire un rival potentiel de l’ogre slovène.
Rendez-vous samedi en fin d’après-midi.

Photos : Strade Bianche Official (Credit Agricole)
