Le verdict est tombé. Wout van Aert ne prendra pas le départ du Tour de France 2026. Après plusieurs jours d’incertitude, Visma-Lease a Bike a finalement dû se rendre à l’évidence. Les complications liées à la blessure au coude contractée lors d’une chute à l’entraînement avant le Tour d’Auvergne-Rhône-Alpes ont contraint le Belge à renoncer au principal rendez-vous de son été. Plusieurs médias spécialisés ont rapporté ces dernières heures qu’une infection et une mauvaise cicatrisation de la plaie avaient finalement rendu impossible une préparation normale en vue de la Grande Boucle.
La nouvelle est évidemment brutale. Pour Visma. Pour Jonas Vingegaard. Pour les supporters belges. Et surtout pour Van Aert lui-même.
Mais derrière la déception immédiate se cache peut-être une réalité plus nuancée.
UNE BLESSURE DE PLUS DANS UNE ARMOIRE DÉJÀ BIEN REMPLIE
Ces dernières années, la malchance semble s’acharner sur » le coureur du peuple « . La liste est longue. Chutes. Fractures. Abandons. Préparations perturbées. Le début de saison 2026 n’avait d’ailleurs déjà pas été épargné avec sa fracture et son entorse de la cheville lors de la saison de cyclo-cross.
Et pourtant, chaque fois ou presque, Van Aert est revenu. Mieux encore : il est revenu en gagnant.
Cette saison encore, son succès à Paris-Roubaix a rappelé à quel point il restait l’un des plus grands champions de sa génération. Une victoire qui valait bien plus qu’une simple ligne au palmarès. Elle mettait fin à des années de frustration sur les Monuments pavés et validait enfin un objectif poursuivi depuis près d’une décennie.
C’est aussi ce succès qui change aujourd’hui la lecture de son forfait.
Car contrairement à certaines saisons précédentes, son année 2026 est déjà réussie.

VISMA PERD BIEN PLUS QU’UN ÉQUIPIER
La première conséquence concerne évidemment Jonas Vingegaard.
Sur le papier, Visma-Lease a Bike conserve une armada impressionnante autour du Danois. Matteo Jorgenson, Sepp Kuss, Victor Campenaerts ou encore Edoardo Affini restent des équipiers de tout premier plan.
Mais Van Aert n’est pas un équipier comme les autres. Depuis plusieurs années, il remplit des missions qu’aucun autre coureur du peloton n’est capable d’assumer simultanément. Rouler en tête dans le vent. Contrôler une échappée. Emmener un sprint. Survivre aux étapes vallonnées. Accompagner les favoris en montagne lorsque nécessaire.
Le souvenir du Tour 2022 reste encore dans toutes les mémoires. Sans être seul responsable de la victoire finale de Vingegaard, le Belge avait joué un rôle déterminant dans la conquête du maillot jaune.
Visma perd donc une arme tactique unique. Pas forcément celle qui aurait permis de battre Pogacar. Le Slovène reste favori indépendamment de la présence ou non de Van Aert. Mais celle qui permettait de multiplier les scénarios de course.
Or, face à un phénomène comme Pogacar, la créativité tactique reste souvent la meilleure arme des adversaires.
UN FORFAIT QUI DIT AUSSI QUELQUE CHOSE DE SON ÉTAT DE FORME
Il faut également être honnête. Les signaux observés au Tour d’Auvergne-Rhône-Alpes n’étaient pas ceux d’un Van Aert au sommet de son art. Oui, il a remporté une étape au sprint. Une victoire importante pour le moral. Une victoire qui rappelait son immense talent.
Mais avant cela, le Belge avait montré des limites inhabituelles. Distancé très tôt lors du contre-la-montre par équipes. En difficulté dans plusieurs étapes. Lui-même reconnaissait devoir encore progresser pour espérer atteindre son meilleur niveau.
Autrement dit, même sans ce forfait, nous n’aurions probablement pas retrouvé le Van Aert dominateur des plus grandes années sur les routes du Tour. C’est une nuance importante.
ET SI C’ÉTAIT LA MEILLEURE NOUVELLE POUR LA SUITE ?
C’est ici que l’analyse devient intéressante. Sportivement, ce forfait ne compromet pas sa carrière. Il ne remet pas en cause sa capacité à performer sur un vélo. Nous ne parlons ni d’une fracture grave ni d’une blessure structurelle menaçant son avenir.
Nous parlons d’un problème qui exige du temps. Et le temps, précisément, est ce que ce forfait lui offre.
Plutôt que d’aborder le Tour diminué physiquement, mentalement et médicalement, Van Aert peut désormais reconstruire sa deuxième partie de saison dans des conditions optimales.
Sans urgence.
Sans pression quotidienne.
Sans l’usure d’un Grand Tour de trois semaines.
LA VUELTA ET MONTRÉAL DANS LE VISEUR
C’est probablement là que se trouve la véritable conséquence de cette décision. La Vuelta devrait désormais devenir l’objectif central de son été.
Un choix qui aurait du sens à plusieurs niveaux. Retrouver du rythme. Accumuler du volume. Revenir progressivement à son meilleur niveau. Puis basculer vers les championnats du monde de Montréal avec une condition optimale.
Et lorsqu’on observe le profil du futur championnat du monde, difficile de ne pas penser qu’il pourrait potentiellement convenir à ses qualités.
Un parcours exigeant. Une course longue. Une sélection progressive. Des qualités de résistance plus importantes que la pure explosivité.
Bref, le terrain sur lequel Van Aert peut s’exprimer s’il est en pleine capacité de ses moyens.
REGARDER PLUS LOIN QUE JUILLET
L’émotion du moment est compréhensible.
Le Tour sans Van Aert perd l’une de ses figures les plus populaires et Visma perd son couteau suisse. Le public belge perd l’un de ses principaux motifs d’enthousiasme. Mais il serait réducteur de s’arrêter là.
Parce que la saison ne s’achève pas en juillet. Parce que les championnats du monde restent un objectif immense. Parce qu’une Vuelta disputée sans séquelles peut parfois rapporter davantage qu’un Tour couru diminué. Le plus difficile sera sans doute mental.
Depuis plusieurs années, Wout van Aert encaisse les coups. Souvent sans se plaindre. Toujours en revenant. Cette fois encore, il devra recommencer.
L’histoire récente nous a toutefois appris une chose : lorsqu’on pense avoir vu le pire de Van Aert, c’est souvent à ce moment-là qu’il prépare son prochain retour gagnant.


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