Il n’a pas encore 20 ans. Il vient du VTT. Il a grandi en Espagne. Et pourtant, en quelques mois, Matisse Van Kerckhove est devenu le nom le plus chaud du cyclisme espoir belge. Trois victoires au général en 2026. Une promo WorldTour déjà signée. Les questions s’accumulent aussi vite que les succès : a-t-on affaire au prochain grand talent belge ? Portrait d’un coureur qui donne l’impression de pouvoir tout faire, mais dont l’histoire ne fait que commencer.
Commençons par tordre le cou à une idée reçue. Matisse Van Kerckhove est né à Anvers le 11 septembre 2006, mais son histoire cycliste ne s’est pas construite en Flandre. Ses parents ont quitté la Belgique alors qu’il n’avait qu’un ou deux ans pour s’installer en Catalogne. C’est à Tarragone qu’il a grandi, qu’il a appris à pédaler – et que sa mère-, Veerle Cleiren, s’est forgée un beau palmarès en Catalogne.
Le contexte familial explique beaucoup. Van Kerckhove est un enfant du VTT et du cyclo-cross. Il n’a tâté de la route que depuis peu, quelques années à peine.
C’est précisément ce qui rend ses résultats actuels aussi frappants. Là où la plupart des coureurs de sa génération accumulent des saisons sur bitume depuis l’adolescence, lui arrive avec un bagage technique issu des terrains dérobés, une endurance construite en montagne, et un apprentissage de la route en accéléré. Polyglotte, il maîtrise le néerlandais, l’espagnol et le catalan, il est aussi le grand frère de Seff Van Kerckhove, autre pépite en devenir du cyclisme belge (Decathlon Development).

Photo : Belgian cycling
2024 : LE SIGNAL D’ALARME
Avant que le grand public ne le découvre, il y a eu Zürich. En septembre 2024, lors des Championnats du Monde juniors sur contre-la-montre, Van Kerckhove accroche le bronze à sept secondes seulement du vainqueur… un certain Paul Seixas. Et ce sur un parcours plat qui, selon ses propres mots rapportés par La DH/Les Sports+, «ne lui convenait pas très bien sur le papier ».
2025 : L’APPRENTISSAGE EN SILENCE
Sa première saison espoirs, sous les couleurs de Visma-Lease a Bike Development, n’est pas celle d’un vainqueur. Elle est celle d’un bâtisseur. En fin d’année dernière, ses meilleurs résultats ont été : 5e du Tour du Belvédère, 6e de la Flèche Ardennaise, 10e de Gand-Wevelgem espoirs et de la Course de la Paix. Vice-champion de Belgique et d’Europe espoirs sur le chrono. Deuxième des prologues de l’Istrian Spring Trophy et du Giro Next Gen. Discret en apparence. Instructif en réalité.
Ce que ces chiffres disent, c’est que le chrono est sa colonne vertébrale et que les jambes suivent sur les courses par étapes dès que le parcours offre quelque relief. Son rôle d’équipier au Tour d’Allemagne et au Tour de Slovaquie, à son âge, en dit également long sur la confiance que la structure néerlandaise lui accorde déjà.
2026 : L’EXPLOSION
La saison en cours n’est pas terminée et Van Kerckhove a déjà réussi l’équivalent de deux belles années pour la plupart de ses pairs. Trois victoires dans des classements généraux. Et deux étapes au passage. Le tout en quelques mois.
En détail : le Trophée du Printemps d’Istrie d’abord (classement général et étape), puis la Flèche du Sud (classement général et 3e étape), puis l’Alpes Isère Tour (classement général et 1ère étape). En prime, le titre de champion de Belgique du contre-la-montre espoirs et une 4e place à Liège-Bastogne-Liège espoirs, une course qui parle aux puncheurs.
Sa victoire dans l’Alpes Isère Tour, fin mai, cristallise le mieux ses aptitudes. Il remporte la première étape en échappée. Sur cette épreuve, l’Anversois conserve le maillot de leader de bout en bout, et gère une dernière étape montagnarde avec 4 040 mètres de dénivelé positif en s’appuyant sur ses coéquipiers plutôt qu’en attaquant lui-même. Stratégie maîtrisée, tactique assumée. « Le but était de suivre les favoris du classement général », confie-t-il à DirectVelo. Il n’a pas explosé. Il a géré. Ce n’est pas la même chose.

SON PROFIL : UN ROULEUR-PUNCHEUR, PAS UN GRIMPEUR PUR
Voilà la nuance essentielle à comprendre sur Van Kerckhove. Le label de « bon grimpeur » que lui colle Velo101 mérite d’être tempéré par ses propres mots. « Je savais que je n’étais pas un vrai grimpeur », dit-il clairement à DirectVelo après l’Alpes Isère Tour. Ce qu’il ajoutera tout de suite après est pourtant révélateur : « j’ai appris que je pouvais être un grimpeur sur les ascensions les plus longues. J’ai l’impression que je peux tout faire maintenant. »
Traduisons : Van Kerckhove n’est pas un pur grimpeur capable d’exploser en haute montagne. Il est un rouleur-puncheur de très haut niveau, doté d’un bon sprint dans les petits groupes, capable de tenir sur les montées de moyenne difficulté et de gérer un classement général sur des courses ondulées. Son contre-la-montre est sa première arme de loin. C’est elle qui lui donne du crédit sur les courses par étapes.
Lui-même, dans le communiqué repris par la RTBF, se projette clairement : « je veux me développer en solide coureur de classiques qui peut aussi jouer un rôle sur les chronos. » Le message est limpide. Ce n’est pas un futur grimpeur de Grand Tour. C’est un futur classicman doté d’excellentes capacités contre le chrono.
SES POINTS FORTS
La progression est le premier indicateur. Robbert de Groot, responsable du développement chez Visma, est-on ne peut plus explicite dans ses propos à la RTBF : « Malgré son expérience limitée sur route, il a réalisé des progrès majeurs sur une très courte période. Physiquement mais aussi en termes de développement personnel et tactique. Il s’adapte facilement à un plus haut niveau. Faire le saut vers le WorldTour en 2027 est inévitable. » Cette dernière phrase ne laisse pas de place à l’interprétation.
Son intelligence de course est l’autre élément frappant. À l’Alpes Isère Tour, il n’a pas joué les héros dans la dernière étape de montagne. Il a géré, laissé ses coéquipiers contrôler, et s’est concentré sur le résultat final. C’est une maturité tactique rare à 19 ans.
LES POINTS D’AMÉLIORATION
La vraie inconnue reste la haute montagne. Son propre aveu : « je ne suis pas un vrai grimpeur », fixe une limite. Un homme de classiques qui ne peut pas suivre dans les grands cols sera condamné à être un spécialiste des courses d’un jour, pas un vainqueur de Grand Tour. Est-ce un problème ? Pas nécessairement. La Belgique a toujours adoré ce profil de coureur !
Son expérience sur route est aussi encore limitée. Il ne comptait que deux saisons sur route au moment de rejoindre la Visma Development en 2025. La transition VTT-route est rapide, peut-être trop pour évaluer son plafond réel.
CE QUI L’ATTEND : GIRO NEXT GEN, TOUR DE L’AVENIR ?
La suite du calendrier espoirs est alléchante. Selon Velo101, Van Kerckhove est un candidat crédible au Giro Next Gen et au Tour de l’Avenir, les deux épreuves de référence de la catégorie. Deux occasions à ne pas manquer pour prendre le pouls, notamment en montagne, avant de basculer dans le grand bain, l’an prochain. Si les jambes répondent dans les Alpes et les Dolomites, le plafond sera à recalculer. Si elles ne répondent pas, le profil d’homme de classique pourrait naturellement se confirmer.
Matisse Van Kerckhove est aujourd’hui l’espoir belge le plus en vue. Ses trois succès en 2026 ne sont pas dû au hasard, et la confiance de Visma, qui ne signe pas des contrats WorldTour à la légère, est le meilleur indicateur de la réalité de son potentiel. Mais le cyclisme professionnel ne récompense pas les promesses. Il récompense les confirmations. Ce chapitre-là reste à écrire.

