À domicile, UAE Team Emirates n’a pas le droit à l’ambiguïté. Cette course est la sienne, historiquement, symboliquement, commercialement. Trois victoires en sept éditions, un sponsor à satisfaire, une réputation de machine à gagner à défendre. Ici, l’objectif n’est pas d’exister. L’objectif est de dominer et de s’imposer.
Problème pour UAE : Remco Evenepoel arrive lancé. Six victoires en huit jours, déjà installé en patron chez Red Bull–BORA–hansgrohe. Pas en phase d’adaptation. En phase de domination.
DEL TORO EN LEADER
Chez UAE, toute la stratégie va reposer sur Isaac Del Toro. À 22 ans, il est censé incarner l’avenir — et déjà le présent. Sa saison 2025 (18 victoires, 2e du Giro) justifie l’investissement sportif et médiatique. Mais un statut ne protège pas d’un adversaire de la qualité d’Evenepoel qui, sur papier, lui semble supérieur aujourd’hui.
En montagne, le Mexicain peut rivaliser. Sur les forts pourcentages, il pourrait même prendre l’avantage selon certains. Mais l’UAE Tour ne se gagne pas seulement en grimpant. Le contre-la-montre arrive tôt, et là l’écart est structurel. Sur 12 kilomètres, Evenepoel peut prendre vingt secondes. Peut-être plus. Courir toute une semaine en poursuite face à un spécialiste du tempo est la pire configuration possible. Qui plus est quand celui-ci est bien mieux épaulé en montagne.
PRESSION INTERNE PLUS DANGEREUSE QUE L’ADVERSAIRE
Pour Mauro Gianetti, l’enjeu dépasse le classement. Perdre ici ne serait pas un revers sportif.
Sans Tadej Pogačar, l’équipe doit prouver qu’elle reste dominante, comme l’an dernier. Sans victoire, la lecture serait brutale : dépendance à son leader, hiérarchie fragile, projet encore en chantier.
Même la carte Adam Yates est piégeuse. L’utiliser augmenterait les chances de victoire… mais fragiliserait l’investiture de Del Toro. UAE s’est enfermée dans son propre scénario : gagner avec lui, ou exposer ses contradictions.
LE VERITABLE VERDICT
Sportivement, l’équation est simple. Evenepoel possède l’avantage contre-la-montre, la dynamique et une équipe structurée pour contrôler. UAE a le collectif, la profondeur et l’obligation.
La vraie question n’est donc pas l’identité du favori. Elle est beaucoup plus dérangeante : Del Toro est-il déjà capable de battre un Evenepoel en feu ?
Parce que s’il ne l’est pas — et qu’UAE ne gagne pas chez elle — ce ne sera pas seulement une défaite. Ce sera un doute.
Et dans le cyclisme de très haut niveau, le doute pourrait être le moteur de la révolte qui gronde au sein des équipes outsiders. Et qui veulent maintenant plus que des miettes…

Photos : UAE TOUR OFFICIAL
