Troisième de la sixième étape de la Vuelta après une longue échappée, Ramsès Debruyne s’est hissé dans le Top 10 du classement général. Le Belge de 23 ans, déjà remarqué au Tour de France et au Tour d’Auvergne-Rhône-Alpes, confirme que ses qualités ne se limitent plus à quelques apparitions isolées.
Il y a des échappées qui servent à se montrer. Et puis il y a celles qui finissent par vous propulser au cœur de la course.
Jeudi, entre Alcossebre et Castelló, Ramsès Debruyne a vécu un peu des deux. Le coureur d’Alpecin-Premier Tech a passé une grande partie de l’étape à l’avant, avant d’être repris dans le secteur décisif du Puerto El Bartolo par Tadej Pogačar. Mais son histoire ne s’est pas arrêtée là. Alors que le Slovène s’engageait dans le duel final avec Enric Mas, Debruyne est resté dans le jeu. Il a réussi à reprendre les roues du groupe des poursuivants, pour finalement s’imposer au sprint et décrocher la troisième place, à 46 secondes du vainqueur.
En d’autres termes : ce résultat dépasse largement la simple anecdote d’une belle échappée.
Après six étapes, Debruyne pointe à la neuvième place du classement général provisoire, à 5 min 40 s de Pogačar. Dans la course au maillot blanc, il n’est plus qu’à trois secondes d’Oscar Onley, le détenteur actuel de la tunique. Notre compatriote n’a pas encore remporté quoi que ce soit. Mais sa Vuelta commence à donner une autre épaisseur aux signaux aperçus depuis le début de la saison.
UNE ÉCHAPPÉE, PUIS UNE VRAIE PERFORMANCE
La différence est importante. Debruyne n’a pas simplement tenu le rythme avant d’être rattrapé par les favoris. Il a tenu jusqu’au moment où la course a réellement explosé. Dans le secteur gravel du Puerto El Bartolo, Pogačar est revenu sur lui avant de lancer l’accélération qui a conduit à son duel avec Enric Mas. Derrière, le Belge a dû se remobiliser après des heures d’effort.
C’est là que sa troisième place prend une dimension particulière. Dans le groupe des poursuivants, il a devancé Primož Roglič, Richard Carapaz et Felix Gall pour remporter le sprint et compléter le podium du jour.
LE TOUR DE FRANCE AVAIT DÉJÀ OUVERT LA PORTE
Cette journée espagnole ne sort pas de nulle part. Quelques semaines plus tôt, Ramsès Debruyne a disputé son premier Tour de France. Et avant que la maladie ne mette fin prématurément à son parcours, le coureur d’Alpecin-Premier Tech avait déjà réussi à se faire remarquer.
Sur la quatrième étape, il s’était glissé dans l’échappée et avait pris la cinquième place à Foix. Son Tour s’est arrêté avant la quatorzième étape. Alpecin-Premier Tech avait annoncé que Debruyne souffrait d’un mal de gorge et de fièvre, rendant impossible la poursuite de l’épreuve. L’échantillon était donc incomplet. Mais suffisamment intéressant pour ne pas considérer sa Vuelta actuelle comme une apparition totalement inattendue.
UN PRINTEMPS QUI AVAIT DÉJÀ LIVRÉ DES INDICES
Avant le Tour de France, Debruyne s’était déjà distingué au Tour d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Il avait pris la deuxième place de la première étape, à 32 secondes d’Alex Baudin, avant de terminer treizième du classement général final, à 11 min 51 s d’Isaac Del Toro. Ce n’était pas encore une révélation totale. Mais le contexte et le prestige de la course comptaient déjà. Voyant ces résultats encourageants, Alpecin-Premier Tech a décidé de sceller l’avenir de son coureur, tôt dans l’année, avec une prolongation de contrat jusqu’en 2028.

Crédit photo : A.S.O.-Thomas Maheux
UN PROFIL À ENCORE DÉFINIR
À 23 ans, Ramsès Debruyne n’est pas encore un coureur dont on peut cataloguer le profil. Ses résultats montrent toutefois un homme capable de s’exprimer sur des parcours vallonnés et montagneux, avec une certaine aptitude à répéter les efforts. Sa 18e place à Liège-Bastogne-Liège et ses performances au Tour d’Auvergne-Rhône-Alpes avaient déjà attiré l’attention sur sa capacité à encaisser les courses difficiles. La sixième étape de la Vuelta ajoute une donnée supplémentaire.
Debruyne a donc récidivé. En allant dans l’échappée, il a résisté lorsque la course s’est durcie. Il a même retrouvé suffisamment de fraîcheur pour aligner certains des grands du général. Cela ne permet évidemment pas de prédire ce qu’il deviendra. Mais cela donne une idée plus précise de ce qu’il est déjà capable de faire.
LE GÉNÉRAL, OU AUTRE CHOSE ?
La question mérite désormais d’être posée.
Neuvième du classement général provisoire, Debruyne se retrouve dans une position qu’il n’avait probablement pas imaginée occuper. Le maillot blanc est à trois secondes. Le Top 10 est à portée. Mais la course n’a livré qu’une partie de son verdict. D’ici le 13 septembre, la montagne, la fatigue et l’usure auront fait leurs œuvres.
Doit-il, dès lors, défendre ses acquis ?
La réponse dépendra probablement de ses jambes et de la stratégie d’Alpecin-Premier Tech. Car un coureur aussi bien placé peut choisir de s’accrocher au classement général. Mais il peut aussi perdre du temps et retrouver la liberté nécessaire pour repartir à l’avant. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la Vuelta a déjà apporté une réponse à une première question.
Ramsès Debruyne avance.
Et, pour la première fois peut-être, il ne se contente plus de faire parler de lui en marge de la course. Il commence à s’inviter au centre de celle-ci.
