Le Tour d’Italie féminin a livré son verdict au bout d’une course de toute beauté. Demi Vollering complète son Grand Chelem en Grands Tours (Italie, France, Espagne). Et si voir la Néerlandaise en rose à l’issue de la dernière étape n’a rien d’une surprise, le scénario du dernier week-end s’est révélé complètement fou !
QUEL RÉGAL !
Oui, quel pied ! Le fan de cyclisme qui n’a pas regardé le Giro dames au cours de ce week-end peut se mordre les doigts. Il est à espérer pour lui qu’il trouvera un replay ou un très bon résumé. Nous aurions voulu écrire un scénario plus rebondissant qu’il aurait été difficile de le faire. Nous avons eu droit à des émotions (perso’, c’est pour cela que j’adore le vélo), une course tactique, du panache, un chamboulement majeur le dernier jour et du panache à ne plus savoir qu’en faire.
Tout commence plus tôt dans la semaine. Après trois victoires au sprint d’Elisa Balsamo, Anna van der Breggen écrase le chrono en côte de Nevegal. Ses plus proches poursuivantes sont repoussées à plus d’une minute ! Bien évidemment, l’ex-quadruple vainqueure de l’épreuve retrouve le Maglia Rosa. Bien malin qui aurait pu deviner qui pourrait la déloger de la tête du général tant elle semble au-dessus du lot après cette épreuve si singulière.
Si nous l’avions demandé aux spécialistes, beaucoup se seraient tournés vers une autre Oranje : Demi Vollering ! J’aurais eu le même réflexe au regard du pedigree de la plus jeune des deux Bataves. Alors qu’elle multipliait les tentatives, avec l’aide de ses coéquipières, dès que la route s’élevait, nous avons vu une Vollering se casser les dents sur la résistance de son aînée.
Malgré deux victoires d’étape de la reine du printemps (victorieuse notamment du Tour des Flandres et des classiques ardennaises), dont une au sommet du terrible Colle del Finestre, étape reine de cette édition, aucune faille ne semblait pouvoir percer l’armure rosée d’une van der Breggen sûre de son fait. Imposant même son propre rythme dans les trois derniers kilomètres du terrible col piémontais, l’équation semblait insoluble pour une Vollering, certes victorieuse, mais aussi frustrée. Et impossible de ne pas la comprendre au regard du nombre d’accélérations tentées (cinq ou six) sur les routes en gravier.

QUAND LE GIRO A BASCULÉ
Et puis est arrivée cette dernière étape. Celle que beaucoup imaginaient de transition. Celle où Anna van der Breggen n’avait plus qu’à défendre son avance de cinquante secondes.
Sauf que le vélo a parfois cette merveilleuse habitude de se moquer des scénarios écrits à l’avance.
Vollering a attaqué. Encore. Puis encore.
Elle a joué son va-tout dans le Montoso avant de continuer à mettre la course sans dessus dessous. Quand Antonia Niedermaier est partie à l’avant, la leader de la FDJ-Suez a même eu l’intelligence, ou l’audace, c’est selon, de laisser d’autres équipes assumer une partie de la poursuite. Quitte à jouer à qui perd gagne. Puis de porter l’estocade décisive dans la Colletta di Brondello.
À près de quarante kilomètres de l’arrivée, elle a enfin réussi là où elle avait échoué la veille : décrocher van der Breggen.
Le Giro venait de basculer. Définitivement.
Derrière, l’ancienne reine de la discipline s’est battue avec un courage immense, mais la machine orange était lancée. Une fois les échappées avalées, Vollering ne pouvait plus perdre, son destin lui tendant les bras. Devant, Elisa Longo Borghini s’offrait l’étape à domicile. Demi Vollering, large sourire, n’avait plus qu’à savourer un exploit retentissant.
Nous parlons souvent de « masterclass » à tort et à travers. Cette fois, le mot n’est pas galvaudé.

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ON NE BAT PAS UN OGRE EN L’ATTENDANT… NI EN ROULANT AVEC
Mais au-delà de la victoire de Vollering, ce Giro nous rappelle aussi une vérité que le peloton masculin semble parfois avoir oubliée.
Alors qu’un phénomène slovène semble rendre la concurrence impuissante, des leçons sont peut-être à tirer pour ses opposants. Par exemple que l’abnégation n’est pas vaine quand elle est bien utilisée et calibrée. Même chose pour la stratégie et les tactiques d’équipe qui ont déjà prouvé leur efficacité par le passé (cf. Tour de France 2022 lors de l’étape du Granon).
Bien entendu, comparer Tadej Pogacar à Anna van der Breggen ou Demi Vollering n’aurait aucun sens. Les contextes sont différents, les profils aussi.
Mais une vérité demeure : aucune domination n’est éternelle et aucun coureur n’est invincible.
Encore faut-il accepter de prendre des risques pour le démontrer.
Pendant plusieurs jours, Vollering a échoué. Elle a attaqué, insisté, recommencé. Beaucoup auraient fini par se résigner face à une adversaire qui semblait tout contrôler. Elle a choisi l’option inverse : continuer à croire qu’une faille finirait par apparaître.
Le plus fascinant est peut-être là.
La Néerlandaise n’a pas gagné parce qu’elle était nécessairement la plus forte dès le premier jour. Elle a gagné parce qu’elle a refusé de considérer la course comme terminée avant qu’elle ne le soit réellement.
Dans le cyclisme moderne, où les écarts de performance paraissent parfois abyssaux, cette idée mérite sans doute d’être rappelée. On ne bat pas un ogre en attendant qu’il s’arrête de lui-même. On ne le bat pas davantage en roulant avec lui. On le pousse dans ses retranchements. Encore et encore. Jusqu’à ce qu’il finisse par montrer une faiblesse. Même infime.
MERCI MESDAMES !
La seule chose à dire est merci ! Merci à toutes les actrices de cette semaine qui montrent encore aux sceptiques que le cyclisme féminin a énormément à nous apprendre. Parce qu’au-delà du vainqueur ou du classement général, c’est bien l’essence même de ce sport qui s’est exprimée sur les routes italiennes : l’attaque, la prise de risque, le refus de subir et cette capacité unique à faire basculer une course lorsque tout semble déjà écrit.
Parce que cette semaine italienne nous a rappelé une chose essentielle : tant qu’il reste de la route, il reste de l’espoir. Une course n’est jamais terminée que quand l’arrive finale est franchie. Et c’est précisément pour cela que nous aimons le vélo.


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Photos : Giro d’Italia Women
