La densité, cette année, est à son sommet. Tadej Pogačar vise un cinquième sacre qui l’installerait aux côtés d’Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Jonas Vingegaard arrive auréolé d’un Giro d’Italia conquis avec autorité, mais devra digérer l’un des doublés les plus exigeants du cyclisme moderne. Remco Evenepoel a fait le pari inverse : zéro course depuis fin avril, tout misé sur un bloc de préparation en altitude. Et puis il y a Paul Seixas, 19 ans, le plus jeune débutant au classement général depuis 89 ans. Voici la hiérarchie qui se dégage à l’heure d’écrire ces lignes.
★★★★★ Tadej Pogačar (UAE Team Emirates-XRG, 27 ans)
Le Slovène a traversé le printemps tel un rouleau compresseur : Milan-Sanremo, Tour des Flandres, Strade Bianche, Liège-Bastogne-Liège, Tour de Romandie, Tour de Suisse. Sa seule défaite de la saison, lors des grands rendez-vous, est venue de Wout van Aert, sur les pavés de Paris-Roubaix. Quadruple vainqueur du Tour, il dispose de l’équipe la plus complète et la plus forte du peloton, avec Isaac del Toro en équipier de luxe capable de jouer les troubles-fêtes si la course se complique. Capable de frapper en montagne comme contre la montre, il reste le favori logique de tous les bookmakers et de la quasi-totalité des observateurs. Au niveau qui est le sien, il apparait que seul un incident de course pourrait venir perturber les plans du Slovène vers un quintuplé record.
★★★★☆ Jonas Vingegaard (Visma-Lease a Bike, 29 ans)
Vainqueur du Giro 2026 avec cinq victoires d’étape et une gestion sans accroc, le Danois est devenu le huitième coureur de l’histoire à avoir remporté les trois Grands Tours. Si s’être paré de rose en mai peut certainement lui enlever de la pression, et déjà qualifier sa saison de réussie, c’est surtout sur le Tour que nous « jugerons » s’il a pu résorber une partie de l’écart qu’il y entre son monde et celui de Pogi. Mais attention : le doublé Giro-Tour reste l’un des défis les plus exigeants du calendrier. Dans l’ère moderne, seuls Marco Pantani (1998) et Tadej Pogačar (2024) l’ont réussi. Un coup dur qui pourrait lui être préjudiciable : le forfait de Wout van Aert, victime d’une infection au coude annoncée le 17 juin, qui prive Vingegaard d’un lieutenant capable de rouler en montagne et de verrouiller les fins de course.

★★★☆☆ Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-hansgrohe, 26 ans)
Pari radical : 68 jours sans dossard avant Barcelone, une préparation entièrement construite autour de stages en altitude et d’un nouvel entraîneur, Tim Heemskerk, débauché de chez Visma où il avait façonné les deux victoires de… Vingegaard sur le Tour. Troisième de l’édition 2024, Evenepoel partage le leadership avec Florian Lipowitz chez Red Bull-BORA-hansgrohe. Sa carte maîtresse reste le contre-la-montre individuel d’Évian-Thonon, mais l’absence totale de compétition depuis fin avril laisse planer une incertitude sur ses réflexes de course en haute montagne. Cependant, l’ancien champion du monde est un coureur qui ne cesse de progresser. Et ce dans bien des domaines : en début de carrière, les spécialistes pointaient la descente comme étant son point faible, puis est venu sur la table son sprint, tout ceci est depuis lors réellement réglé. Tempérament de feu et offensif à souhait, il devra maîtriser ses nerfs le plus possible sur trois semaines pour ne pas perdre d’influx nerveux et de lucidité au moment où cela compte vraiment.
★★☆☆☆ Paul Seixas (Decathlon CMA CGM, 19 ans)
Il est LE phénomène dont tout le monde parle depuis le début de la saison. Le Français aborde son tout premier Tour de France auréolé d’une saison hors normes : victoires à l’Itzulia Pays Basque et à la Flèche Wallonne, deuxième place à Liège-Bastogne-Liège derrière Pogačar, deuxième aux Strade Bianche. Sa chute lors du Tour Auvergne-Rhône-Alpes a légèrement freiné son élan sans entamer sa réputation. Il est, selon une expression reprise par plusieurs médias spécialisés, la promesse d’un duel générationnel face à Pogačar. Reste à savoir comment un corps de 19 ans encaisse trois semaines à ce niveau d’intensité. Son acte de naissance sur un Grand Tour doit encore s’effectuer. Attendu comme LE messie par toute une nation, la pression ne semble pour l’instant pas l’atteindre, mais, amis Français, soyez patient. Ce joyau mérite d’être encore poli. S’il fait déjà top 5 et s’impose sur une étape, sa Grande Boucle sera déjà une franche réussite !
★☆☆☆☆ Florian Lipowitz (Red Bull-BORA-hansgrohe, 26 ans)
Révélation du Tour 2025 (troisième place, maillot blanc), l’Allemand arrive sur ce Tour 2026 auréolé d’un Tour de Slovénie dominé de la tête et des épaules (deux victoires d’étape, classement général). Co-leader avec Evenepoel, il a multiplié les top 3 ce printemps sans jamais lever les bras sur une course par étapes majeure : Tour de l’Algarve, Tour de Catalogne, Tour du Pays basque, Tour de Romandie. Cette régularité sans éclat en fait une valeur sûre, plus qu’un outsider à sensations. Vrai diesel, il a néanmoins montré de grandes capacités l’an dernier en haute montage, se plaçant juste derrière les deux intouchables…qui devraient encore l’être cette année.
OUTSIDERS — Juan Ayuso (Lidl-Trek), Isaac del Toro (UAE Team Emirates-XRG), Richard Carapaz (EF Education-EasyPost), Carlos Rodríguez (INEOS Grenadiers), Tobias Halland Johannessen (Uno-X Mobility).

Photo de couverture / Crédits : A.S.O./Herve TARRIEU
