À peine une semaine après un Tour de France bouclé à la deuxième place, Remco Evenepoel se présente au Pays basque avec un record en ligne de mire. Analyse d’une 45e édition taillée pour les costauds.
Il y a des courses qui se méritent au prix de la souffrance. La Clásica San Sebastián en fait partie. Ce samedi 1er août, la classiques basques fête sa 45e édition sur un tracé de 221,1 kilomètres et plus de 4150 mètres de dénivelé positif, avec sept ascensions répertoriées. Une course d’un jour à la dureté de Grand Tour, placée comme toujours une semaine après l’arrivée à Paris. Le principe est immuable : les rescapés du Tour, encore chauds, y croisent ceux qui préparent la Vuelta avec de la fraîcheur en réserve. De ce choc naît souvent une course ouverte, imprévisible, parfois surprenante.
UN TRIPTYQUE FINAL QUI N’A RIEN PERDU DE SA CRUAUTÉ
Le scénario se dessine toujours dans les soixante derniers kilomètres. Le Jaizkibel (17,9 km à 5,6 % dans sa version longue, ou 7,9 km à 5,6 % pour sa partie sommitale selon le découpage retenu) lance les hostilités et joue désormais un rôle d’usure plutôt que de rampe de lancement finale. Vient ensuite le mur d’Erlaitz (3,8 km à 10,6 %), dont le sommet est placé à environ 46 kilomètres de l’arrivée : c’est traditionnellement là que les leaders lâchent leurs premières banderilles et qu’un groupe d’élite se détache.
Mais le juge de paix, l’endroit où la course bascule, porte un nom que tout le peloton redoute : le Murgil Tontorra. 2,1 kilomètres à 10,1 % de moyenne, avec des rampes qui frôlent les 19 %. Son sommet est situé à seulement 8 kilomètres de la ligne, suivi d’une courte descente et d’un final roulant le long de l’océan. C’est là que Giulio Ciccone a plié l’édition 2025 l’an dernier, en attaquant à 8,8 kilomètres du but pour lâcher les deux UAE Jan Christen et Isaac del Toro, pourtant en supériorité numérique.
PEU DE CHANGEMENTS, MAIS UN PARCOURS RALLONGÉ
Par rapport à 2025, le tracé de la course évolue peu, mais le kilométrage grimpe sensiblement. L’édition 2025 mesurait 211,4 kilomètres ; celle de 2026 s’étire sur 221,1 kilomètres, soit près de dix bornes de plus. Le triptyque final Jaizkibel-Erlaitz-Murgil, lui, demeure la colonne vertébrale de l’épreuve, comme l’an passé après le retour du Murgil Tontorra au programme. Autrement dit : mêmes juges de paix, mais une course plus longue, donc potentiellement plus usante encore pour des organismes déjà entamés par trois semaines de Tour.

LES FAVORIS : EVENEPOEL AU-DESSUS, MAIS AVEC UN ASTÉRISQUE
⭐⭐⭐⭐⭐ Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-hansgrohe). Le grand favori, logiquement. Triple vainqueur de l’épreuve (2019, 2022, 2023), il peut devenir ce samedi le recordman absolu de la Clásica, seul détenteur de quatre succès. Sa deuxième place au Tour et l’état de fraîcheur affiché dans la troisième semaine, couronné par sa victoire au Plateau de Solaison et son chrono d’Évian, en font un candidat sur le papier intouchable. Le mur final explosif suivi d’un faux plat roulant colle parfaitement à ses qualités. L’astérisque ? Il n’a jamais réussi le doublé « terminer le Tour et gagner San Sebastián » la même saison. Personne ne sait comment son corps réagira à une telle accumulation.
⭐⭐⭐⭐ Richard Carapaz (EF Education-EasyPost). Voilà l’homme le plus en vue de la fin du Tour. L’Équatorien y a survolé la troisième semaine : vainqueur à Orcières-Merlette, puis à l’Alpe d’Huez au terme de l’étape reine, et maillot à pois sur les Champs-Élysées, avant d’être élu super combatif de l’édition. Personne n’a fini ce Tour plus fort que lui. Sur un tracé aussi cassant, avec un final explosif taillé pour son sens de l’attaque, il arrive avec une forme étincelante et l’habitude d’aller chercher les victoires de loin. Un candidat des plus sérieux.
⭐⭐⭐⭐ Giulio Ciccone (Lidl-Trek). Le tenant du titre. L’Italien connaît la recette pour gagner ici : attaquer dans le Murgil et résister. Son punch sur les pentes raides et son sens du timing en font un client permanent. Un vainqueur sortant qui remet son titre en jeu ne se néglige jamais, surtout sur un tracé qu’il a dompté il y a douze mois.
⭐⭐⭐ Lenny Martinez (Bahrain Victorious). Cinquième du Tour de France, le Français arrive en pleine confiance et a bien terminé la Grande Boucle. Les gros pourcentages sont son point fort, et le Murgil Tontorra est précisément le genre de mur taillé pour son gabarit de pur grimpeur. Un candidat très sérieux au podium, voire davantage s’il a récupéré.
⭐⭐⭐ Mauro Schmid (Jayco AlUla). Vainqueur d’étape sur le Tour et deuxième de la Flèche Wallonne cette saison, le Suisse a le profil de puncheur costaud idéal pour ce final. Toute la question sera celle de la fatigue post-Tour, mais un baroudeur dépense moins qu’un homme de classement : il peut surgir.
⭐⭐ Ben Healy (EF Education-EasyPost). L’Irlandais, offensif par nature, est exactement le profil de coureur qui peut faire exploser la course de loin ou saisir la bonne échappée. Sur un tracé aussi dur, son audace peut payer si les favoris se neutralisent. Avec Carapaz, EF disposera d’une double carte à jouer.
À surveiller également : Felix Gall (Decathlon CMA CGM), Carlos Rodríguez (Netcompany-INEOS), Mikel Landa (Soudal Quick-Step) de retour en vue de la Vuelta, ainsi que Marc Hirschi (Tudor), lauréat de l’édition 2024. Les organisateurs ont par ailleurs invité quatre équipes espagnoles (Burgos, Caja Rural, Kern Pharma et Euskaltel-Euskadi).
LES CHANCES BELGES
⭐⭐⭐⭐⭐ Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-hansgrohe). Inutile d’y revenir longuement : il est à la fois le favori de la course et, de très loin, la première carte belge. Recordman potentiel, en forme, sur un terrain qu’il maîtrise. Tout est réuni, à l’exception de cette inconnue du corps au lendemain d’un Tour.
⭐⭐ Maxim Van Gils (Red Bull-BORA-hansgrohe). Troisième l’an dernier, le Belge a prouvé qu’il savait finir sur le podium de cette classique. Solide sur les murs, capable de suivre les meilleurs dans les moments durs, il est la deuxième option nationale la plus crédible. Théoriquement au service d’Evenepoel, il dispose néanmoins d’une vraie carte à jouer si la course se disloque.
⭐ Jarno Widar (Lotto Intermarché). Le jeune talent possède selon plusieurs observateurs les capacités de viser un top 10, voire un top 5, sur un tracé dont les pentes raides conviennent parfaitement à son petit gabarit de grimpeur. Une belle occasion de se jauger au plus haut niveau des classiques.
⭐ Lennert Van Eetvelt (Lotto Intermarché). Le grimpeur-puncheur de 25 ans a le profil pour briller sur un tracé aussi exigeant. Capable de suivre les meilleurs dans les murs, il constitue avec Widar un vrai duo d’ambitions pour l’équipe belge, à l’affût du moindre coup à jouer dans le final.
⭐ Quinten Hermans (Pinarello-Q36.5). Le puncheur-baroudeur affiche une belle forme cette saison, avec une deuxième place sur la Brabançonne et une quatrième place à la Drôme Classic. Ancien deuxième de Liège-Bastogne-Liège, à l’aise sur les parcours nerveux et dans les échappées, il a le profil pour animer le final ou se glisser dans le bon groupe.
LE SCÉNARIO PROBABLE
Tout indique une décantation dans les soixante derniers kilomètres, un petit groupe d’élite qui se détache dans Erlaitz, puis un coup de force final dans le Murgil Tontorra, là où l’édition se joue presque chaque année. Si Evenepoel sort du Tour sans contrecoup physique, difficile d’imaginer un autre scénario que celui d’un Belge s’envolant en solitaire vers un quatrième sacre historique. Mais San Sebastián a une mémoire : elle a déjà puni les certitudes. C’est peut-être là, dans cette part d’incertitude, que se cache le sel de cette 45e édition.
Photo : Clasica San Sebastian Official
