Deux chutes, une course passée en partie à courir après les hommes de tête, des automatismes encore hésitants et, malgré tout, une victoire au sommet du Koppenberg. Thibau Nys n’a pas eu besoin d’une course parfaite pour rappeler qu’il possédait peut-être déjà quelque chose de plus que ses concurrents. Là où Michael Vanthourenhout a longtemps semblé maîtriser son sujet, le champion de Belgique a trouvé les ressources pour revenir et faire la différence. Si ses imperfections techniques sont encore aussi visibles que ses qualités physiques, la question n’est plus seulement de savoir s’il peut gagner, mais jusqu’où il peut aller une fois ces défauts corrigés.
Certes, le Koppenbergcross est un terrain qui lui convient particulièrement bien. Nys en était le tenant du titre et figurait, avec Vanthourenhout, parmi les deux hommes les plus attendus au départ. Mais sa rentrée était loin d’être idéale. Une première chute, après celle de Victor Van de Putte qu’il ne pouvait éviter, l’a contraint à remettre son guidon en ordre et lui a fait perdre une trentaine de secondes. Revenu dans la course, il a encore glissé alors qu’il venait de rejoindre Gerben Kuypers, nécessitant un changement de vélo. Pendant ce temps, Vanthourenhout avait pris les commandes. Nys a pourtant poursuivi son effort jusqu’à rejoindre son compatriote au début du dernier tour. Il a finalement remporté l’épreuve avec sept secondes d’avance.
UNE VICTOIRE MALGRÉ LES ERREURS, ET NON GRÂCE AUX CIRCONSTANCES
Vanthourenhout n’a pas démérité. Il a pris l’initiative et tenté de distancer son rival avant la dernière ascension. Nys a simplement trouvé les ressources pour renverser la situation après avoir déjà dépensé beaucoup d’énergie dans sa poursuite. Sa victoire ne doit donc rien à une défaillance de son adversaire. Elle récompense sa capacité à maintenir un effort intense malgré les incidents qui ont perturbé sa course.
Le plus frappant reste qu’il n’a pas livré une démonstration techniquement aboutie. Après l’arrivée, il a lui-même reconnu que sa technique avait été « une catastrophe ». Il estimait devoir progresser sensiblement dans ce domaine avant les Championnats d’Europe. Cette marge pourrait peser lourd. Sa puissance et sa capacité à soutenir un effort décisif sont déjà établies. S’il parvient à mieux maîtriser son vélo et à réduire ses erreurs, il disposera d’un levier supplémentaire pour faire la différence. Le Koppenberg n’a pas démontré qu’il était déjà supérieur à tous ses rivaux. Il a montré qu’il pouvait gagner sans avoir encore exploité pleinement ses possibilités.
DANS LA HIÉRARCHIE SANS LES TROIS GRANDS, NYS A PEUT-ÊTRE CHANGÉ DE DIMENSION
Son année explique aussi pourquoi cette rentrée était particulièrement attendue. Une opération du genou gauche en mars, puis une infection à la toxoplasmose durant l’été ont considérablement perturbé sa saison routière. Il n’a retrouvé la compétition qu’en juin, avant de participer à la Vuelta, où il a décroché une troisième place d’étape. Il a ensuite abandonné les Mondiaux sur route. Son bilan se limite à une trentaine de jours de compétition, sans victoire. La Vuelta lui a apporté une importante charge d’endurance, mais la transition vers les sous-bois est restée particulièrement courte. Il n’a disposé que de trois semaines de préparation spécifique, avec plusieurs séances importantes qu’il n’avait pas pu effectuer.
À 23 ans, avec un titre européen en 2024 et une deuxième place en 2025, Nys n’est plus un simple espoir. Il est déjà un champion confirmé. Mais sa marge de progression reste importante, notamment dans la maîtrise technique. C’est peut-être ce qui le distingue aujourd’hui de plusieurs de ses concurrents directs. Michael Vanthourenhout, Laurens Sweeck, Niels Vandeputte ou Joris Nieuwenhuis sont des adversaires redoutables et expérimentés. Mais Nys possède encore des possibilités d’évolution qui pourraient lui permettre de prendre l’ascendant sur eux.
Lorsque Mathieu van der Poel, Wout van Aert et Tom Pidcock ne sont pas au départ, le Belge a désormais les arguments pour devenir l’homme à battre. La nuance est importante. Les trois grands ne seront pas absents de l’ensemble de la saison, mais leur présence restera sélective. Dans les courses où ils manqueront à l’appel, Nys pourrait bien devenir le premier nom à surveiller. Le Koppenberg a donné une indication forte, même si sa capacité à reproduire ce niveau sur des terrains différents reste à démontrer.
À ZEDDAM, LE STATUT DE FAVORI RESTE À CONFIRMER
Les Championnats d’Europe de Zeddam, dimanche 8 novembre, constituent son premier grand rendez-vous. Nys y retrouvera notamment Vanthourenhout, mais aussi plusieurs compatriotes capables de jouer les premiers rôles, parmi lesquels Laurens Sweeck et Niels Vandeputte. Son titre de 2024 et sa deuxième place de 2025 lui donnent une expérience précieuse.
Peut-on déjà en faire le grand favori ? Il figure naturellement parmi les principaux candidats au titre. Sa victoire au Koppenberg et les dispositions physiques qu’il y a affichées, tout comme son expérience, plaident en sa faveur. Mais le parcours de Zeddam ne sera pas celui du Koppenberg. Nys lui-même a d’ailleurs prévenu qu’il devait encore améliorer sensiblement sa technique pour pouvoir prétendre au maillot européen. Il faudra donc vérifier si les automatismes reviennent suffisamment vite pour lui permettre d’exprimer pleinement ses qualités.
Nys n’aborde donc plus cet hiver avec le même statut. Le Koppenberg l’a installé parmi les références à battre lorsque Van der Poel, Van Aert et Pidcock ne sont pas au départ. Reste maintenant à confirmer cette position sur d’autres terrains et dans des courses où il ne pourra pas compter sur les mêmes caractéristiques que celles qui l’ont servi dimanche. À Zeddam, il aura déjà l’occasion de donner une première réponse. Pas seulement sur sa capacité à gagner un nouveau titre européen, mais sur celle d’assumer désormais le rôle que sa victoire vient de lui ouvrir.
