De Lausanne à Nice, la 5e édition de la Grande Boucle féminine promet neuf jours de bataille, avec un contre-la-montre à Dijon et une arrivée au sommet du Mont Ventoux. Dans un peloton dominé par Vollering et Ferrand-Prévot, où nos compatriotes peuvent-elles tirer leur épingle du jeu ? Analyse profil par profil, étape par étape.
Commençons par planter le décor, parce qu’il conditionne tout. Le Tour de France Femmes 2026 s’élance de Lausanne le samedi 1er août, jour de la fête nationale suisse, pour rejoindre Nice le dimanche 9 août au terme de neuf étapes et 1 175 kilomètres, la plus longue distance depuis la renaissance de l’épreuve. Trois étapes en Suisse, puis le Jura, la Bourgogne, le Beaujolais, le Massif central et enfin le Géant de Provence. Un tracé complet qui mêle terrain de puncheuses, sprints, un chrono individuel de 21 km entre Gevrey-Chambertin et Dijon (4e étape) et l’arrivée reine au sommet du Mont Ventoux (7e étape, 146,8 km depuis La Voulte-sur-Rhône).
Au classement général, la hiérarchie penche nettement du côté néerlandais. Demi Vollering (FDJ United-Suez) part en légère favorite après sa victoire au Giro cette saison, face à la tenante du titre Pauline Ferrand-Prévot (Visma-Lease a Bike) et face à Katarzyna Niewiadoma (Canyon//SRAM), déjà sacrée. Dans ce contexte, les Belges ne joueront pas la gagne au général. Mais elles ont des cartes précises à abattre sur des terrains ciblés. Passons-les en revue.
LOTTE KOPECKY : ET SI ON LA LAISSAIT ENFIN COURIR EN KOPECKY ?
C’est évidemment la première carte belge, et la plus fascinante à analyser. Rappelons les faits, sans les travestir. En 2023, Kopecky avait terminé deuxième du général et remporté une étape, portant le maillot jaune pendant six jours. L’an dernier, en revanche, elle a connu un Tour très difficile, surtout sur le plan mental, et a fini à une anonyme 45e place. Deux visages radicalement opposés d’une même championne.
La question de 2026 n’est donc pas de savoir si elle peut gagner le Tour. C’est de savoir si son équipe la laissera courir selon sa vraie nature, celle d’une championne de classiques explosive plutôt que d’une prétendante au général contrainte de se transformer en pure grimpeuse. Et sur ce point, le parcours lui tend les bras. Sa saison 2026 plaide pour elle : elle a remporté Milan-San Remo, une première historique, et une étape de la Vuelta. Le début de course côté helvétique, avec la 1ère étape vallonnée autour de Lausanne taillée pour les puncheuses, puis le chrono de Dijon qui récompense sa puissance, sont autant d’occasions de viser le maillot jaune dès les premiers jours, comme en 2023. Sans oublier le maillot vert des points, qu’elle a déjà remporté sur ce Tour en 2023.
JUSTINE GHEKIERE : LES POIS LUI VONT SI BIEN
Voici la carte la plus tactiquement évidente. Justine Ghekiere (AG Insurance-Soudal) est une grimpeuse d’élite qui a déjà écrit son nom sur ce Tour : en 2024, elle a remporté le classement de la montagne du Tour de France Femmes ET celui du Giro la même année, un doublé remarquable. Mieux, elle s’était offert en solitaire la 7e étape au sommet du Grand-Bornand cette année-là, la première victoire professionnelle de sa carrière.
Championne de Belgique sur route en 2025, la native d’Izegem (29 ans) a exactement le profil pour briller sur ce parcours montagneux. Le maillot à pois est un objectif parfaitement réaliste, d’autant que les points de montagne se disputeront sur des cols nombreux, du Jura au Ventoux. Et sur la 7e étape au sommet du Géant de Provence, une échappée de grimpeuses n’est jamais à exclure : c’est précisément le scénario qui lui avait souri au Grand-Bornand. À surveiller de très près.
SHARI BOSSUYT : LA VITESSE ET LE PANACHE DES CLASSIQUES
Championne de Belgique en titre, décrochée au sprint à Brasschaat en juin, Shari Bossuyt (25 ans – AG Insurance-Soudal) est la carte belge pour les arrivées rapides et les finals nerveux. Ancienne pistarde, championne du monde de l’américaine, elle a su traduire son explosivité sur la route et s’impose désormais comme une coureuse rapide et polyvalente, à l’aise dans les classiques où le placement et le timing sont déterminants.
Sa saison 2026 valide cette progression : deuxième dès sa première course à Valence, vainqueur d’une étape de la Vuelta au sprint devant Koch et Muzic. Sur ce Tour, la 2e étape entre Aigle et Genève, promise aux sprinteuses, et les arrivées niçoises sur la Promenade des Anglais pourraient lui offrir des occasions, même si la densité des sprinteuses pures, Wiebes en tête, rend l’exercice relevé. Une victoire d’étape serait un exploit, un accessit une belle performance.
LES AUTRES BELGES : DES OUTSIDES POUR L’ÉCHAPPÉE
Le contingent belge ne se limite pas à ce trio. Chez AG Insurance-Soudal, Lore De Schepper (20 ans) représente la jeune garde. Chez Fenix-Premier Tech, Marthe Truyen et Lotte Claes ont le profil pour se glisser dans les bonnes échappées sur les étapes vallonnées. Et chez Lotto Intermarché Ladies, la formation continentale belge, Sofie Tas, Febe Meert et Sterre Vervloet chercheront à saisir les opportunités d’un baroud, seul terrain réaliste pour une équipe de ce calibre face aux WorldTeams.
CE QU’IL FAUT SURVEILLER, JOUR PAR JOUR
Pour résumer la feuille de route de nos compatriotes : la 1ère étape autour de Lausanne (puncheuses) et le chrono de Dijon (4e étape) sont les fenêtres de Kopecky pour le jaune et les places d’honneur. La 2e étape vers Genève et les arrivées à Nice (8e et 9e étapes) sont les rendez-vous de Bossuyt pour un sprint. Enfin, toute la montagne, du Jura jusqu’à l’apothéose du Ventoux le 7 août, constitue le terrain de chasse de Ghekiere pour le maillot à pois et, qui sait, une nouvelle envolée en solitaire.
La Belgique n’aura sans doute pas de prétendante au maillot jaune final à Nice. Mais entre le potentiel intact de Kopecky sur les terrains explosifs, la spécialité montagne de Ghekiere et la pointe de vitesse de Bossuyt, nos représentantes ont largement de quoi illuminer cette 5e édition. Reste à transformer le papier en résultats, sur des routes qui, du lac Léman au sommet provençal, ne feront aucun cadeau.

Photos – Crédits : A.S.O. / Thomas Maheux
