J’avais pris la plume avant ce week-end vosgien et jurassien pour analyser la façon dont Remco Evenepoel gère sa course depuis Barcelone. Ne jamais se mettre dans le rouge. Revenir sur les portions qui lui conviennent. L’étape du jour n’a pas menti. Elle lui donne même raison. Jusqu’ici.
Certes, Remco perd du temps sur quatre coureurs. Mais hormis Pogačar, qui évolue dans une autre dimension et signe là son quatrième succès sur ce Tour, le débours sur les autres bougres du classement général n’a rien de rédhibitoire.
DIX SECONDES. C’EST TOUT
Lâché à près de quatre kilomètres du sommet du col du Haag, cette petite découverte à la pente terriblement irrégulière franchie pour la première fois de l’histoire du Tour, le Belge n’a concédé que dix secondes à Del Toro et Seixas, hors bonifications. Et quatre à Vingegaard, qui l’avait pourtant mis en difficulté quelques kilomètres plus tôt avec un rythme élevé.
Alors oui, il a été lâché. Mais c’est bel et bien lui qui effectue la partie finale la plus rapide. Pointé à un moment donné à 52 secondes du maillot jaune, il franchit la ligne à 48. Le tout en ayant repris son équipier Lipowitz et Juan Ayuso.
Cocasse, quand on remet le tout en contexte.
AYUSO ET LIPOWITZ, DEUX LEÇONS EN UNE ÉTAPE
Ayuso avait expliqué que le podium se jouerait sans doute entre lui, Seixas et Del Toro, balayant Remco de la course à la boîte d’un « on verra s’il est en forme ». L’Espagnol devrait peut-être tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant d’émettre le moindre pronostic. Il perd deux secondes sur l’ancien vainqueur de la Vuelta. Et, sur les images du direct, il n’a pas semblé en mesure de prendre le moindre relais à notre compatriote sur la partie plane de fin d’étape.
Même constat pour l’Allemand, dont on se demande bien quelle course il veut faire. Ralph Denk avait pourtant assuré que tout était réglé entre les deux hommes forts de Red Bull. Lipowitz lui-même l’avait confirmé : « Nous avons discuté dans le bus. Je pense que tout est réglé. » Loin de moi l’idée de ranimer la polémique. Mais je m’interroge sur la tactique.
Si Remco est toujours désigné comme leader de la formation allemande, j’ai du mal à comprendre la logique derrière la manière de courir de Lipowitz. Quel était le plan ? Son accélération n’a rien donné. Elle a mis l’ancien champion du monde en difficulté. Et c’est finalement ce dernier qui a limité la casse pour « Lipo », lequel concède deux secondes sur la ligne au Belge.
ET VINGEGAARD, IL COURT CONTRE QUI ?
Je m’interroge aussi sur l’attitude du Danois. Après avoir mis le double vainqueur de la Doyenne en difficulté, il a poursuivi son effort sans jamais faire peser la course sur Pogačar. Sur le maillot jaune, donc.
Je comprends l’intérêt de prendre du temps sur Remco en vue du contre-la-montre de mardi prochain. Mais son objectif final n’est-il pas de battre Pogačar à Paris ? Accompagné du Belge dans les derniers kilomètres, il aurait peut-être perdu moins de temps.
Et surtout : s’il veut vraiment reprendre du temps sur Evenepoel, c’est sans doute demain qu’il faudrait porter l’estocade. Sur le Plateau de Solaison, un terrain qui lui ressemble bien davantage, et où il s’est déjà imposé lors du Dauphiné 2022.
LA VÉRITÉ SE DIRA À PARIS
Reste qu’il ne s’agit là que d’un instantané. Une grosse semaine de course attend encore ces hommes-là : Solaison demain, le chrono d’Évian mardi, puis les Alpes et leur double ration d’Alpe d’Huez. Dans ce métier, on aime les certitudes du samedi soir. Le Tour, lui, ne rend jamais son verdict avant que la dernière roue ait franchi la ligne sur les Champs-Élysées.
SI REMCO AVAIT ÉTÉ FRANÇAIS…
Mais en guise de conclusion on s’interroge quand même. Si Remco Evenepoel avait été français, n’aurait-on pas vu depuis plusieurs tours déjà des parcours du temps d’Hinault ou d’Indurain qui faisaient la part belle aux chronos plutôt que des parcours taillés sur mesure pour Pogacar et Vingegaard ? Au vu des hautes capacités de Paul Seixas sur le chrono, Thierry Gouvenou reverra peut-être ses plans pour le champion français que tout l’hexagone attend. Tout bénéfice pour Remco ?
D’ici là, Remco Evenepoel aura eu le temps de nous prouver, ou non, que sa méthode tient sur trois semaines.

Credits / Photos d’illustration : A.S.O./Thomas Maheux

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