Du 7 au 14 juin, Vizille donne le départ de la 78e édition de ce qui s’appelait encore il y a peu le Critérium du Dauphiné. Rebaptisé Tour Auvergne-Rhône-Alpes, l’épreuve arrive cette année sans Pogacar, sans Vingegaard, sans Evenepoel. La succession est ouverte. Et pour la première fois de sa jeune carrière, Paul Seixas démarre une course par étapes avec la pancarte de favori autour du cou. Analyse.
UN REBRANDING, UNE AMBITION
Commençons par l’essentiel. Le Critérium du Dauphiné n’existe plus. Il a cédé la place au Tour Auvergne-Rhône-Alpes : un changement de nom qui dit quelque chose sur la volonté de l’organisation ASO d’ancrer davantage la course dans son territoire. Sur le fond, rien ne change : cette épreuve demeure la course de préparation au Tour de France la plus importante du calendrier WorldTour. 79 ans d’histoire, un palmarès qui aligne Hinault, Froome, Indurain, Fuglsang, Valverde, Pogacar. La tradition est lourde, le cadre exceptionnel. Il faudra simplement s’habituer au nouveau nom.
LE PARCOURS : PLUS DUR QU’AVANT ?
Selon le site officiel de l’épreuve, l’édition 2026 s’étend sur 1 204,3 kilomètres répartis en 8 étapes, avec 32 ascensions répertoriées et 52,9 kilomètres de grimpe cumulés. Un contre-la-montre par équipes de 28,4 km à Perreux (étape 3) vient s’insérer dans le menu. Le final s’annonce redoutable : trois arrivées au sommet en trois jours, avec le Grand Colombier (étape 7) avant la bascule décisive vers le plateau de Solaison (étape 8). Depuis Beaufort, le verdict tombera sur 120 kilomètres de route de montagne.
La question du niveau de difficulté mérite d’être posée frontalement. L’édition 2025 alignait Pogacar, Vingegaard, Evenepoel et Lipowitz dans une confrontation de titans. Celle de 2026 présente un parcours solide, 4 étapes de montagne, 3 accidentées, 1 TTT, mais avec des absences majeures dans la startlist. Est-il « plus dur » qu’avant sur le papier ? Pas nécessairement. Est-il plus sélectif ? C’est probable. La deuxième étape entre Saint-Martin-le-Vinoux et Le Puy-en-Velay (234,3 km, selon le site officiel) est un marathon qui avalera les faibles. Et les arrivées à Solaison et au Grand Colombier n’ont jamais pardonné les mauvaises jambes.
Le plateau de Solaison mérite une mention particulière. Il reviendra un mois plus tard comme étape du Tour de France, la 15e. Les coureurs qui joueront la victoire ici auront donc une précieuse reconnaissance de plus, mais en situation de course. C’est un avantage tactique non négligeable. Jonas Vingegaard s’y était imposé en 2022 lors de l’édition précédente disputée sur ce sommet.
LES FAVORIS : QUI POUR SUCCÉDER À POGACAR ?
1. PAUL SEIXAS : LE GRAND FAVORI SOUS PRESSION
Pour la première fois de sa carrière, Paul Seixas (Decathlon CMA CGM) aborde une course par étapes WorldTour avec l’étiquette de favori. Ce statut, il l’a construit seul, à coups de résultats spectaculaires depuis janvier. Tour du Pays Basque gagné avec autorité, Flèche Wallonne remportée avec une belle avance, 2e de Liège-Bastogne-Liège derrière Pogacar en tenant la roue du Slovène dans la Redoute. Bref, déjà 7 victoires, de nombreux podium et de belles places d’honneur en 2026. C’est un bilan ahurissant pour un coureur de 19 ans dans sa deuxième saison professionnelle.
Sa préparation s’est voulue à la hauteur des enjeux. Du 10 au 28 mai, il a enchaîné un stage en Sierra Nevada à plus de 2 300 mètres d’altitude : 1 335 kilomètres et 33 369 mètres de dénivelé. Dans la foulée, des reconnaissances dans les Pyrénées avec des temps sur le Tourmalet qui ont fait trembler Strava. Ses propres ambitions ? Il les a résumées lui-même, sobrement, en conférence de presse début mai, rapporté par l’AFP et Eurosport : « j’y aurais l’ambition, en fonction de la forme et de l’adversité, d’aller chercher la victoire. Maintenant, c’est sûr que je ne serai pas dans la forme du Tour parce que ce n’est pas l’objectif. » Un discours maîtrisé, presque trop, qui trahit pourtant une lucidité et une maturité rares.
Avec une équipe solide autour de lui, difficile de voir qui pourra battre le Français. Un doute, infime, subsiste néanmoins : l’inconnue de la pression médiatique. C’est la première fois que Seixas arrive comme favori clairement désigné sur une grande course. L’insouciance qui lui a permis de presque tout gagner depuis le début de saison sera-t-elle la même quand les caméras se braquent uniquement sur lui ?
2. ISAAC DEL TORO : L’OPTION UAE
En l’absence de Pogacar, parti sur le Tour de Suisse, UAE Team Emirates-XRG délègue sa garde à Isaac Del Toro, épaulé par João Almeida qui n’aurait pas été là s’il avait, comme prévu, pu courir le Giro. Le Mexicain a montré suffisamment de capacités, notamment sur le Tour d’Italie 2025, pour être pris au sérieux. Mais Del Toro reste un coureur dont on attend encore la véritable confirmation sur une épreuve d’une semaine complète de cette envergure.
3. JUAN AYUSO : LE RETOUR ATTENDU
Attendu comme leader de Lidl-Trek aux côtés de Mattias Skjelmose, Juan Ayuso arrive sur ce Tour après une première partie de saison 2026 contrariée. Plusieurs abandons (Paris-Nice, Tour du Pays Basque) et une infection virale qui lui a fait manquer les classiques ardennaises. Sur base de son talent pure et de ses résultats passés, il fait naturellement partie des favoris. Mais voilà, le contexte doit nous mener sur les chemins de la prudence. Si ses jambes sont là, l’Espagnol a le profil pour figurer sur le podium. Si elles ne sont pas encore au niveau, le Grand Colombier et autres cols nous diront la vérité.
4. MATTEO JORGENSON : LA CARTE SURPRENANTE DE VISMA
Initialement prévu sur le Tour de Suisse, Matteo Jorgenson a changé de programme et rejoindra Wout van Aert sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, comme le rapporte CyclingUpToDate. Le fait que la Visma lui confie un rôle de leadership en dit long. Discret, solide, capable de surprendre sur les contre-la-montre. À surveiller comme outsider sérieux. Néanmoins, a-t-il récupérer de sa chute intervenue lors de l’Amstel et qu’en est-il de sa guérison après s’être fracturé la clavicule ?
5. LES AUTRES CANDIDATS AU PODIUM
La liste des outsiders est longue. Cian Uijtdebroeks (Movistar) est présenté comme un candidat au classement général. Oscar Onley et Kévin Vauquelin (Netcompany INEOS) peuvent jouer les trouble-fêtes. Ben Healy (EF Education-EasyPost), toujours capable de coups d’éclat en montagne ou sur des parcours accidentés. Tobias Halland Johannessen (Uno-X), 6e au Tour de France 2025, s’appuiera sur ses aptitudes de grimpeur. Carlos Rodríguez est aussi dans la liste de l’INEOS. Enfin, Luke Plapp (Jayco AlUla), à surveiller dans les semaines clés de la course.
LE FOCUS BELGE : ENTRE GRANDES ABSENCES ET VRAIS ENJEUX
🇧🇪 WOUT VAN AERT : LE RETOUR DU CHAMPION DE ROUBAIX
En l’absence de Remco Evenepoel, le Belge le plus attendu n’est autre que Wout van Aert. Il reprend la compétition sur route pour la première fois depuis son sacre sur Paris-Roubaix.
Van Aert est annoncé en soutien de Jorgenson pour le classement général de ce Tour. Mais on connaît le personnage. Difficile cependant de l’imaginer ne pas jouer sa carte sur des étapes où son profil pourrait lui permettre de jouer la victoire. Son rôle sur les étapes de plaine et les chronos sera à observer attentivement. Officiellement équipier ; officieusement, une bombe à retardement dans le peloton.
Pour lui, cet exercice a aussi une dimension purement pratique : retrouver les jambes sur des étapes de montagne avant le Tour de France. Les cols du Grand Colombier et de Solaison constitueront ses premiers véritables tests en altitude cette saison.
🇧🇪 CIAN UIJTDEBROEKS : L’HEURE DE LA CONFIRMATION
Cian Uijtdebroeks (Movistar) aborde ce Tour Auvergne-Rhône-Alpes avec un objectif qui dépasse le simple résultat de la semaine : démontrer qu’il est prêt pour juillet. Le Belge de 23 ans, qui avait pointé son nez dans les classements lors de précédentes éditions, doit confirmer sa progression.
🇧🇪 TIM WELLENS : LE SOLDAT DE LUXE D’UAE
Tim Wellens est inscrit au départ sous les couleurs d’UAE Team Emirates-XRG où il sera au service d’Isaac Del Toro. Pas d’ambition personnelle de classement général, mais une valeur tactique certaine pour l’équipe émiratie dans les étapes de montagne. Un rôle de lieutenant de luxe qu’il assume désormais pleinement.
🇧🇪 MAXIM VAN GILS ET MAURI VANSEVENANT : PRÉSENTS POUR LES ÉTAPES
Chez Red Bull-BORA-Hansgrohe, Maxim Van Gils accompagne Daniel Martínez. Difficile à ce stade de lui prêter des ambitions au général, mais son profil de puncheur peut créer des dommages sur les étapes accidentées. Chez Soudal Quick-Step, Mauri Vansevenant sera dans l’ombre de Valentin Paret-Peintre. Deux coureurs belges qui pourraient peser à la marge, sans être les leaders de leurs formations respectives.
En bref, ce Tour Auvergne-Rhône-Alpes 2026 n’est pas le millésime le plus huppé de son histoire récente. L’absence simultanée des quatre principaux candidats au Tour de France fragilise un peu la mise en scène. Mais il offre quelque chose que 2025 n’offrait pas : l’émergence d’une nouvelle génération qui prend les rênes. Seixas, Del Toro, Uijtdebroeks. Et en filigrane, la question Van Aert : va-t-il comme à son habitude jouer son rôle de chien de garde en montagne ou bien Visma va-t-elle lui laisser carte blanche pour garnir davantage son fabuleux palmarès ?
Réponse à partir du dimanche 7 juin.
DIFFUSION TV :
En Belgique, le Tour Auvergne-Rhône-Alpes (ex Critérium du Dauphiné) est diffusé demain (et pendant toute la course) sur :
- RTBF (chaîne francophone) : sur Tipik et en streaming sur RTBF Auvio.
- VRT (chaîne néerlandophone) : sur VRT 1 et en streaming sur Sporza.be / VRT Max.
En France, le Tour Auvergne-Rhône-Alpes est diffusé en clair sur :
- France 3 (et en streaming gratuit sur france.tv) : diffusion en direct de chaque étape.
- Eurosport (Eurosport 1 ou 2 selon les jours) + HBO Max (streaming payant).

Photo d’illustration : A.S.O./ Tony Esnault
