Cinq étapes, une seule vraie journée de bascule sur les pavés de Grammont, un plateau de sprinteurs exceptionnel. Du 19 au 23 août, l’ancien Tour du Benelux se déroule intégralement en Belgique. Avec une inconnue majeure : que reste-t-il dans les jambes des rescapés d’un Tour de France caniculaire ?
Trois des cinq étapes se termineront très probablement au sprint. Voilà pourquoi ce Renewi Tour, disputé en parallèle de la Vuelta, a réuni la fine fleur du sprint mondial, à l’exception de Mads Pedersen. Une aubaine pour les amateurs d’emballages finaux, un casse-tête pour les hommes de classement, qui devront concentrer leurs efforts sur l’unique fenêtre de tir vraiment sélective : les monts pavés du vendredi.
UN PARCOURS 100 % BELGE, DEUX VISAGES
Nouveauté de cette édition : le Renewi Tour se déroule uniquement en Belgique, délaissant les Pays-Bas et le Luxembourg qui composent pourtant l’identité Benelux de l’épreuve. Pas de contre-la-montre non plus, ce qui prive le général de son juge de paix traditionnel.
Le déroulé est limpide. La 1ère étape autour de Diest (191 km) propose un circuit avec une courte bosse dans le final, insuffisante pour décourager les sprinteurs. La 2e, entre Blankenberge et Ardooie (174 km), est un copier-coller de 2025 : du plat à perte de vue. Puis vient l’étape reine, la 3e, de Celles à Grammont (182 km) : une dizaine de côtes, plusieurs secteurs pavés, et surtout l’enchaînement du Mur de Grammont (1,2 km à 7,8 %, passage à 13,5 %), du Taaienberg et du Bosberg, avant une arrivée sur les Remparts de la ville. C’est là que De Lie avait forgé son succès l’an dernier, en s’accrochant à la roue de Van der Poel. La 4e étape, de Riemst à Bilzen-Hoeselt (187 km), est un faux plat piégeux avec un sprint final légèrement montant sur 500 m à 5,2 %, taillé pour des sprinteurs costauds. Enfin, la 5e autour de Louvain (184 km) reprend le format 2025, réservée aux sprinteurs sauf coup de force d’un baroudeur.
LE GÉNÉRAL : PLACE AUX FLANDRIENS
Les purs sprinteurs ne peuvent pas viser le général : les monts pavés du vendredi les lâcheront. Place aux flandriens, aux puncheurs-rouleurs et aux rares sprinteurs assez costauds pour survivre au Mur.
⭐⭐⭐⭐ Arnaud De Lie (Lotto Intermarché). Le favori numéro un, et le pari le plus intrigant de cette édition. Le tenant du titre sort pourtant de la saison la plus compliquée de sa carrière, contraint à l’abandon au Giro puis au Tour de France sur maladie, avec seulement deux victoires mineures au compteur. Mais deux éléments plaident fortement pour lui. D’abord la fraîcheur : sans le Tour dans les jambes, quand ses rivaux sortent des fournaises de juillet, il aborde cette semaine reposé, un atout qu’il a lui-même souligné à L’Avenir. Ensuite et surtout, il est l’un des très rares coureurs à combiner la pointe de vitesse d’un sprinteur et la solidité nécessaire pour franchir les monts pavés, comme il l’a démontré l’an dernier dans le Mur de Grammont. Sur ce terrain qui lui va comme un gant, c’est l’homme à battre.
⭐⭐⭐ Florian Vermeersch (UAE Team Emirates-XRG). L’un des principaux rivaux de De Lie. Le costaud belge, rouleur-puncheur au gabarit taillé pour les classiques flandriennes, passe les pavés sans difficulté et dispose du soutien de la meilleure équipe du monde. Sur un parcours où l’étape de Grammont fait la sélection, il a les qualités pour créer l’écart ou suivre les meilleurs, puis défendre son avance.
⭐⭐⭐ Tiesj Benoot (Decathlon CMA CGM). L’expérimenté flandrien est un habitué de ce type de terrain. Solide sur les monts pavés, malin dans le placement, il peut se glisser dans le bon coup le vendredi et viser un top classement. Son vécu sur les classiques belges en fait un client sérieux, d’autant qu’il pourra jouer sa carte sans être asservi à un sprinteur.
⭐⭐ Laurence Pithie (Red Bull-BORA-hansgrohe). Le Néo-Zélandais est l’un des qui confirme au cours de ces dernières années, notamment sur les parcours flandriens. En l’absence d’un pur sprinteur chez Red Bull, l’équipe aura tout intérêt à durcir la course, et Pithie sera au cœur de cette stratégie. Un candidat sérieux à un bon général.
⭐⭐ Magnus Sheffield (Netcompany-INEOS). L’Américain, puncheur-rouleur complet, possède le moteur pour s’illustrer sur les pavés de Grammont et se mêler à la lutte pour le classement. Un outsider crédible si la course se durcit.
⭐ Jasper Philipsen (Alpecin-Premier Tech), Jenno Berckmoes (Lotto Intermarché), Filippo Baroncini et Rune Herregodts (UAE). Philipsen, s’il survit au Mur, peut jouer les bonifications avec sa pointe de vitesse. Berckmoes et Baroncini, deux jeunes flandriens en pleine progression, ont le profil pour accompagner les meilleurs le vendredi et créer la surprise. Tout comme Rune Herregodts, solide rouleur qui sera à tenir à l’oeil. Le champion de Belgique pouvant créer lui-même sa propre chance

Credit photo : @Renewi Tour
LES CHANCES BELGES : UN BOULEVARD NATIONAL
Autant le dire clairement : ce Renewi Tour est une affaire belge, faute de plusieurs des favoris annoncés initialement. Sans Mathieu van der Poel, ni Tim Wellens, le boulevard s’ouvre pour le contingent national.
Pour la victoire finale, la Belgique dispose de deux cartes de poids : Arnaud De Lie, favori numéro un dont la fraîcheur pourrait faire la différence, et Florian Vermeersch, parfaitement à l’aise sur les pavés du vendredi. Tiesj Benoot complète ce trio de prétendants sérieux au général.
Pour les victoires d’étape, le vivier est immense. Tim Merlier est l’homme des sprints massifs, Jasper Philipsen son rival national le plus direct. Et dans les coups de bordure ou les échappées du vendredi, la Belgique peut compter sur des flandriens comme Quinten Hermans (Pinarello), en belle forme cette saison, ou Dries De Bondt (Jayco), spécialiste des coups tentés de loin comme il l’avait montré dans le final de l’édition 2025. Sans oublier les jeunes Jenno Berckmoes et Cedric Beullens, capables de se glisser dans un bon mouvement.
En clair, il serait presque surprenant qu’un Belge ne lève pas les bras au moins une fois cette semaine, que ce soit sur une étape ou au classement général. Une abondance de prétendants nationaux et internationaux qui montre bien quelle place a pris le Renewi Tour dans le calendrier WorldTour.
